L’Israélo-Ethiopien tué par un policier buvait avant le drame, selon l’autopsie
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L’Israélo-Ethiopien tué par un policier buvait avant le drame, selon l’autopsie

Solomon Tekah avait consommé de l'alcool et du cannabis avant l'incident fatal ; la balle a fait ricochet au sol avant de le toucher, selon le médecin légal

Worka et Wbjig Tekah tiennent une photo de leur fils Solomon Tekah, 19 ans, qui a été tué par un policier hors-service le 1er juillet 2019 à leur domicile de la ville israélienne de Haïfa, le 3 juillet 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Worka et Wbjig Tekah tiennent une photo de leur fils Solomon Tekah, 19 ans, qui a été tué par un policier hors-service le 1er juillet 2019 à leur domicile de la ville israélienne de Haïfa, le 3 juillet 2019. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Les résultats de l’autopsie pratiquée sur le jeune homme israélien d’origine éthiopienne tué par un officier de police le mois dernier ont été publiés mercredi. Ils tendent à montrer que Solomon Tekah avait consommé de l’alcool avant de se faire tuer, et que la balle a fait ricochet avant de le toucher, ce qui corrobore la version de l’incident présentée par le policier.

L’examen a montré que Solomon Tekah, âgé de 19 ans, avait deux fois le taux d’alcool limite dans le sang pour pouvoir être défini, d’un point de vue juridique, en état d’ébriété quand il a été tué le 30 juin. L’autopsie a également révélé qu’il avait fumé du cannabis peu de temps avant le drame, a annoncé la Douzième chaîne.

Chen Kugel, chef du Centre national de médecine légale, a déclaré que l’autopsie avait montré qu’il était « à 99,9 % certain » que la balle avait touché le sol avant d’atteindre Tekah, à en juger par la forme de la blessure et les restes de la balle retrouvés. La balle n’a pas été tirée à courte distance, a déclaré Kugel.

Il a confirmé que l’ADN de Tekah avait été retrouvé sur une pierre sur place, mais a dit qu’il ne pouvait tirer aucune conclusion de cette découverte.

La famille de Tekah a affirmé que la publication des résultats d’autopsie étaient « une autre démarche intolérable » et « une violation grave du processus d’enquête ».

Des proches de Solomon Tekah, 19 ans, tué par un policier à Haïfa, assistent à une cérémonie d’hommage le 10 juillet 2019. (Crédit : Flash90)

« C’est une autre calomnie d’une victime qui a été tuée aux mains de la police », a affirmé Jack Hen, avocat de la famille.

« Après que l’officier a tué Solomon, calomnier son nom encore et encore a tué l’âme de sa famille et de son frère alors qu’ils sont en deuil », a déclaré Hen.

L’officier, dont le nom n’a pas été révélé au public, n’était pas en service quand il a tué Tekah à Haïfa. Il a affirmé qu’il essayait de mettre un terme à une bagarre de rue et qu’il a été piégé par trois jeunes qui lui ont lancé des pierres, mettant sa vie en danger. Il a déclaré ne pas avoir visé Tekah, mais avoir plutôt tiré au sol. Une enquête du Département des enquêtes internes de la police (PIID) avait déjà mis en évidence que la balle avait fait ricochet au sol et touché Tekah, le blessant mortellement.

L’avocat de l’officier de police, Yair Nadashi, a affirmé que les résultats de l’autopsie allaient dans le sens du récit des événements de son client.

« Les conclusions qui ont été publiées aujourd’hui concernant le taux d’alcool et la drogue trouvée dans le sang du défunt soutiennent l’affirmation de mon client qu’il a été forcé d’agir en état de légitime défense », a déclaré Nadashi.

A travers son avocat, l’officier a dit « qu’avec l’aide de Dieu, la vérité et la justice seront connues ».

La mort de Tekah a entraîné trois jours de protestations nationales qui ont parfois tourné à la violence et conduit à des dégâts matériels. L’incident a immédiatement relancé les accusations de brutalité policière et de racisme envers la communauté éthiopienne. Quelques jours après le drame, des manifestants ont bloqué des routes à travers Israël, mis le feu à des pneus et dénoncé ce qu’ils affirment être une discrimination systémique contre les Israéliens d’origine éthiopienne.

La police arrête des manifestants lors d’un rassemblement contre la violence policière suite au décès de Solomon Tekah, 19 ans, à Tel Aviv, le 3 juillet 2019. (Neuberg/Flash90)

Lundi, le tribunal d’Haïfa a libéré l’officier de son assignation à résidence, mais il est toujours visé par des restrictions du tribunal à la lumière des charges qui pèsent contre lui pour homicide par imprudence. Le suspect n’a pas le droit d’entrer dans le commissariat de police de Zevulun à Haïfa pendant 45 jours et ne peut pas se rendre sur le lieu du drame.

Un homicide par imprudence fait encourir une peine allant jusqu’à 12 ans de prison. Cette nouvelle dénomination, qui est entrée en vigueur il y a 5 jours dans une réforme du système judiciaire, est applicable quand on considère qu’un suspect a pris un risque déraisonnable mais sans l’intention de causer la mort – par exemple jouer avec une arme chargée ou conduire dangereusement.

Lundi, selon des articles de médias israéliens, le PIID a déclaré que l’enquête sur le drame avait été terminée et que le dossier avait été transmis au bureau du procureur de l’Etat.

Des Israéliens d’origine éthiopienne et d’autres manifestants protestent à Tel Aviv le 8 juillet 2019 contre la violence et la discrimination policière après la mort de Solomon Tekah, âgé de 19 ans, qui a été tué le 1er juillet à Haïfa par un policier hors service. (Tomer Neuberg/Flash90)

Nadashi a affirmé que son client se cachait avec sa famille en raison des menaces qui le visent, mais qu’il espérait retrouver son emploi de policier. Nadashi a dit que l’officier regrettait l’issue des événements et qu’il envoyait ses condoléances à la famille de Tekah.

Lundi, la famille de Tekah a réagi au changement de la charge d’inculpation d’homicide volontaire à homicide par imprudence en déclarant : « Toute la famille cherche à découvrir la vérité et la justice, et malheureusement, les décisions du PIID et du bureau du procureur de l’Etat dans leurs déclarations publiques montrent une tendance à donner une responsabilité réduite à l’officier de police qui a tué notre être cher alors qu’il était encore jeune. »

Mardi, le procureur général et le chef de la police israélienne ont annoncé la formation d’un comité pour traiter les plaintes de violence policière contre des membres de la communauté.

Les Juifs éthiopiens, qui tracent leurs origines à l’ancienne tribu israélite de Dan, ont commencé à arriver en nombre dans les années 1980, quand Israël les a secrètement fait venir en avion vers la Terre Sainte pour les sauver de la guerre et de la famine dans la corne de l’Afrique.

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