Macron critiqué pour avoir décoré Jesse Jackson, accusé d’antisémitisme
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Macron critiqué pour avoir décoré Jesse Jackson, accusé d’antisémitisme

La remise de la Légion d'honneur au pasteur a été vivement critiquée par des internautes sur les réseaux sociaux, Jackson ayant tenu par le passé des propos aux relents antisémites

Le président français Emmanuel Macron serre la main du révérend Jesse Jackson (à droite), militant américain des droits civiques, après lui avoir décerné la Légion d'honneur à l'Elysée, à Paris, le 19 juillet 2021. (Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP)
Le président français Emmanuel Macron serre la main du révérend Jesse Jackson (à droite), militant américain des droits civiques, après lui avoir décerné la Légion d'honneur à l'Elysée, à Paris, le 19 juillet 2021. (Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP)

Le président français Emmanuel Macron a remis lundi les insignes de commandeur de la Légion d’honneur au révérend Jesse Jackson, « défenseur infatigable » de la communauté noire américaine et des valeurs de « justice et de diversité ».

« Les valeurs pour lesquelles vous vous êtes battu sont les mêmes que celles de la République française (…) Vous êtes notre frère », a déclaré le chef de l’État en lui remettant, avec « une grande joie », la plus haute distinction française.

« Je suis très reconnaissant de recevoir une décoration aussi prestigieuse de la part de la grande et aimée nation française », a réagi Jesse Jackson, 79 ans, dans un communiqué.

Emmanuel Macron s’est entretenu en tête à tête avec le pasteur baptiste avant la cérémonie dans la salle des fêtes de l’Élysée où étaient rassemblées une centaine de personnes, dont quatre de ses cinq enfants et des proches venus des États-Unis. Étaient également présents l’ancienne ministre de la Justice Christine Taubira, l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault en tant que président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, et le député des Français établis en Amérique du Nord, Roland Lescure (LREM).

Dans son discours, le président est revenu sur « plus d’un demi siècle » d’engagement « corps et âme » de Jesse Jackson pour « les droits civiques », notamment aux côtés de Martin Luther King, assassiné en 1968.

Le révérend a ensuite mené deux campagnes, « pleines de panache » bien qu’infructueuses, pour l’investiture démocrate aux élections présidentielles de 1984 et 1988. La victoire de Barack Obama en 2008 « aurait été impossible sans vos combats », en particulier pour promouvoir l’inscription des Afro-Américains sur les listes électorales, a souligné Emmanuel Macron.

« Vous êtes un ami particulier de la France », a également salué le chef de l’État, en rappelant que Jesse Jackson avait négocié la libération d’otages français pendant la première Guerre du Golfe en 1990.

Le pasteur, qui a révélé en 2017 souffrir de la maladie de Parkinson, a salué « le leadership courageux et moral de la France pour combattre la pauvreté, promouvoir la paix, agir contre le changement climatique et promouvoir la diversité et la tolérance raciale ». « Continuons à travailler ensemble » pour ces causes, a-t-il ajouté.

Cette décoration a néanmoins été vivement critiquée par quelques internautes sur les réseaux sociaux, le pasteur ayant tenu par le passé des propos aux relents antisémites.

« Cher ⁦Emmanuel Macron, je ne sais pas qui vous a proposé d’honorer le Pasteur Jackson ni pourquoi vous avez accepté. Il y a tant d’antiracistes de bonne foi dans le monde. Pourquoi honorer celui qui flirte avec l’antisémitisme et le negationisme ? », a dénoncé Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié.

En 1979, Jackson avait fait l’éloge de l’OLP, et décrit son chef Yasser Arafat comme « un vrai héros » de la résistance à Israël et à son Premier ministre « terroriste » Menahem Begin, a rappelé Valeurs actuelles.

Il s’était également dit « malade et fatigué d’entendre parler de l’Holocauste ». « Concernant la division du pouvoir, nous n’avons pas obtenu des Juifs notre part de gâteau méritée, ils ne partagent pas avec nous le contrôle des richesses, des médias et des autres centres de pouvoir », avait-il également affirmé. En 1982, il avait aussi regretté que les Démocrates soient « pervertis par une réaction […] envers l’élément juif à l’intérieur du parti », représenté par « une forme glorifiée de corruption, de soutien financier et de faillite morale ».

Jesse Jackson a par le passé fréquenté Louis Farrakhan, leader antisémite et raciste de la Nation of Islam, qui a décrit Adolf Hitler comme un « très grand homme ».

Il est aussi accusé par un journaliste du Washington Post d’avoir, lors d’une conversation privée, qualifié les Juifs de « youpins » et New York de « ville de youpins ».

Il s’était alors excusé par la suite à la synagogue Adath Yeshurun, dans la ville de Syracuse (État de New York), expliquant avoir été « choqué et étonné » que la conversation ait fuité et que ce « sujet si dérisoire soit devenu si important ». « Je suis en partie à blâmer », avait-il reconnu, arguant pour sa défense que le terme « youpin » était alors assez commun en Caroline du Sud. Il avait aussi affirmé vouloir travailler à « la réunification des enfants d’Abraham par le dialogue entre Noirs, Hispaniques, Juifs et Arabes ».

En 2008, lors d’une interview avec le New York Post, il avait déclaré espérer que Barack Obama mettrait fin à l’influence des « sionistes qui ont contrôlé la politique américaine pendant des générations ».

En 2006, Jesse Jackson avait rencontré au Liban Dieudonné, déjà remarqué pour ses saillies antisémites. En 2016, le révérend avait diné avec Jean-Marie Le Pen, lui écrivant un mot – « Gardez espoir et continuez » – à la fin du repas.

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