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L’Union européenne critique la liste de l’antisémitisme du Centre Wiesenthal

Dans le top 10 de cette liste mondiale, la BBC, l'Allemagne et Jewish Voice for Peace aux côtés de l'Iran et du Hamas ; "cela va trop loin", estime le bloc européen

Le rabbin Abraham Cooper du Centre  Simon Wiesenthal présente la liste des incidents antisémites mondiaux au musée de la Tolérance de Los Angeles, le 27 décembre 2018. (Crédit : Mark Ralston/AFP)
Le rabbin Abraham Cooper du Centre Simon Wiesenthal présente la liste des incidents antisémites mondiaux au musée de la Tolérance de Los Angeles, le 27 décembre 2018. (Crédit : Mark Ralston/AFP)

JTA — Le Centre Simon Wiesenthal, qui porte le nom du célèbre chasseur nazi qui s’est éteint en 2005, se définit comme étant « une organisation mondiale de défense des droits de l’Homme qui examine la Shoah et la haine dans un contexte historique et contemporain ».

Le vice-doyen du centre, le rabbin Abraham Cooper, a aidé à désamorcer les controverses impliquant des célébrités depuis des décennies, comme la plus récente qui a touché Nick Cannon en 2020 – au cours de laquelle Cooper avait personnellement dialogué à plusieurs reprises directement avec Cannon. D’autres représentants du Centre Wiesenthal sont régulièrement cités dans les médias mainstream.

Mais la publication récente par le centre de sa liste annuelle du « Top Dix de l’antisémitisme mondial » a été vivement critiquée par de hauts-responsables en Europe et notamment par Katharina von Schnurbein, la commissaire européenne à la lutte contre l’antisémitisme, qui a estimé que le groupe trahissait l’esprit de Wiesenthal et nuisait au combat global mené contre l’antisémitisme.

Depuis 2010, le Centre publie la liste de ce que sont, selon lui, les entités les plus antisémites dans le monde. Ces dernières années, les listes établies ont aussi été fustigées, notamment en 2017 – année où avait été mis en cause l’ancien maire de Berlin, Michael Müller, pour ne pas s’être positionné plus fortement contre le mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions). Les leaders de la communauté juive de Berlin avaient qualifié cette intégration dans la liste de « grotesque ».

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La liste faite pour l’année 2021 s’avère être encore plus controversée. Après l’Iran, qui appelle ouvertement à la destruction violente d’Israël, le Hamas, le groupe terroriste palestinien qui contrôle la bande de Gaza, la troisième place est occupée par la BBC, qui a attiré l’attention depuis sa couverture contestable d’une attaque antisémite qui a eu lieu à Londres. A la cinquième place se trouve le groupe Jewish Voice for Peace, un groupe activiste juif antisioniste.

La septième place est attribuée à l’Allemagne toute entière qui, selon le Centre Wiesenthal, « a été dans l’incapacité de faire diminuer le nombre d’attaques antisémites de l’extrême-droite, des islamistes et la diabolisation d’Israël de la part de la gauche ». En 2019, 2 032 incidents antisémites ont été consignés en Allemagne, selon les chiffres du gouvernement – c’est le bilan le plus élevé depuis 2001 et ce chiffre marque une augmentation de 13 % depuis 2018.

Michael Blume, commissaire chargé de la lutte contre l’antisémitisme dans l’état allemand de Baden-Württemberg, est spécifiquement désigné dans cette mention de l’Allemagne pour avoir « liké » un post paru en 2009 sur Facebook, publié par un « ami », qui disait que « les sionistes, les nazis et les radicaux devraient rapidement quitter la liste de mes amis ». Le Centre Wiesenthal note que l’Allemagne a permis à Blum « de se prêter à des activités antisémites et anti-israéliennes sur les réseaux sociaux ».

Blume a déclaré à JTA ne pas se souvenir d’avoir « liké » ce post, et qu’il a pu le faire sur un texte ultérieurement remanié par son auteur.

Katharina von Schnurbein, coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme de l’Union européenne, devant le Conseil d’Israël pour les relations étrangères, à Jérusalem, le 14 juillet 2016. (Crédit : Andres Lacko)

« Je pense que le sionisme est pleinement légitime et qu’Israël a le droit d’exister en toute sécurité pour toujours. A mes yeux, l’antisionisme équivaut à l’antisémitisme, purement et simplement. Je suis allé en Israël en tant qu’ami, en tant qu’allié du pays, de manière répétée et j’ai parlé et beaucoup écrit sur le sujet », a dit Blume à JTA.

Katharina von Schnurbein, coordinatrice de l’Union européenne à la lutte contre l’antisémitisme, a écrit sur Twitter en date du 29 décembre 2021 que l’inclusion de Blume dans la liste « discrédite l’héritage inestimable de Simon Wiesenthal, » survivant de la Shoah qui avait consacré son existence à faire traduire les criminels de guerre nazis en justice et qui avait notamment aidé à la capture des officiers SS Adolf Eichmann et Franz Stangl.

Le Centre Wiesenthal, a continué von Schnurbein sur Twitter, « porte préjudice à la lutte contre l’antisémitisme » avec sa liste.

Depuis qu’elle a pris son poste actuel, en 2015, von Schnurbein s’est concentrée sur la construction d’alliances larges en faveur d’initiatives qui ont été promues par son bureau, en coulisses. Elle n’a que rarement critiqué en public les organisations à but non-lucratif et elle n’est pas connue pour entrer en conflit avec les groupes dont les missions assumées chevauchent celles de son bureau.

Le chasseur de nazis autrichien Simon Wiesenthal lors d’un événement à Vienne, le 19 mars 1999. (Ronald Zak/AP)

Elle n’a pas été la seule à s’offusquer. Une organisation-cadre des communautés juives de Baden-Württemberg, connue sous le nom des Communautés religieuses israélites, a fait part de son soutien à Blume et a condamné sèchement la liste du Centre Wiesenthal dans un communiqué.

« Les communautés juives de l’état sont unanimes dans leur condamnation de cette tentative de dénigrement à l’encontre du commissaire à la lutte contre l’antisémitisme de l’état de Baden-Württemberg, par le biais de cette inclusion dans la liste de l’antisémitisme du Centre Simon Wiesenthal », a écrit l’organisation dans un communiqué. « Placer cet homme, bâtisseur de passerelles entre les communautés, sur la liste des ennemis d’Israël est haineux ».

Cooper, de son côté, a défendu son classement, disant que le Centre Wiesenthal « ne souffre pas de troubles de la vision ».

Alors que presque la moitié de la population juive mondiale réside en Israël, « il n’est pas possible de combattre l’antisémitisme sans s’opposer à tous ceux qui attaquent les sionistes, qui diabolisent le sionisme », a écrit Cooper dans un courriel adressé à JTA. « Cette réalité est par ailleurs inscrite dans la définition de l’antisémitisme de l’IHRA. En 2021 et au-delà, des personnalités ayant des postes de responsabilité dans le contrôle et dans la lutte contre l’antisémitisme doivent établir clairement que l’antisémitisme comprend également la diabolisation des sionistes et celle du sionisme ».

La définition de l’antisémitisme de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) comprend des exemples de certaines formes de discours anti-israéliens. Des dizaines de pays ont adopté cette définition malgré les protestations des activistes palestiniens et d’autres qui affirment qu’elle limite la liberté d’expression sur l’État juif.

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