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L’oud se (re)fait doucement une place dans la musique iranienne

Le luth oriental connaît un regain d'intérêt et certains rêvent que cet instrument essentiel dans la tradition musicale turque et arabe, permette un rapprochement entre les peuples

La luthière iranienne Fatemeh Moussavi dans son atelier de fabrication d'oud à Téhéran, le 14 décembre 2020. (Crédit : AFPTV)
La luthière iranienne Fatemeh Moussavi dans son atelier de fabrication d'oud à Téhéran, le 14 décembre 2020. (Crédit : AFPTV)

Le luth oriental (oud) connaît un regain d’intérêt en Iran après un long oubli, et des musiciens se prennent à rêver que cet instrument, essentiel dans les traditions musicales turque et arabe, permette un rapprochement entre les peuples.

« Le nombre d’élèves (apprenant l’instrument) a considérablement augmenté depuis une quinzaine d’années : auparavant, un professeur reconnu en avait environ une dizaine, aujourd’hui, il en compte 50 », déclare à l’AFP Madjid Yahyanéjad, professeur d’oud à Téhéran âgé de 35 ans.

Nouchine Pasdar fait un constat similaire.

« J’ai commencé (à enseigner) il y a environ 23 ans » à la sortie du lycée professionnel des arts et métiers (« honarestan » en persan), explique cette musicienne de 40 ans. « A cette époque, la plupart de mes étudiants étaient âgés, voire très âgés. Maintenant, ils sont plutôt jeunes. »

A ses débuts, se souvient-elle, « on ne connaissait que l’oud joué en Egypte et en Irak ». « On ne savait rien (de l’oud en) Turquie. Mais aujourd’hui nous savons qu’en Syrie, au Koweït et en Jordanie on (en) joue également. »

Pour M. Yahyanéjad, « les jeunes joueurs d’oud en Iran s’intéressent davantage à la culture arabe et turque » et « des musiciens turcs, arabes et iraniens deviennent de plus en plus amis sur Internet ».

L’oud, mot arabe, est connu en persan sous le nom de « barbat ».

L’instrument est mentionné tout au long d’un chapitre de l’épopée du « Chahnameh » (« Livre des Rois »), écrite au Xe siècle, et l’Iran cherche conjointement avec la Syrie à faire inscrire sa « fabrication et (sa) pratique » au patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Son « chaleureux »

Pourtant, l’oud est tombé en désuétude pendant des siècles en Iran et est globalement absent du répertoire traditionnel et classique, qui préfère d’autres instruments à cordes : tar, sétar, santour, kamantcheh…

Dans la seconde moitié du XXe siècle, un homme va contribuer à sa renaissance: Mansour Nariman.

C’est lui qui a introduit l’enseignement de cet instrument au « honarestan » et qui « a publié le premier manuel d’oud en persan », rappelle M. Yahyanéjad.

Quand Nariman, décédé en 2015, commence à s’intéresser à l’oud dans les années 1950, simplement parce qu’il en aime le son « chaleureux », le luth arabe est totalement déconsidéré en Iran.

A l’époque, il n’y a personne auprès de qui apprendre à jouer. Qu’à cela ne tienne, raconte M. Yahyanéjad, qui a fréquenté le musicien : Nariman apprend seul et écrit à des Egyptiens qu’il a entendus à la radio pour leur demander comment accorder l’instrument.

Il recevra une réponse d’un des plus grands noms de la musique arabe, Mohamed Abdelwahab.

Des années plus tard, Mohammad Firouzi, élève de Nariman, enregistrera plusieurs disques avec le maître incontesté de la musique persane, Mohammad Réza Shajarian, dont quelques uns des grands succès du chanteur tels « Aseman-e Eshgh » (« Ciel d’amour », 1991), « Aram-e Jan » (« Repos de l’âme », 1998) ou « Ghoghaye Eshghbazan » (Tumulte des amoureux, 2007).

« Une bénédiction »

Mme Pasdar se souvient du premier jour où ses professeurs lui ont présenté un oud.

Aussitôt fascinée, elle écume les lutheries de la place Baharestan, paradis pour les musiciens du centre de Téhéran. Mais elle ne déniche « que deux (ouds), tous deux fabriqués en Egypte », et trop grands « pour une gamine », dit-elle.

A l’époque, raconte Fatémeh Moussavi, factrice d’ouds dans son petit atelier de Téhéran, les fabricants sont « peu nombreux » et le prix de l’instrument « très élevé ».

La situation change au début des années 2000. Des milliers d’ouds arrivent en Iran, notamment de Syrie et de Turquie, ce qui contribue à faire baisser les prix et à démocratiser l’instrument.

L’époque est à la libéralisation tentée par le président réformateur Mohammad Khatami (1997-2005).

Cela profite notamment à la musique, art globalement mal vu par le clergé chiite en ce qu’il détournerait d’occupations jugées plus essentielles comme l’étude du Coran ou de la jurisprudence islamique.

Pour Hamid Khansari, auteur d’une méthode d’initiation, l’oud « est une bénédiction » car il permet « d’élargir les possibilités de création ».

Des échanges ont ainsi lieu sur scène à Téhéran, où se sont produits les joueurs d’oud libanais Charbel Rouhana (avec le groupe iranien Gardoun en 2016), turc Yurdal Tokcan (avec un duo iranien en 2017) et tunisien Dhafer Youssef, qui a intégré des poèmes persans dans son répertoire et a donné plusieurs concerts avec un orchestre international comptant des Iraniens.

Dans un Moyen-Orient meurtri par des décennies de guerres et de conflits, M. Yahyanéjad veut croire qu’à la faveur des échanges entre musiciens, « l’amitié augmentera » et que « cet instrument permettra aux habitants de cette région de se réconcilier enfin ».

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