Malala et l’Indien Satyarthi reçoivent le Nobel de la paix
Malala a acquis une notoriété planétaire en réchappant miraculeusement à une attaque des talibans pakistanais
La plus jeune lauréate de l’histoire Nobel, la Pakistanaise Malala reçoit mercredi le Nobel de la paix, prestigieuse distinction qu’elle partage avec un grand protecteur de l’enfance, l’Indien Kailash Satyarthi.
Au cours de cette journée placée sous le signe de la jeunesse, les deux lauréats seront accueillis dans la matinée par des milliers d’écoliers, certains à peine plus jeunes que la Pakistanaise de 17 ans, avant de recevoir peu après 12H00 GMT le Nobel qui leur a été attribué le 10 octobre.
Malgré son jeune âge, Malala Yousafzai a déjà une vie bien remplie. Invitée à la Maison Blanche comme à Buckingham Palace ou à la tribune de l’ONU, la bête noire des talibans a déjà reçu de multiples récompenses, publié une autobiographie et rencontré le gotha international.
Pas question cependant pour la jeune femme de lever le pied alors que, selon l’ONU, 57,8 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire, dont 30,6 millions de filles, ne sont toujours pas scolarisés.
« Dans ce monde où l’on se croit si moderne et si développé, pourquoi y a-t-il tant de pays où les enfants demandent non pas un iPad ou un ordinateur mais simplement un livre ou un stylo? », a-t-elle lancé mardi lors d’une conférence de presse à l’Institut Nobel d’Oslo.
Malala a acquis une notoriété planétaire en réchappant miraculeusement à une attaque des talibans pakistanais. Le 9 octobre 2012, deux islamistes interceptent son car scolaire dans sa vallée natale de Swat et lui tirent une balle dans la tête, l’accusant de profaner l’islam.
Réminiscence du drame
Réminiscence de cette journée tragique, l’uniforme scolaire qu’elle portait va, pour la première fois, être exposé, encore taché de sang, au centre Nobel d’Oslo et deux de ses camarades pakistanaises, blessées elles aussi par les agresseurs ont fait le voyage pour célébrer leur amie.
« Elle a réussi sa mission et, inch Allah, elle va continuer cette mission », a déclaré l’une d’elles, Kainat Riaz, à la télévision NRK.
Trois autres militantes de la cause des filles ont répondu à l’invitation de Malala: une Pakistanaise qui lutte depuis huit ans pour obtenir justice après une agression sexuelle, une jeune réfugiée syrienne qui oeuvre pour l’éducation des enfants dans le camp où elle vit en Jordanie et une Nigériane de 17 ans venue d’une région où sévit Boko Haram.
Cette secte islamiste, dont le surnom signifie littéralement « L’éducation occidentale est un péché », a particulièrement choqué la planète cette année en enlevant 276 lycéennes.
Enfants esclaves
Moins connu du grand public, l’Indien Satyarthi œuvre lui depuis 1980 pour arracher les enfants esclaves des usines indiennes.
« Qu’un seul enfant soit en danger et le monde est en danger. Qu’un seul enfant soit privé d’éducation et c’est le monde qui, à mes yeux, n’est pas tout à fait illuminé », a dit cet homme effacé mais jovial de 60 ans mardi, aux côtés de Malala dont il dit avoir fait « (s)a fille ».
Son organisation, Bachpan Bachao Andolan (« Mouvement pour sauver l’enfance »), se targue d’avoir libéré, en plus de 30 ans, environ 80.000 enfants d’usines et ateliers.
Si le nombre d’enfants forcés de travailler dans le monde a reculé d’un tiers depuis 2000, ils sont encore 168 millions selon l’Organisation internationale du travail (OIT).
Les autres prix Nobel – une médaille d’or, un diplôme et un chèque de 8 millions de couronnes suédoises (857.000 euros) – seront remis un peu plus tard à Stockholm, à d’autres lauréats, dont deux Français: Patrick Modiano en littérature et Jean Tirole en économie.
Leur prix ont mis un peu de baume au cœur à une France en proie à la crise et aux doutes. « C’est une bonne chose d’avoir deux lauréats français, mais surtout deux lauréats aussi brillants », a confié à l’AFP Antoine Gallimard, l’éditeur de Modiano.
Le romancier a vu les ventes de son dernier ouvrage « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » s’envoler après l’annonce de son Nobel.