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Lueur d’espoir pour les « otages » occidentaux en Iran

L'émissaire américain Robert Malley a promis à l'un des otages de la prise de l'ambassade américaine à Téhéran que les américains détenus en Iran ne seront pas oubliés

Barry Rosen, 77 ans, ancien diplomate américain qui fut l'un des 52 otages détenus en Iran pendant 444 jours de 1979 à 1981, s'adresse aux journalistes de l'AFP devant le palais de Cobourg à Vienne, en Autriche, le 14 janvier 2022. Lorsque Rosen, un des 52 otages lors de la prise de l'ambassade américaine à Téhéran, s'est rendu à Vienne pour demander la libération des prisonniers en Iran, il n'avait aucune idée de l'impact de son initiative. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)
Barry Rosen, 77 ans, ancien diplomate américain qui fut l'un des 52 otages détenus en Iran pendant 444 jours de 1979 à 1981, s'adresse aux journalistes de l'AFP devant le palais de Cobourg à Vienne, en Autriche, le 14 janvier 2022. Lorsque Rosen, un des 52 otages lors de la prise de l'ambassade américaine à Téhéran, s'est rendu à Vienne pour demander la libération des prisonniers en Iran, il n'avait aucune idée de l'impact de son initiative. (Crédit : JOE KLAMAR / AFP)

Quand Barry Rosen, l’un des 52 otages de la prise de l’ambassade américaine à Téhéran, a fait le voyage jusqu’à Vienne pour réclamer la libération des prisonniers étrangers en Iran, il ne se doutait pas de l’impact de son initiative.

Depuis la reprise des pourparlers sur le nucléaire iranien fin novembre dans la capitale autrichienne, « je ne voyais rien dans la presse, pas un seul mot sur la détresse des otages », raconte-t-il à l’AFP, bonnet noir « Free the hostages » sur la tête.

« J’ai souffert de 1979 à 1981 et je ne veux pas que d’autres endurent la même épreuve. Alors je me suis dit que je devais agir », dit-il devant le palais Cobourg, lieu des négociations.

C’est dans ce luxueux hôtel que cet énergique Américain de 77 ans a pris ses quartiers la semaine dernière, au plus près de l’action même si des gardes s’assurent qu’il n’entre pas en contact avec les délégations.

Robert Malley. (Capture d’écran YouTube)

Une fois sur le sol viennois, Barry Rosen a entamé une grève de la faim, à laquelle il a mis fin dimanche soir pour raisons de santé. Son message aux diplomates: « ne signez pas d’accord tant que les otages ne sont pas libérés ».

Mouvement de solidarité

Il a visiblement été entendu: l’émissaire américain Robert Malley, qui l’a rencontré à plusieurs reprises, lui a promis que les détenus américains ne seraient pas oubliés.

« Nous demeurons pleinement focalisés sur cette crise », a souligné M. Malley sur Twitter, louant « les efforts héroïques » de cet ex-attaché de presse de l’ambassade des Etats-Unis.

« Il est très difficile pour nous d’imaginer revenir dans l’accord nucléaire pendant que quatre innocents sont retenus en otage par l’Iran », a confirmé lundi le porte-parole du département d’Etat américain Ned Price.

Le porte-parole du Département d’État américain, Ned Price, lors d’un point de presse au Département d’État à Washington, le 7 juillet 2021. (AP Photo/Alex Brandon, File)

De son côté, Téhéran a jugé « possible d’aboutir à un accord fiable et durable sur les deux sujets dans un temps très court ».

L’Iran retient plus d’une douzaine d’Occidentaux, la plupart des binationaux, qui ont été soumis selon la République islamique à une procédure judiciaire appropriée. En prison ou en résidence surveillée, ils font l’objet d’accusations que leurs familles jugent absurdes, comme espionnage ou atteinte à la sécurité de l’Etat.

Parmi eux, l’ingénieur irano-britannique Anoosheh Ashoori, 67 ans, a cessé de s’alimenter « par solidarité » avec l’initiative de Barry Rosen.

Et l’homme d’affaires irano-autrichien Kamran Ghaderi, 58 ans, a rejoint le mouvement, a indiqué son épouse Harika à l’AFP.

Les pourparlers de Vienne « sont une bonne occasion de parler des prisonniers », estime-t-elle, saluant les récents « signes positifs ». Le couple a trois enfants, dont un garçon de 8 ans « qui ne se souvient plus » de son père arrêté en janvier 2016 et « me demande tous les jours quand il va être libéré », déplore-t-elle.

Une femme tient une photo de Benjamin Brière lors d’un rassemblement à Paris, en France, le samedi 8 janvier 2022. Le touriste français emprisonné en Iran depuis l’année dernière a entamé une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements en prison, selon sa sœur et son avocat. Brière, 36 ans, a été arrêté en mai 2020 après avoir pris des photos dans une zone désertique où la photographie est interdite. (Crédit : AP Photo/Adrienne Surprenant)

Le Français Benjamin Brière, 36 ans, qui s’est toujours présenté comme un touriste, est lui en grève de la faim depuis le 25 décembre et attend le jugement du tribunal.

Dossiers « distincts »

Nizar Zakka, Libano-Américain détenu en Iran de 2015 à 2019, a lui aussi fait le déplacement à Vienne. Président de l’ONG Hostage Aid Worldwide, il se réjouit de la « prise de conscience » actuelle.

« Maintenant il faut maintenir l’élan : nous voulons la libération de tous les prisonniers » occidentaux et la fin de cette diplomatie des « otages » pratiquée par Téhéran pour obtenir des concessions des puissances étrangères, dénonce-t-il.

Des experts appellent toutefois à ne pas lier la question au nucléaire.

Les discussions de Vienne « sont déjà suffisamment compliquées », commente Barbara Slavin, spécialiste de l’Iran au sein de l’organisation américaine Atlantic Council.

L’objectif est de sauver l’accord de 2015 censé empêcher la République islamique de se doter de l’arme atomique, devenu moribond après le retrait des Etats-Unis de Donald Trump en 2018.

« L’Iran devrait libérer les prisonniers, quoi qu’il arrive sur le volet nucléaire », insiste l’analyste.

Ned Price a assuré lundi qu’il n’y avait « aucun lien direct ou explicite » entre les deux dossiers qui « évoluent de manière distincte ».

« Nous voulons le retour des Américains détenus dès que possible, donc lier leur sort » à un retour dans le pacte de 2015, « au mieux incertain, ne servirait pas leurs intérêts ».

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