Lors de la conférence d’un groupe juif, une ex-terroriste promet de continuer à combattre pour la Palestine
Rechercher

Lors de la conférence d’un groupe juif, une ex-terroriste promet de continuer à combattre pour la Palestine

Rasmea Odeh a fait un discours lors de la conférence de l'organisation d'extrême gauche JVP. Elle a indiqué devoir affronter une autre 'Nakba' après avoir accepté une négociation de plaidoyer déterminant son départ des Etats Unis et la perte de sa citoyenneté

Rasmea Odeh lors d'un événement pour la Journée internationale de la femme en 2016 à Chicago (Crédit : YouTube via JTA)
Rasmea Odeh lors d'un événement pour la Journée internationale de la femme en 2016 à Chicago (Crédit : YouTube via JTA)

Lors d’un événement controversé dimanche à Chicago organisé par l’organisation d’extrême-gauche JVP (Jewish Voice for Peace), Rasmea Odeh, ex-terroriste palestinienne et dorénavant militante féministe qui devrait quitter les Etats Unis après avoir signé un accord qui lui permettrait d’éviter une peine d’emprisonnement pour ne pas avoir fait état de son implication dans deux attentats terroristes en Israël, a promis qu’elle continuerait son « combat pour la justice ».

Israël a fustigé la semaine dernière JVP, un mouvement qui soutient la campagne BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) anti-israélienne et que l’ADL a qualifié de groupe « anti-israélien » pour avoir accueilli Odeh. Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan a par ailleurs déclaré que cette initiative était honteuse.

« Mon coeur crie à l’injustice. Je pensais, lorsque je suis arrivée aux Etats Unis et que j’ai fait de ce pays mon deuxième foyer, que cela serait la dernière étape d’un voyage fait de luttes partagées avec mon peuple palestinien en réponse à la Nakba et à l’occupation de 1967 », a dit Odeh, fondant en sanglots, en référence à la création d’Israël en 1948, considérée par les Palestiniens comme une « catastrophe » et à l’issue de la Guerre des Six jours, 19 ans plus tard, lors de laquelle Israël avait capturé la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie et Gaza à l’Egypte.

« Et maintenant je dois affronter une Nakba similaire et injuste — obligée de quitter le pays et la vie que j’ai construite pendant 23 ans aux Etats Unis », a-t-elle ajouté.

« Mais je continuerai mon combat pour la justice de notre peuple où que je sois », a-t-elle promis. « Je continuerai mon combat en faveur du ‘droit du retour’… et en faveur de l’établissement de l’état démocratique sur toute la terre historique de Palestine », a-t-elle déclaré en référence à la demande faite par les Palestiniens de permettre aux réfugiés et aux autres qui avaient fui de revenir dans les zones qu’ils habitaient avant 1948.

Pour les Palestiniens, le « droit au retour » vers les habitations qu’ils avaient fui, eux et les précédentes générations, ou qu’ils avaient été obligés de fuir est un pré-requis pour tout accord de paix avec Israël mais c’est une demande qui a été rejetée par l’état juif. Israël affirme que les réfugiés palestiniens pourraient trouver un foyer dans un état palestinien sous les termes d’un accord de paix, tout comme Israël a absorbé ses réfugiés Juifs et que la demande d’un « droit au retour » est une tentative de destruction d’Israël en tant qu’état juif – par le nombre conséquent de candidats au retour.

Odeh, l’une des organisatrices du mouvement féministe ayant organisé la grève internationale des femmes, a ajouté : « Je continuerai à m’impliquer où que je me trouve, continuez à résister au [président Donald Trump] et continuez à combattre pour la libération, nous en avons besoin. »

« S’organiser demande beaucoup de travail mais c’est la seule manière de faire changer les choses dans ce monde », a-t-elle indiqué.

Odeh, 69 ans, a récemment accepté une négociation de plaidoyer qui lui permettrait de ne pas faire une peine de prison ou de détention aux Etats Unis si elle acceptait de perdre sa citoyenneté américaine, selon un communiqué émis jeudi par le Comité de défense de Rasmea.

En 2015, Odeh avait été condamnée aux Etats Unis à 18 mois de prison pour avoir tu sa condamnation et son emprisonnement en Israël lorsqu’elle était entrée dans le pays en 1995 et qu’elle s’était portée candidate à la citoyenneté en 2004, mais la condamnation a été ultérieurement annulée.

Odeh avait été reconnue coupable en Israël d’implication dans un attentat à la bombe en 2009 à Jérusalem qui avait tué deux personnes et blessé deux autres. Elle avait été condamnée par un tribunal militaire israélien en 1970 à la prison à vie pour deux attentats à la bombe au nom du Front populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) et a passé dix ans en prison avant d’être libérée lors d’un échange de prisonniers en 1980.

Odeh avait reconnu avoir posé la bombe lors de l’attentat de 1969, même si elle a affirmé, ces dernières années, que ces aveux avaient été extorqués sous la torture, ce qui est démenti par des responsables israéliens.

S’exprimant également lors de la conférence de JVP dimanche, qui soutient le mouvement BDS contre Israël, Linda Sarsour, autre militante pro-palestinienne qui a tenu récemment un rôle public dans différents événements féministes.

Sarsour, qui a aidé à organiser la Women’s March de Washington en janvier et la Grève internationale des femmes, et qui a également aidé à collecter plus de 150 000 dollars pour les cimetières juifs vandalisés aux Etats Unis le mois dernier, a récemment affirmé que ceux qui ne critiquent pas Israël n’ont pas leur place dans le mouvement féministe.

Dimanche, elle est apparue pour faire un discours qui a suscité l’indignation au sein de la communauté juive américaine, affirmant que « si ce que me demandent ceux qui se disent sionistes et se reconnaissent sionistes c’est que moi, américaine palestinienne, je sois obligée de laisser d’une certaine manière une partie de mon identité pour qu’ils puissent se sentir accueillis dans un espace et pour travailler pour la justice, alors c’est que ce n’est pas le bon espace pour eux ».

« Nous, en tant que Palestiniens-américains, en tant qu’arabes américains, en tant que musulmans américains, nous ne changerons pas qui nous sommes pour mettre à l’aise qui que ce soit. Si vous n’êtes pas d’accord, alors ce n’est pas un mouvement pour vous ».

Elle a été également très applaudie en mentionnant le docteur Martin Luther King et Malcolm X, affirmant qu’ils ont été haïs en leur temps mais aimés et respectés des générations plus tard, laissant entendre que JVP, critiqué actuellement, sera apprécié un jour. « L’histoire est de votre côté », a-t-elle déclaré.

Sarsour a expliqué: « Je veux que vous sachiez que tous mes amis à JVP et vous tous qui êtes là aujourd’hui, vous m’avez appris ce qu’est le judaïsme : votre travail pour la justice, votre amour, votre compassion, votre solidarité, la manière dont vous nous voyez comme un peuple, qui nous permettez de nous montrer dans toutes nos complexités ».

« Luttons ensemble contre le fascisme, appelons des gens à rejoindre notre mouvement et… combattons pour la justice », aurait-elle dit.

Le ministre de la Sécurité intérieure Erdan a déploré la décision prise par JVP d’accueillir Odeh, disant qu’il ressentait de la « honte » en tant que Juif.

« En tant que Juif, je ressens de la honte qu’une conférence remplie de haine envers Israël et qui accueille une terroriste comme intervenant central soit conduite par une organisation juive », a commenté Erdan.

Il a affirmé que la décision de l’organisation d’accueillir Odeh était « inexcusable » et indiqué qu’il « continuerait à mener un combat déterminé contre ceux qui cherchent à nuire à Israël et à saper sa légitimité ».

Le groupe de défense d’Israël StandWithUs a également dénoncé la présence d’Odeh à la conférence de JVP. Mais l’organisation incriminée avait déjà fait part de sa décision au début du mois, disant qu’elle était « fière » d’accueillir Odeh et mettant en doute la validité de sa condamnation en Israël.

« Les accusations contre Odeh émanent d’un contexte de persécutions anti-palestiniens et anti-musulmans de la part à la fois des Israéliens, des Etats Unis et des politiques qui ne cessent d’augmenter sous l’administration Trump », a fait savoir JVP dans un communiqué émis le 7 mars.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...