L’offensive d’Ankara se poursuit en Syrie, Washington s’inquiète
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L’offensive d’Ankara se poursuit en Syrie, Washington s’inquiète

La Turquie avait prévenu Washington avant de lancer son opération contre une milice kurde dans le nord de la Syrie, a assuré le ministre américain de la Défense

James Mattis, secrétaire d'Etat américain à la Défense, dans l'avion pour la Jordanie, le 20 août 2017. (Crédit : Paul Handley/AFP)
James Mattis, secrétaire d'Etat américain à la Défense, dans l'avion pour la Jordanie, le 20 août 2017. (Crédit : Paul Handley/AFP)

Les Etats-Unis souhaitent que la Turquie fasse preuve de « retenue » dans son offensive contre les combattants kurdes dans l’enclave d’Afrine (nord-ouest de la Syrie), a déclaré mardi à Jakarta le ministre américain de la Défense Jim Mattis.

« La violence à Afrine trouble ce qui était jusque-là une zone relativement stable de Syrie », a déclaré M. Mattis aux journalistes l’accompagnant dans sa tournée en Asie.

« Nous demandons à la Turquie de faire preuve de retenue dans ses opérations militaires comme dans sa rhétorique », a-t-il ajouté.

Ankara avait prévenu Washington avant de lancer son opération aérienne et terrestre contre une milice kurde dans le nord de la Syrie, a assuré dimanche le ministre américain de la Défense Jim Mattis, estimant que les préoccupations sécuritaires de la Turquie étaient « légitimes ».

« La Turquie a été franche, ils nous ont avertis avant de lancer l’aviation, ils nous ont dit qu’ils allaient le faire en consultation avec nous et nous travaillons maintenant sur la marche à suivre avec le ministère des Affaires étrangères », a déclaré le ministre à des journalistes qui l’accompagnaient à bord d’un avion le conduisant en Asie pour une tournée d’une semaine.

Les Etats-Unis ont appelé leur allié Ankara à « faire preuve de retenue » en Syrie où des militaires turcs sont entrés dimanche au 2e jour d’une offensive contre une milice kurde, a indiqué la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert.

« Nous appelons la Turquie à faire preuve de retenue, à s’assurer que ses opérations militaires restent d’une portée et d’une durée limitées et à scrupuleusement éviter toute victime civile », a détaillé Mme Nauert dans un communiqué.

« Nous continuons d’apporter notre soutien à la Turquie, notre allié au sein de l’OTAN et partenaire clé de la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), pour répondre à ses préoccupations légitimes en matière de sécurité », nuance le texte.

Mais, « les Etats-Unis sont très préoccupés par la situation dans le nord-ouest de la Syrie, en particulier la détresse de civils innocents qui font désormais face à une escalade des violences », explique la porte-parole, rapportant que le secrétaire d’Etat Rex Tillerson s’est entretenu sur ce sujet au téléphone avec ses homologues turc et russe samedi.

24 arrestations en Turquie

Les autorités turques ont arrêté lundi 24 personnes soupçonnées d’avoir fait de la « propagande terroriste » sur les réseaux sociaux contre l’offensive que mène Ankara contre une milice kurde en Syrie, a annoncé lundi le ministre de l’Intérieur turc tandis que Human Rights Watch (HRW) rapportait 30 arrestations.

Ces personnes ont été interpellées dans le cadre d’un coup de filet mené à travers la Turquie contre des internautes soupçonnés de vouloir ternir l’image de l’opération militaire, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu, citant le ministère de l’Intérieur.

Ces arrestations surviennent alors que la Turquie mène depuis samedi, dans le nord de la Syrie, une offensive contre les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde qualifiée de « terroriste » par Ankara.

Mais les YPG sont soutenues par les Etats-Unis qui voient en cette milice une force combattante efficace pour lutter contre le groupe Etat islamique (EI). Les YPG ont été le fer de lance de la prise, l’an dernier, de Raqa, bastion des jihadistes en Syrie.

Anadolu avait rapporté lundi matin l’émission de 57 mandats d’arrêt par un procureur d’Istanbul contre des personnes soupçonnées notamment de « propagande terroriste » et d' »insulte au président » sur Internet en lien avec l’offensive turque en Syrie.

Il n’était pas clair dans l’immédiat si les 24 personnes interpellées l’ont été dans le cadre de cette procédure. Les médias faisaient état de l’ouverture d’enquêtes dans plusieurs province de la Turquie, en particulier dans le sud-est à majorité kurde.

De leur côté, l’agence de presse Dogan et l’organisation Human Rights Watch ont rapporté que 30 personnes avaient été arrêtées à Diyarkabir, chef-lieu du sud-est anatolien à majorité kurde, en raison de leurs publications sur les réseaux sociaux.

Parmi les personnes retenues en garde à vue se trouvait l’écrivaine et militante des droits de l’homme Nurcan Baysal, arrêtée dimanche soir à son domicile, selon un communiqué de HRW.

« Aucun des tweets de Mme Baysal n’encourage la violence », a déclaré Emma Sinclair-Webb de HRW, ajoutant que la militante défendait depuis longtemps la voie du dialogue pour mettre fin à des décennies de conflit entre le gouvernement turc et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui mène une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.

Les réseaux sociaux sont particulièrement surveillés en Turquie, qui se classe régulièrement en tête des pays demandant le retrait de contenus sur Twitter.

Selon la chaîne de télévision publique TRT, le procureur général de Van (sud-est) a ouvert une enquête contre quatre députés du principal parti prokurde de Turquie, le HDP, qui avaient appelé sur Twitter à manifester contre l’offensive turque.

La police turque a empêché dimanche le déroulement de deux manifestations contre l’opération, l’une à Istanbul, où sept personnes ont été arrêtées, et l’autre à Diyarbakir.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a prévenu dimanche que quiconque manifesterait contre l’offensive à l’appel du HDP paierait « un prix très élevé ».

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