Israël en guerre - Jour 142

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Interview

Mahmoud Habbash: Abbas dénonce le Hamas en privé seulement, à cause de « l’agression » à Gaza

Le conseiller du chef de l'AP déclare qu'Israël sapait la vision américaine de "redynamisation" de l'Autorité palestinienne en suspendant le versement des revenus fiscaux qui lui sont dus et il évoque "le jour d'après" à Gaza

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le conseiller du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Mahmoud Habbash. (Crédit : Mahmoud Habbash/Facebook)
Le conseiller du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Mahmoud Habbash. (Crédit : Mahmoud Habbash/Facebook)

RAMALLAH, Cisjordanie – Un proche conseiller du dirigeant de l’Autorité palestinienne a déclaré mardi, au Times of Israel que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait condamné le Hamas « au cours de tous les appels téléphoniques et lors de tous ses entretiens directs » avec les leaders du monde entier depuis l’attaque meurtrière commise contre Israël, le 7 octobre, par le groupe terroriste du Hamas – mais qu’il ne le fera pas publiquement alors que la guerre à Gaza est actuellement en cours.

« Si Israël n’avait pas lancé son agression à Gaza, le président Abbas aurait ouvertement condamné le Hamas, il l’aurait fait de manière répétée mais alors que l’agression a été lancée et qu’elle continue, lui demander à lui – ou à n’importe quel responsable palestinien – de condamner publiquement le Hamas est insensé, » dit Mahmoud Habbash pendant une interview accordée depuis son bureau de Ramallah.

Cinq jours après le massacre brutal de 1 200 personnes, des civils en majorité, dans les communautés du sud d’Israël et la prise en otage de 240 autres personnes emmenées en captivité à Gaza, le 7 octobre, Abbas avait émis un communiqué dénonçant de manière générale le fait que « les deux parties » avaient pris pour cible des civils, sans mentionner spécifiquement le Hamas.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a souligné le refus d’Abbas de condamner le groupe terroriste lorsqu’il a expliqué pourquoi il ne permettrait pas à l’Autorité palestinienne de gouverner Gaza, une fois que le Hamas serait chassé du pouvoir et que le conflit serait terminé.

Habbash — qui est aussi le principal juge en matière de charia de l’AP – déclare que Ramallah « a été défavorable à la guerre depuis le 7 octobre ».

« Dans plus de 70 entretiens téléphoniques ou rencontres avec des leaders du monde entier – en partant du président américain Joe Biden et jusqu’au président du Venezuela, Nicolas Maduro — le président Abbas a toujours souligné qu’il était opposé à ce qu’a fait le Hamas, le 7 octobre, et que le Hamas n’était pas représentatif des Palestiniens », insiste Habbash.

Des Palestiniens inspectant les destructions suite à une frappe israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 1er décembre 2023. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

« Nous ne voulions pas et nous n’avions pas besoin de cette guerre. Quel est l’intérêt ? Le Hamas s’est-il imaginé qu’il pourrait l’emporter ? », interroge-t-il.

Israël avait riposté aux atrocités commises le 7 octobre en lançant une campagne massive de bombardement dans toute la bande, qui avait été suivie par une incursion terrestre qui s’était d’abord concentrée sur le nord de Gaza et qui s’élargit dorénavant au sud. L’État juif a fait savoir qu’il voulait faire disparaître la menace émanant de l’enclave côtière et garantir le retour des otages. Plus de 15 600 Palestiniens auraient été tués dans ces combats, selon le ministère de la Santé du Hamas qui ne fait pas la différence entre civils et terroristes dans ses décomptes. De son côté, un porte-parole de Tsahal a annoncé, mardi, qu’environ 5 000 hommes armés du groupe terroriste avaient trouvé la mort.

Le jour d’après

Netanyahu a juré de poursuivre la guerre jusqu’à l’éradication totale du Hamas – un objectif auquel l’administration Biden a apporté son soutien. Mais Washington insiste sur la nécessité de laisser à terme l’Autorité palestinienne prendre le pouvoir dans la bande, de manière à rassembler Gaza et la Cisjordanie sous la coupe d’une seule entité politique et de façon à ouvrir la voie à une solution à deux États dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

Les États-Unis reconnaissent que l’AP – qui n’a pas organisé d’élections depuis 17 ans et dont la popularité continue à décliner en raison des accusations de corruption lancées à son encontre et face à la présence israélienne en Cisjordanie qui ne cesse de se renforcer – devra être « redynamisée » avant d’assumer des responsabilités au sein de l’enclave côtière.

Habbash rejette ces mises en causes portant sur une éventuelle corruption au sein de l’Autorité. Il affirme également que c’est le refus opposé par Israël d’autoriser les résidents de Jérusalem-Est à se rendre aux urnes qui est à l’origine de l’absence de tout scrutin depuis 2006 – ce dont doutent certains analystes, qui estiment pour leur part que la réticence d’Abbas à affronter les électeurs s’explique par sa crainte d’essuyer des pertes face au Hamas, rival de son parti du Fatah.

Habbash estime qu’évoquer « une redynamisation » de l’AP est inutile tant qu’Israël prônera des politiques qui visent précisément à affaiblir son statut et son influence.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et son conseiller Mahmoud Habbash au bureau de ce dernier en 2018. (Crédit : Wafa)

Il souligne la décision prise par Israël, au début du mois, de suspendre le versement d’une somme d’approximativement 275 millions de dollars appartenant à Ramallah et provenant des revenus fiscaux prélevés par Jérusalem pour le compte de l’AP. Une somme qui correspond à ce que l’Autorité alloue aux services et aux salaires dans la bande de Gaza et qui constitue à peu-près 30% du total des revenus mensuels qui sont dus aux Palestiniens.

Le conseiller du président fait aussi remarquer que Netanyahu a facilité, pendant des années, des versements d’un montant à hauteur de 30 millions de dollars qui permettaient de rémunérer les employés du Hamas – ce qui, dit Habbash, était un moyen de « renforcer » le groupe terroriste qui gouverne la bande au détriment de son rival du Fatah, plus modéré, qui soutient la solution à deux États à Ramallah.

Netanyahu a rejeté ce narratif, ces dernières semaines, disant que son gouvernement a œuvré à fragiliser le Hamas au cours de ces quinze dernières années par le biais de plusieurs opérations militaires et que l’autorisation donnée à l’entrée de financements qataris, de l’argent qui était utilisé pour payer les salaires et pour soutenir les familles les plus défavorisées, n’avait été octroyée que pour prévenir une crise humanitaire au sein de l’enclave côtière.

Malgré la situation difficile, les forces de sécurité de l’AP sont tout de même parvenues à maintenir un calme relatif en Cisjordanie dans le contexte des combats à Gaza, ont confié des responsables américains au Times of Israel, la semaine dernière.

« C’est bien la preuve que nous pouvons faire la même chose à Gaza », note Habbash.

Il reconnaît qu’une période de transition d’au-moins six moins sera nécessaire pour que l’AP « se réadapte » aux nouvelles circonstances avant de pouvoir assumer la gouvernance à Gaza pour la toute première fois depuis le coup d’état du Hamas, en 2007, qui avait écarté le Fatah de la bande.

Illustration : Des forces de l’ordre de l’Autorité palestinienne se déploient près de l’église de la Nativité à Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 15 juillet 2022. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Pendant ce temps, Ramallah accepterait la présence d’une force internationale ou arabe qui aiderait à prendre en charge les affaires civiles et sécuritaires jusqu’à ce que l’AP soit enfin prête à prendre le pouvoir, déclare Habbash.

Une acceptation qui est toutefois assortie d’une condition : celle du retrait total des forces israéliennes à Gaza et un retour de l’AP qui entrerait dans le cadre d’une initiative plus large visant à créer un état palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza, établit clairement le conseiller d’Abbas.

« Nous cherchons à trouver une solution politique, pas seulement sécuritaire », explique Habbash. « Nous sommes prêts à assumer toute la responsabilité de Gaza mais uniquement si cela se fait de concert avec la Cisjordanie, nous ne voulons pas être des sous-traitants d’Israël ».

Il répète qu’aucune force arabe – palestinienne ou autre – n’acceptera de mener des opérations à Gaza si, par ailleurs, l’armée israélienne doit rester déployée dans l’enclave ou y entrer à son gré, comme elle le fait dans la Zone A de Cisjordanie où l’AP est pourtant censée assurer pleinement le contrôle sécuritaire.

Netanyahu a rejeté tout de go cette exigence, disant qu’Israël conservera le contrôle sécuritaire dans l’ensemble de la bande.

Concernant l’idée d’une Autorité palestinienne qui gouvernerait Gaza en plus de la Cisjordanie, Netanyahu a répété, dans la journée de mercredi, que « tant que je serai Premier ministre d’Israël, cela n’arrivera pas ».

Des troupes de la Brigade Nahal sont vues en train d’opérer dans le nord de Gaza, à Jabaliya, le 6 décembre 2023. (Crédit : Armée israélienne)

« Ceux qui éduquent leurs enfants dans le terrorisme, ceux qui financent le terrorisme et qui soutiennent les familles des terroristes ne doivent pas être autorisés à prendre le pouvoir à Gaza après l’élimination du Hamas », a-t-il écrit sur X, anciennement Twitter, faisant référence aux allocations versées par l’AP aux Palestiniens incarcérés en Israël pour terrorisme et à leurs familles.

Un haut-responsable israélien a déclaré aux journalistes, au début du mois, que Netanyahu laissait la porte entr’ouverte au retour à d’une Autorité palestinienne qui aurait été réformée en profondeur si la guerre devait parvenir à détrôner le Hamas.

Toutefois, la rhétorique employée par le Premier ministre à l’encontre de Ramallah n’a fait que se durcir depuis alors qu’il semble bien déterminé à ne pas perdre le soutien de ses partenaires de coalition d’extrême-droite.

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