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Mahmoud Abbas compare Israël aux nazis et l’accuse de « mentir comme Goebbels »

Le président de l'Autorité palestinienne a demandé que l'État juif soit suspendu des Nations unies s'il n'accorde pas aux Palestiniens un État

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'un événement aux Nations unies marquant la 'Nakba' palestinienne à New York, le 15 mai 2023. (Capture d'écran : UN; used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'un événement aux Nations unies marquant la 'Nakba' palestinienne à New York, le 15 mai 2023. (Capture d'écran : UN; used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

NEW YORK — Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a comparé la rhétorique utilisée par Israël à de la propagande nazie et il a demandé que l’État juif soit suspendu des Nations unies s’il n’accorde pas aux Palestiniens un État et « le droit au retour » aux millions de réfugiés palestiniens lors d’un discours qui a été prononcé lundi au siège des Nations unies, à New York. Il a aussi nié tout lien entre le judaïsme et le mont du Temple.

Abbas a pris la parole lors du tout premier événement de commémoration de la « Nakba » – catastrophe en arabe – qui était organisé par l’Assemblée générale. La « Nakba » est le terme palestinien désignant la création d’Israël.

Israël s’était opposé avec détermination à cet événement marquant le 75e anniversaire de la Nakba, évoquant une « distorsion de l’Histoire » et ajoutant que le pays était parvenu à convaincre des dizaines d’autres nations de boycotter cette commémoration.

Abbas, qui arborait une clé sur sa boutonnière, symbole de son retour programmé dans l’ancien foyer de sa famille en Israël, a expliqué que l’État juif avait accepté la création d’un État palestinien en 1947 et qu’il avait aussi accepté le retour des réfugiés palestiniens sur son territoire lorsqu’il avait rejoint les Nations unies. Les Juifs qui se trouvaient dans la Palestine alors placée sous mandat britannique avaient accepté la solution à deux États des Nations unies à l’époque, mais le monde arabe l’avait rejetée et il avait lancé la Guerre de l’Indépendance, en 1948.

« Obliger Israël à mettre en œuvre ces deux résolutions était une condition préalable, un prérequis à son intégration au sein de l’ONU à l’époque – toutefois, malheureusement, certains pays, nous savons tous de qui il s’agit… ont volontairement obstrué la mise en œuvre de ces résolutions en utilisant des pratiques qui sapent les idées de justice, d’éthique et de valeurs humaines », a dit Abbas lors de son discours devant l’Assemblée générale. Si le temps qui lui avait été alloué était de 30 minutes, il s’est finalement exprimé pendant une heure.

« Nous demandons aujourd’hui, officiellement et conformément à la loi et aux résolutions internationales, de garantir qu’Israël respectera ces résolutions sous peine de voir son adhésion aux Nations unies mise en pause », a-t-il indiqué.

The UN votes on partition, November 29, 1947 (Courtesy of the Government Press Office, Jerusalem)
Le vote à l’ONU du Plan de Partition, le 29 novembre 1947 (Crédit : Government Press Office, Jerusalem)

Israël rejette l’idée de l’établissement immédiat d’un État palestinien en Cisjordanie et celle du droit au retour de tous les réfugiés et de leurs descendants, des initiatives que le pays considère comme des menaces existentielles pour le caractère juif de l’État.

Abbas a spécifiquement attribué la responsabilité de la « Nakba » et de l’établissement d’Israël au Royaume-Uni et aux États-Unis.

« La Grande-Bretagne et les États-Unis endossent spécifiquement la responsabilité politique et éthique de la Nakba du peuple palestinien parce qu’ils ont contribué à faire de notre peuple une victime lorsqu’ils ont pris la décision de créer et d’implanter une nouvelle entité dans notre foyer historique pour servir leurs propres objectifs colonialistes », a affirmé Abbas. « Ces pays ont voulu se débarrasser de leurs Juifs et tirer profit de leur présence en Palestine ».

Il a comparé la rhétorique utilisée par Israël – qui affirme avoir redonné vie à une terre stérile par ses travaux agricoles – aux propos qui pouvaient être utilisés par Joseph Goebbels, le propagandiste nazi.

« Les Israéliens et les Sionistes continuent d’affirmer qu’Israël a fait fleurir le désert. Comme si la Palestine était un désert qu’ils l’avaient fait fleurir », a poursuivi Abbas. « Ce sont des mensonges. Ils continuent à mentir, comme le faisait Goebbels, et ils continueront à mentir jusqu’à ce que les autres soient convaincus par leurs mensonges ».

Abbas a été très critiqué, dans le passé, pour des déclarations similaires. Cela avait été encore le cas l’année dernière, en Allemagne, où il avait accusé l’État juif d’avoir commis « 50 Holocaustes » lors d’une conférence de presse en compagnie du chancelier Olaf Scholz. Israël, l’Allemagne et les États-Unis avaient fait part de leur indignation et de leur consternation.

Le chancelier allemand Olaf Scholz, à droite, et le président palestinien Mahmoud Abbas lors d’une conférence de presse conjointe à Berlin, en Allemagne, le 16 août 2022. (Crédit : JENS SCHLUETER / AFP)

Abbas avait appelé les Nations unies à mettre en place un événement annuel de commémoration de la « Nakba » à l’aide d’une résolution qui réclamait que « le 15 mai soit considéré, tous les ans, comme la journée internationale de commémoration du calvaire vécu par les Palestiniens, qui est un calvaire enduré par toute l’Humanité ».

Il a aussi dit que les Palestiniens étaient en train de construire « un monument de commémoration de la Nakba ».

Abbas s’en est pris au gouvernement israélien de la ligne dure, affirmant qu’il prônait « une nouvelle Nakba » contre les Palestiniens. Il a cité les noms du Premier ministre Benjamin Netanyahu, du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et du ministre des Finances Bezalel Smotrich.

« Netanyahu et d’autres personnalités encore pires, Smotrich et Ben Gvir, c’est ce à quoi ils appellent – certains appellent à massacrer les Palestiniens et c’est ce qui est arrivé à Huwara », a-t-il dit. « Quand il y a eu Huwara, Ben Gvir a dit : ‘Mais pourquoi est-ce que vous ne les avez pas massacrés ?’. »

« Ainsi, ce qui est arrivé à Huwara, avec ces meurtres, ces incendies qui ont touché des maisons et des biens palestiniens, ces actes qui ont été commis par des gangs terroristes du mouvement pro-colonies… tout est arrivé sous la protection de l’armée israélienne ».

Ben Gvir n’avait pas tenu ces propos après le saccage de ce village de Cisjordanie par des partisans du mouvement pro-implantation israélien, qui avaient incendié habitations et voitures au cours d’échauffourées d’une grande violence. Un homme Palestinien avait perdu la vie à cette occasion dans des circonstances encore indéterminées.

Abbas a fait probablement référence dans son discours à une déclaration qui avait été faite par Smotrich peu après les faits. Le ministre d’extrême-droite avait ainsi déclaré que « le village de Huwara doit être anéanti. Je pense que l’État d’Israël doit le faire ». Il avait ultérieurement présenté ses excuses pour ces paroles.

Le président de l’Autorité palestinienne a aussi nié tout lien entre les Juifs et le mont du Temple de Jérusalem, disant que les Israéliens « font des fouilles depuis 30 ans pour trouver des preuves de l’existence » de liens entre le Judaïsme et le site.

« Ils n’ont rien trouvé », a-t-il affirmé. « Al-Sharif n’appartient qu’aux musulmans », a-t-il continué, évoquant le mont du Temple en utilisant son nom arabe. Le complexe accueillait les deux anciens Temples et c’est le lieu le plus saint du Judaïsme pour cette raison. La mosquée Al-Aqsa est le troisième sanctuaire le plus sacré de l’Islam.

Les forces de sécurité israéliennes patrouillant à l’extérieur du Dôme du Rocher dans l’enceinte du mont du Temple, pendant le ramadan et Pessah, à Jérusalem, le 8 avril 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Les Nations unies organisaient un nouvel événement de commémoration lundi soir, dans la salle de l’Assemblée générale.

Israël s’était opposé à cet événement de commémoration. L’État juif a fait savoir qu’il était entré en contact avec une centaine de pays, ces derniers jours, pour les convaincre de ne pas y assister, a expliqué un diplomate israélien.

Environ 32 pays, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et l’Ukraine, ont indiqué à Israël qu’ils ne s’y rendraient pas. Dix membres de l’Union européenne étaient aussi absents, a continué le diplomate, ainsi que trois pays d’Afrique. L’Inde, où le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen se trouvait la semaine dernière, devait également s’abstenir d’aller à l’événement de commémoration.

D’autres pays – notamment certains qui ont été particulièrement critiques d’Israël, ces dernières années – ont indiqué au ministère des Affaires étrangères qu’il reverraient à la baisse leur participation.

« Nous lutterons contre les mensonges de la ‘Nakba’ de toutes nos forces », a promis Cohen dans une déclaration faite en vidéo depuis Stockholm, « et nous ne permettrons pas aux Palestiniens de continuer à faire se propager des mensonges en dénaturant l’Histoire ».

La mission israélienne aux Nations unies a vivement recommandé aux autres diplomates de ne pas participer à l’événement dans un courrier, a indiqué l’ambassadeur aux Nations unies, Gilad Erdan, dimanche. Après la commémoration, il a précisé que 44 pays au total n’y avaient pas assisté.

« La seule pensée qu’une organisation internationale puisse qualifier l’établissement de l’un de ses États-membres de catastrophe ou de désastre est à la fois choquante et profondément répugnante », a écrit Erdan dans son courrier. « C’est non seulement une caution apportée à l’antisémitisme mais c’est également le feu vert donné aux Palestiniens pour qu’ils continuent à exploiter les tribunes internationales pour faire la promotion de leur narratif diffamatoire. »

L’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, Gilad Erdan, tient une photo de Yaakov et Asher Paley alors qu’il s’adresse aux médias, après la réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la situation au Moyen-Orient, au siège des Nations Unies à New York, le 20 février 2023. (Crédit : Yuki IWAMURA / AFP)

La mission des États-Unis à l’ONU n’a pas participé à l’événement et elle a indiqué que ce dernier témoignait de la partialité affichée par l’instance mondiale à l’égard d’Israël.

Washington « ne soutient pas les événements qui sont organisés ou qui accordent une légitimité à la partialité anti-israélienne institutionnelle », a fait savoir un porte-parole.

« Les États-Unis reconnaissent néanmoins la situation critique dans laquelle se trouvent les réfugiés palestiniens », a continué le porte-parole de la mission américaine, Nate Evans, dans un communiqué.

« Les États-Unis soutiennent les actions à l’ONU qui unissent les parties et qui posent les fondations d’une solution négociée à deux États et ils se sont concentrés jusqu’à présent sur la nécessité d’encourager les deux parties à prendre des initiatives visant à créer une désescalade des tensions et à restaurer la confiance mutuelle », a continué Evans. « En même temps, les États-Unis s’inquiètent depuis longtemps de la partialité anti-israélienne au sein de l’ONU, ce qui est aussi contre-productif concernant la paix ».

L’Assemblée générale avait approuvé cet événement de commémoration de la Nakba au mois de décembre avec 90 voix « Pour », 30 « contre » et 47 abstentions.

L’initiative avait été parrainée par l’Égypte, la Jordanie, le Sénégal, la Tunisie, le Yémen et les Palestiniens.

La « Nakba » est le terme arabe qui signifie « Catastrophe ». Il est utilisé par les Palestiniens pour rappeler le déplacement des Palestiniens pendant la guerre de l’Indépendance en 1948.

Cet événement a eu lieu quelques jours après une flambée de violences qui a opposé Israël et le Jihad islamique palestinien dans la bande de Gaza, dans l’ombre de tensions élevées en Cisjordanie alors que l’armée a mené des raids nocturnes quasiment quotidiens sur le territoire suite à une série d’attaques terroristes palestiniennes.

Lazar Berman et Jacob Magid ont contribué à cet article.

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