L’UE envisage d’adopter une définition de la haine des juifs, selon la nouvelle tsarine de l’antisémitisme
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Entretien

L’UE envisage d’adopter une définition de la haine des juifs, selon la nouvelle tsarine de l’antisémitisme

Katharina von Schnurbein parle d’un « pic inquiétant d’incidents antisémites », mais dit qu’il n’y a pas à craindre l’afflux de réfugiés syriens

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Katharina von Schnurbein, nouvelle responsable du combat contre l’antisémitisme de l’UE (Crédit : autorisation de la commission européenne)
Katharina von Schnurbein, nouvelle responsable du combat contre l’antisémitisme de l’UE (Crédit : autorisation de la commission européenne)

A la demande d’Israël, l’Union européenne (UE) pourrait formuler une définition claire de l’antisémitisme, pour tenter de mieux combattre le phénomène, a déclaré la nouvelle responsable du combat contre l’antisémitisme de l’UE.

« La définition de l’antisémitisme est très débattue, même parmi les juifs eux-mêmes. La contestation principale s’articule autour de la question des manifestations contre l’Etat d’Israël. Nous étudions actuellement ce sujet », a déclaré au Times of Israel Katharina von Schnurbein pendant un entretien téléphonique la semaine dernière depuis Bruxelles. « Une chose est claire : l’antisémitisme se cache parfois derrière l’anti-sionisme. C’est clairement notre point de vue ici. »

Allemande, Schnurbein a été nommée coordinatrice du combat contre l’antisémitisme de la Commission européenne plus tôt ce mois-ci.

La semaine dernière, elle participait au neuvième séminaire UE-Israël pour combattre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme à Bruxelles, avec environ 30 représentants du ministère des Affaires étrangères israélien, de la Commission européenne, du service d’action extérieure de l’UE, de l’agence des droits fondamentaux, des experts en technologie et des ONG.

Pendant la rencontre, Israël a demandé à l’UE d’adopter une définition formelle de l’antisémitisme, a déclaré Akiva Tor, qui dirige le bureau des affaires juives mondiales et des religions mondiales du ministère des Affaires Etrangères. « Cela permettrait un meilleur suivi et une meilleure application de la loi », a-t-il déclaré lundi au Times of Israel .

« Nous avons également exprimé notre point de vue, qui est que toute définition formelle de l’antisémitisme doit inclure le sujet de la délégitimisation d’Israël et du déni au droit à exister d’Israël comme des formes d’antisémitisme, a-t-il ajouté. Nous avons trouvé l’UE assez attentive et nous attendons de pouvoir travailler avec eux plus en avant sur ce sujet. »

Israël n’a cependant pas demandé à l’UE de définir le soutien au mouvement anti-Israël BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanction) comme antisémite, conscient que les appels au boycott émergent d’une variété de sentiments et sont généralement protégés par le droit à la liberté d’expression, et ne seront donc probablement pas proscrits.

« Quand le droit à exister d’Israël est remis en cause, c’est un cas [d’antisémitisme] clair, a déclaré Schnurbein. Mais comme je le disais, cette définition elle-même n’est pas facile, même pour les juifs. Nous étudions ce sujet. »

En 2013, l’agence de l’UE pour combattre le racisme a soudainement retiré sa définition de l’antisémitisme, qui incluait la diffamation d’Israël, de son site internet, s’attirant les critiques d’organisations juives.

« C’était une définition fonctionnelle qui avait été publiée sur le site internet de l’agence des droits fondamentaux, qui est sous l’égide des institutions de l’UE mais est indépendante. Pour différentes raisons, ils ont décidé de l’enlever », a-t-elle expliqué.

Pendant le séminaire UE-Israël, les experts ont principalement discuté des moyens d’utiliser la législation pour combattre les crimes de haine antisémites et les discours d’incitation à la haine et à la violence sur internet, a déclaré Schnurbein, qui est venue en Israël à de multiples occasions, et apprend en ce moment l’hébreu.

« Ces dernières années, nous avons vu un pic inquiétant des incidents antisémites, particulièrement après les attaques terroristes fatales de Toulouse, Bruxelles, Paris et Copenhague. Et nous voyons la peur augmenter chez les juifs européens, par exemple au Royaume-Uni. »

Rassemblement pour les victimes juives de Vincennes - 10 janvier 2015 (Crédit : AFP)
Rassemblement pour les victimes juives de Vincennes – 10 janvier 2015 (Crédit : AFP)

Les agences locales qui surveillent les incidents antisémites ont enregistré une augmentation spectaculaire ces derniers mois, selon Schnurbein.

En France, par exemple, il y a eu une augmentation de 84 % des attaques verbales et physiques contre les juifs pendant les six premiers mois de 2015, comparé à la même période de l’année précédente, a-t-elle déclaré, citant les chiffres collectés par le Service de Protection de la Communauté Juive.

« C’est inquiétant. La commission comprend vraiment les inquiétudes de la communauté juive et nous les prenons au sérieux, a-t-elle ajouté. L’antisémitisme, peu importe s’il est marginal, n’est jamais acceptable. Il n’y a aucune tolérance pour une quelconque forme de racisme ou d’antisémitisme dans nos valeurs européennes. »

Dans le même temps, Schnurbein a rejeté les inquiétudes concernant la vague actuelle d’immigration en Europe depuis la Syrie ou d’autres pays arabes qui mènerait à une augmentation de l’antisémitisme. L’Allemagne, qui a accueilli le plus grand contingent de réfugiés cette année, a en fait vu une baisse du nombre d’incidents antisémites pour la première moitié de 2015, a-t-elle déclaré.

« Il est très clair que les valeurs que nous avons en UE n’ont aucune tolérance pour l’antisémitisme, et il est clair que cela deviendra une partie du système de valeurs pour tous ceux qui veulent rester en Europe, a-t-elle ajouté. Notre objectif est de construire une société inclusive où tout le monde peut se sentir à la maison, et c’est ce sur quoi nous travaillons, avec l’éducation, par exemple. Dans les écoles, mais également en termes de valeurs civiques, ‘pas de tolérance pour l’antisémitisme’ fera partie de cette éducation civique. »

Hommage à Dan Uzan, 37 ans, lors de son enterrement dans un cimetière juif de la capitale danoise (Crédit : CLAUS BJOERN LARSEN / AFP)
Hommage à Dan Uzan, 37 ans, lors de son enterrement dans un cimetière juif de la capitale danoise (Crédit : CLAUS BJOERN LARSEN / AFP)

Schnurbein, 42 ans, a rejeté les affirmations, faites par plusieurs hauts-fonctionnaires israéliens, selon lesquelles la demande de l’UE pour un étiquetage spécifique des produits israéliens fabriqués dans les implantations est antisémite.

« Il faudrait être prudent avant d’utiliser ce terme avec légèreté », a-t-elle déclaré, particulièrement pour respecter ceux qui font face à l’antisémitisme réel. « Pour respecter les victimes, pesons nos mots. »

L’UE rejette le mouvement BDS, et les biens produits à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël continuent à jouir d’un traitement préférentiel, a-t-elle promis. « Nous sommes inquiets chaque fois que nous voyons des mouvements de boycott… L’existence d’Israël ne doit pas être remise en cause, les mouvements de boycott ne doivent pas être tolérés. C’est quelque chose sur lequel nous allons nous engager. »

En tant que nouvelle responsable du combat contre l’antisémitisme de l’UE, Schnurbein, qui était auparavant la coordinatrice pour le dialogue avec les organisations religieuses et non-confessionnelles de l’UE, va assurer une liaison de proximité avec les communautés juives d’Europe.

« Le combat contre l’antisémitisme ne doit pas être laissé aux juifs en Europe, a-t-elle déclaré. La non tolérance à l’antisémitisme est la responsabilité de toute la société. »

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