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L’ONU demande à Washington d’annuler ses sanctions contre une rapporteuse spéciale

Francesca Albanese a été sanctionnée pour avoir critiqué la politique américaine depuis la guerre Israël-Hamas à Gaza et accusé l'Etat hébreu de "génocide"

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l'homme dans les Territoires palestiniens, Francesca Albanese, participant à un rassemblement pour dénoncer Israël et la guerre contre le Hamas à Gaza, à Madrid, le 23 juin 2025. (Crédit : Thomas Coex/AFP)
La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l'homme dans les Territoires palestiniens, Francesca Albanese, participant à un rassemblement pour dénoncer Israël et la guerre contre le Hamas à Gaza, à Madrid, le 23 juin 2025. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

L’ONU a demandé jeudi aux Etats-Unis de revenir sur leur décision d’imposer des sanctions à l’encontre d’une experte de l’ONU qui a critiqué la politique américaine depuis la guerre à Gaza et accusé Israël de « génocide ».

« J’exhorte les Etats-Unis à lever rapidement les sanctions » contre Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale pour les Territoires palestiniens, a indiqué le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk dans un communiqué.

« Les attaques et les menaces à l’encontre des titulaires de mandat au titre des procédures spéciales, ainsi que des institutions clés telles que la Cour pénale internationale, doivent cesser », a-t-il ajouté.

L’Union européenne a indiqué vendredi « profondément » regretter les sanctions des Etats-Unis contre Albanese.

« L’Union européenne soutient fermement le système des droits de l’homme des Nations unies et nous regrettons profondément la décision d’imposer des sanctions à Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens », a souligné un porte-parole de la Commission européenne, Anouar El Anouni.

« L’Union européenne continuera à soutenir les efforts visant à mener des enquêtes indépendantes sur les violations et les abus des droits de l’homme et les violations du droit international humanitaire, y compris celles qui peuvent être assimilées à des crimes internationaux », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a annoncé mercredi que les Etats-Unis – qui boycottent le Conseil des droits de l’homme de l’Onu depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche – imposeront des sanctions contre la rapporteuse.

Il a mis en cause sur X ses « efforts illégitimes et honteux visant à inciter la Cour pénale internationale à prendre des mesures contre des responsables, des entreprises et des dirigeants américains et israéliens ».

Il n’a pas détaillé les sanctions.

Le Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Turk, écoutant ses délégués après la présentation de son rapport sur la situation en Cisjordanie et à Gaza pendant la 55e session du Conseil des droits de l’homme, à Genève, le 29 février 2024. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

« Je continuerai à faire ce que j’ai à faire », a déclaré Francesca Albanese en réponse aux sanctions américaines lors d’une conférence de presse à Ljubljana en Slovénie jeudi.

Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a de son côté affirmé jeudi que « le recours à des sanctions unilatérales contre des rapporteurs spéciaux ou tout autre expert ou responsable des Nations unies est inacceptable ».

Cela constitue en outre « un dangereux précédent », a ajouté Stephane Dujarric, lors d’un point de presse.

En juin, les Etats-Unis avaient déjà pris des mesures contre des magistrates de la CPI – interdiction d’entrée sur le sol américain, gel des avoirs détenus aux Etats-Unis – ayant autorisé la Cour à émettre des mandats d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant.

De telles mesures visent d’ordinaire des criminels ou des dirigeants politiques de pays hostiles, plutôt que des magistrats.

« Intimidation et représailles »

Un peu plus tôt jeudi, le président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’ambassadeur suisse Jürg Lauber, a lui dit « regretter » la décision américaine de sanctionner Francesca Albanese.

Il a également appelé « tous les Etats membres de l’ONU à coopérer pleinement avec les rapporteurs spéciaux et les titulaires de mandat du Conseil et à s’abstenir de tout acte d’intimidation ou de représailles à leur encontre ».

La rapporteuse spéciale des Nations Unies Francesca Albanese s’exprime lors d’une conférence de presse à la suite d’une session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, à Genève, le 27 mars 2024. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Mme Albanese, qui occupe son poste depuis 2022, fait l’objet de critiques virulentes et demandes de révocation de la part d’Israël et de certains de ses alliés en raison de ses accusations.

Elle a accusé Israël de « génocide » depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque du groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

L’Italienne, qui a été nommée par le Conseil des droits de l’homme mais ne parle pas au nom de l’ONU, a affirmé plusieurs fois avoir reçu des « menaces ».

Dans un communiqué mercredi, le secrétaire d’Etat a lui dénoncé les critiques virulentes formulées par l’experte de l’ONU à l’égard des États-Unis, l’accusant par ailleurs « d’antisémitisme décomplexé » et de « soutien au terrorisme ».

Il l’accuse aussi d’avoir recommandé à la CPI d’émettre des mandats d’arrêt à l’encontre notamment du Premier ministre israélien.

Francesca Albanese a présenté en juillet au Conseil des droits de l’homme un rapport dans lequel sont étudiés « les mécanismes des entreprises qui soutiennent le projet colonial israélien de déplacement et de remplacement des Palestiniens », dénonçant notamment des sociétés américaines.

En février, elle avait qualifié d' »illégale » et « complètement absurde » un projet d’occupation de la bande de Gaza et de déplacement de sa population, annoncé par le président américain Donald Trump.

« Même en cas de désaccord profond, les États membres de l’ONU devraient s’engager sur le fond et de manière constructive plutôt que de recourir à des mesures punitives », a relevé jeudi Volker Türk.

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