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L’Iran se rappelle au monde comme une puissance balistique majeure

L'Iran a démontré ces derniers jours l'efficacité de son programme balistique, démarré il y a près de 40 ans et poursuivi malgré les sanctions internationales

Illustration : Des missiles et des porte-satellites fabriqués en Iran présentés dans une exposition permanente dans une zone de loisirs au nord de Téhéran, en Iran, le 3 février 2023. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)
Illustration : Des missiles et des porte-satellites fabriqués en Iran présentés dans une exposition permanente dans une zone de loisirs au nord de Téhéran, en Iran, le 3 février 2023. (Crédit : Vahid Salemi/AP Photo)

En frappant cette semaine au Pakistan, en Irak et en Syrie, l’Iran a démontré une nouvelle fois l’efficacité de son programme balistique, démarré il y a près de 40 ans et poursuivi malgré les sanctions internationales.

Mardi, l’Iran a procédé à des tirs sur ce qu’il a qualifié de quartiers généraux « d’espions » et de cibles « terroristes » en Syrie et au Kurdistan irakien autonome.

Téhéran a également visé des « cibles terroristes » au Pakistan, causant la mort de deux enfants selon Islamabad, qui a riposté mercredi, faisant neuf morts selon l’Iran.

Voici un aperçu des capacités d’un acteur régional sur lequel sont rivés les Occidentaux :

Profondeur et précision

L’Iran dispose d’un vaste arsenal de missiles de différentes portées – courte (300 km), moyenne (300-1 000 km) et longue (jusqu’à 2 000 km), dont une importante proportion est produite ou assemblée localement grâce à un secteur industriel et universitaire de haut niveau.

« Il se passe rarement une année sans une annonce iranienne du développement d’un nouveau type de missiles de croisière ou balistique », souligne Eva Koulouriotis, experte indépendante.

Au fur et à mesure ont été développés des missiles à combustible solide, « plus faciles à stocker et bien plus rapides à mettre en action (…) donc plus utiles tactiquement », relève pour sa part Jeremy Binnie, de la société de renseignement privée britannique Janes.

« Les Iraniens ont porté la technologie des scuds, depuis la portée de 300 km des missiles reçus dans les années 80, jusqu’à 1 600 km et plus », ajoute-t-il à l’AFP, évoquant aussi « de bien meilleurs systèmes de guidage permettant des corrections de trajectoires ».

Illustration : Un missile de croisière iranien lancé lors d’un exercice naval dans le golfe d’Oman, le 18 juin 2020. (Crédit : Armée iranienne via AP)

La guerre Iran-Irak

La guerre Iran-Irak (1980-1988) a marqué un tournant pour Téhéran, qui a notamment acquis des missiles scud-B russes pour répondre aux frappes de Saddam Hussein.

« Cette expérience a laissé une impression durable sur les responsables iraniens qui en ont conclu que les missiles étaient un moyen de riposte efficace et un élément vital de leur défense », résume John Krzyzaniak, du Wisconsin Project on Nuclear arms control.

Les investissements ont été d’autant plus importants qu’ils compensent les faiblesses de sa flotte aérienne. L’Iran « n’a pas été capable de rénover ses chasseurs ces dernières décennies et a compensé en construisant des missiles », ajoute l’expert.

Les aides extérieures

Farzan Sabet, du Geneva Graduate Institute, souligne pour l’AFP que « le stock original de missiles balistiques de l’Iran a été fourni par la Libye, la Syrie et la Corée du Nord ».

Téhéran s’est tournée aussi vers l’Union soviétique puis la Russie, avant d’acquérir une réelle autonomie. Aujourd’hui, « l’apport extérieur (…) n’est pas très clair mais il s’agirait plus de composants que de conception et développement complets », estime Jeremy Binnie.

Parallèlement, leurs missiles « utilisent probablement des composants sur étagères, tant les Iraniens savent intégrer des produits commerciaux » dans leurs armements.

Et ce, malgré les sanctions internationales notamment américaines, qui auront eu le mérite de ralentir le programme et d’en augmenter le coût, mais pas de l’annihiler, confirment les analystes.

Capture d’écran d’une vidéo non-datée montrant un test de lancement du missile balistique iranien Kheibar. (Capture d’écran : Twitter. Used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

Des chiffres inconnus

Comme souvent dans ce domaine, les stocks iraniens sont inconnus mais les experts les jugent pléthoriques, qu’ils soient aux mains de l’armée, du Corps des Gardiens de la révolution, ou des différents alliés de l’Iran dans la région, depuis le Hezbollah libanais jusqu’aux rebelles Houthis du Yémen.

L’estimation précise est quasi impossible, même en Iran seule, selon Eva Koulouriotis. L’armée et les Gardiens de la révolution « ont leurs propres usines et entrepôts distincts », justifie-t-elle.

Des sources arabes et occidentales « font état de quelque 60 000 missiles mais selon moi, le chiffre est bien plus élevé et pourrait atteindre les 200 000 » unités, dit-elle.

Ambitions futures

Le programme balistique de la République islamique nourrit ses ambitions nucléaires, qui s’appuieraient sur des missiles de haute technologie si elle devait acquérir la bombe, ce que les Occidentaux l’accusent largement de vouloir faire.

Mais « il a une mission conventionnelle importante pour permettre de frapper de loin des cibles avec précision » et pour « dissuader ses adversaires de frapper l’Iran et certains de ses intérêts à l’étranger, ou au moins leur en faire payer le prix fort », assure Farzan Sabet.

Parmi les objectifs de Téhéran figure « l’amélioration de leur capacité à frapper des cibles en mouvement », exigeant de meilleurs systèmes de guidage et une meilleure qualité de renseignement technique, estime de son côté John Krzyzaniak.

Téhéran devrait aussi vouloir repousser sa limite actuelle de portée de 2 000 kilomètres. Un projet compliqué, mais pas hors de portée de la puissance régionale.

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