M. Adelson: « S. Netanyahu a dit que je serais coupable si l’Iran ciblait Israël »
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M. Adelson: « S. Netanyahu a dit que je serais coupable si l’Iran ciblait Israël »

Dans des retranscriptions de l'enquête pour corruption, la propriétaire d'Israel Hayom, Miriam Adelson, détaille la détérioration de ses relations avec les Netanyahu

Le milliardaire américain Sheldon Adelson (à droite) et son épouse Miriam Ochshorn avec Benjamin Netanyahu et sa femme Sara Netanyahu lors de la conférence présidentielle israélienne de Jérusalem, le 13 mai 2008 (Crédit : Anna Kaplan /Flash90)
Le milliardaire américain Sheldon Adelson (à droite) et son épouse Miriam Ochshorn avec Benjamin Netanyahu et sa femme Sara Netanyahu lors de la conférence présidentielle israélienne de Jérusalem, le 13 mai 2008 (Crédit : Anna Kaplan /Flash90)

La propriétaire du tabloïd Israel Hayom, un soutien clé du Premier ministre Benjamin Netanyahu, aurait rapporté à la police que sa relation avec les époux Netanyahu s’était détériorée, ces derniers se plaignant constamment de leur couverture médiatique dans le quotidien gratuit.

Dans des retranscriptions publiées par la Douzième chaîne, Miriam Adelson, la femme la plus riche d’Israël, décrit une relation qui est passé d’amicale à des « plaintes constantes » et même « des cris au téléphone » de la part des Netanyahu, notamment de Sara, poussant Miriam Adelson à poser le combiné pour ne pas avoir à entendre les hurlements.

D’après Miriam Adelson, Sara Netanyahu est allée jusqu’à lui dire que ce serait de sa faute si l’Iran utilisait l’arme nucléaire contre Israël et réduisait le pays à néant.

Cette fuite est la dernière d’une série de retranscriptions issues des trois enquêtes pour corruption entourant le Premier ministre dévoilées par la Douzième chaîne, qui ont fait du correspondant judiciaire de la chaîne, Guy Peleg, une cible de choix des dénonciations de la droite contre les médias dans la campagne électorale en cours.

Adelson a été interrogée par la police en tant que témoin dans « l’Affaire 2000 », impliquant un accord donnant-donnant illicite présumé conclu entre le Premier ministre et le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, à partir de 2009 qui aurait vu Benjamin Netanyahu affaiblir Israel Hayom, le principal rival du Yedioth, en échange d’une ligne éditoriale plus favorable à son égard de la part du Yedioth.

En vertu de cet arrangement présumé, resté sans suite, le chef du gouvernement aurait proposé de défendre une loi destinée à rendre les quotidiens gratuits illégaux — si Mozes ordonnait à ses journalistes et éditorialistes d’assouplir leur position souvent négative à son égard.

A woman reading about how much she'll have to pay for cigarettes and beer in Israel Hayom. At least the newspaper is free. (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Une femme lit le quotidien gratuit Israel Hayom. Illustration. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Lorsque l’affaire a été révélée il y a trois ans, l’époux de Miriam Adelson, Sheldon Adelson, un magnat des casinos, aurait été furieux, et se serait ensuivie une rupture entre Benjamin Netanyahu et son bienfaiteur le plus puissant.

Dans ces dernières retranscriptions, les déclarations de Miriam Adelson semblent néanamoins suggérer que les tensions sont apparues plus tôt.

Miriam Adelson : « Au début, elle [Sara Netanyahu] était très gentille, sympathique. Impressionnante. Une femme intelligente. Et après ça, je ne la reconnaissais pas. Demandez-lui ce qu’elle attendait de nous. Petit à petit, c’est devenu… que des récriminations. Une photo d’elle [dans Israel Hayom] était trop petite. Ils n’avaient pas écrit sur quelque chose — [ses] enfants souffrant du cancer ou autre lui rendant visite… Toujours des complaintes. En permanence… Ça a commencé à être désagréable… On écoutait… écoutait et ne répondait pas. Par respect pour le Premier ministre et son épouse ».

L’enquêteur  : « [Benjamin Netanyahu] s’est-il aussi plaint? »

Amos Regev, rédacteur en chef du quotidien Israel Hayom, avant son interrogatoire pour « l’Affaire 2 000 », devant les locaux de l’unité de police Lahav 433, à Lod, le 17 janvier 2017. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

Adelson : “Bien sûr… cet Amos [Regev, ancien rédacteur en chef d’Israel Hayom] est un dégonflé, une mauviette… Elle n’aimait pas Amos. Elle ne l’aimait vraiment pas ».

Enquêteur : « Comment a réagi [Benjamin] Netanyahu ? Que voulait-il de vous deux ? De quoi se plaignait-il ?

Adelson : « Que nous ne le protégeons pas. Que tout le monde l’attaque… tout le reste de la presse ternit son image, l’un après l’autre, surtout avant les élections. »

Enquêteur : « Et que voulait-il que vous fassiez ? »

Adelson : « Je ne sais pas. Ils trouvaient toujours quelque chose de nouveau qui n’allait pas [dans la couverture d’Israel Hayom], que nous n’étions pas corrects… Elle disait, ‘Ils me traînent dans la boue' ».

Sheldon Adelson et son épouse Miriam lors de la cérémonie d’inauguration d’une nouvelle faculté de médecine à l’université d’Ariel en Cisjordanie, le 19 août 2018. (Crédit : Ben Dori/Flash90)

Enquêteur : « Comment vous faisiez cela ? »

Adelson : « On ne la défendait pas ou je ne sais pas quoi. Elle m’avait déjà dit une fois que si l’Iran obtenait les armes nucléaires et qu’Israël était effacé de la carte, ce serait de ma faute, car je ne protège pas Bibi ».

Enquêteur : « Ça ne vous a pas scandalisée ? »

Adelson : « J’en ai eu marre d’entendre ça, c’était fini. Nous ne leur rendons plus visite. On en a eu marre. Ça s’est fait progressivement ».

Adelson : « Il y avait des appels enflammés vers les États-Unis. Quand il y avait des cris, quand j’entendais une voix haut perchée, je posais le combiné. On pouvait toujours entendre les cris. Quand ils s’arrêtaient — ils pouvaient durer 5, 10 minutes — je reprenais le combiné. Je n’écoutais pas les hurlements. Ce n’était pas agréable. Mais par respect pour le Premier ministre, et ça venait surtout d’elle, je ne répondais pas. Je ne disais rien. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara lors des célébrations de victoire du Likud à Jérusalem, le 16 avril 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Enquêteur : « Et avez-vous fait certaines des choses qu’ils exigeaient par rapport à Israel Hayom ? »

Adelson : « Je me souviens avoir dit un jour à Amos, ‘Allez, mets-la [en photo] pour qu’elle laisse [le Premier ministre ] tranquille’, pour qu’il puisse faire son travail. On a des problèmes avec l’Iran en ce moment, parce qu’il ne peut pas faire son travail si elle le rend chèvre toute la journée ».

Le bureau du Premier ministre a fustigé le reportage de la Douzième chaîne jeudi, « Il s’agit de nouvelles fuites tordues, cancanières de tabloïd publiées à la veille des élections afin de nuire au Premier ministre Netanyahu et au Likud. Au moins, la population sait maintenant comment 250 000 shekels ont été gaspillés dans cette enquête sur le Premier ministre ».

Depuis sa création il y a une dizaine d’années, Israel Hayom soutient de façon appuyée le Premier ministre, minimisant ouvertement ses échecs, exagérant ses réussites et fustigeant ses détracteurs. Il s’est également abstenu de faire les louanges de ses rivaux.

Contraint par la Cour suprême de révéler les dates de ses appels avec les propriétaire et rédacteur en chef d’Israel Hayom, Benjamin Netanyahu avait rapporté en 2017 qu’il s’était entretenu avec Sheldon Adelson presque une fois par semaine entre 2012 et 2015, et deux fois plus souvent environ avec le rédacteur en chef de l’époque Amos Regev — avec différents médias clamant que les conversations visaient notamment à se coordonner sur la ligne éditoriale du quotidien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors du lancement de la campagne électorale de son parti le Likud à Ramat Gan, le 4 mars 2019. (Aharon Krohn/Flash90)

D’après une recommandation de mise en examen par la police adressée aux procureurs l’année dernière, « Netanyahu et Arnon Mozes ont tenu des conversations et des réunions personnelles [à partir de 2009] lors desquelles ils discutaient de leurs arrangements donnant-donnant pour faire avancer leurs intérêts respectifs ».

La police a également indiqué que bien que Netanyahu n’ait pas procédé à ce qu’il aurait suggéré pour nuire à Israel Hayom, lui et Mozes « ont agi de façon effective et active pour faire avancer réciproquement leurs intérêts conformément à l’accord conclu entre eux, ou ont du moins tenté de se faire croire l’un l’autre qu’ils le faisaient bien ».

Le Premier ministre aurait proposé de soutenir différentes mesures : fermer Israel Hayom, contribuer à restreindre sa diffusion et supprimer l’édition du week-end du quotidien gratuit. Un projet de loi de 2015 rendant les gratuits illégaux, rapporté par le député travailliste Eitan Cabel, ne s’est jamais transformée en loi, le gouvernement ayant été dissous avant son adoption à la Knesset.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l’époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le président du Likud est menacé par deux autres affaires. Pour les trois, le procureur général Avichai Mandelblit a demandé sa mise en examen, selon les résultats d’une audience préliminaire.

Dans l’Affaire 1 000, Netanyahu est accusé d’avoir reçu des cadeaux et des avantages de riches bienfaiteurs.

Dans l’Affaire 4 000, considérée comme la plus grave, le chef du gouvernement est soupçonné d’avoir proposé de défendre les intérêts de l’actionnaire majoritaire du géant des télécom Bezeq, Shaul Elovitch, par des arbitrages avantageux en échange d’une couverture positive sur le site d’information appartenant au milliardaire, Walla.co.il.

Netanyahu dément toutes les accusations.

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