Malgré la profonde polarisation, l’AIPAC cherche le bipartisme
Rechercher

Malgré la profonde polarisation, l’AIPAC cherche le bipartisme

Au programme de la conférence du 26-28 mars, l'Iran, le BDS, l’assistance à Israël, mais aucune mention de la solution à 2 États ne sera faite

La conférence AIPAC 2015 (Credit photo: AIPAC)
La conférence AIPAC 2015 (Credit photo: AIPAC)

WASHINGTON (JTA) – Au programme, maintenir les sanctions à l’encontre de l’Iran, écraser le mouvement BDS et assurer une assistance à Israël.

Mais à la conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le message principal est le suivant : « si vous voulez mettre fin à la polarisation, rejoignez-nous ».

« Nous vivons une époque sans précédent en termes de polarisation politique, et nous aurons une réunion bipartite à Washington, c’est rare », a déclaré un responsable du lobby au JTA au sujet de la conférence du 26 au 28 mars.

« L’un des aspects les plus impressionnants de notre série de conférences, c’est que nous aurons tous les dirigeants des deux partis du Congrès. »

Ça peut sembler être un soulagement, après deux années tendues durant lesquelles l’AIPAC a fait face à l’administration d’Obama, et par extension, à une délégation de membres du Congrès démocrates, sur la question du nucléaire iranien.

Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l'AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP / SAUL LOEB)
Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump à son arrivée sur la scène de la conférence politique annuelle de l’AIPAC au centre Verizon de Washington, le 21 mars 2016. (Crédit : AFP / SAUL LOEB)

Mais si vous vous penchez sur la liste des intervenants, vous verrez que le lobby fait des efforts.

Par exemple, parmi les membres du Congrès, on retrouve les habitués, notamment les piliers de la relation israélo-américaine, comme Stany Hoyer, représentant du Maryland et démocrate ; le coordinateur de l’opposition à la Chambre des représentants Ed Royce, représentant de la Californie et démocrate ; le président de la Commission des Affaires étrangères. Le vice-président, Mike Pence, prendra la parole, tout comme les dirigeants des deux partis de la Chambre des Représentant et du Congrès.

Mais il y aura également le représentant démocrate Jamie Raskin (Maryland), un débutant qui avait le soutien de Bernie Sanders, le candidat aux primaires du parti démocrates, qui avait vu sa demande de transmission satellite de la conférence de l’an dernier déclinée. Et seront également présents cette année, la plupart des démocrates qui soutenaient l’accord sur le nucléaire iranien, alors qu’ils ont brillé par leur absence l’an dernier.

Parmi les orateurs, se trouvent les architectes de l’administration Obama et les défenseurs de l’accord sur le nucléaire iranien. L’accord consiste en une levée des sanctions en échange d’un ralentissement de l’arsenal nucléaire en Iran.

Un autre exemple frappant, c’est la présence de Rob Malley, un membre du Conseil de Sécurité nationale, qui n’a rejoint l’équipe d’Obama qu’à son deuxième mandat. Ce sont ses positions pro-Israël qui l’ont tenues éloigné pendant 4 ans. (Malley était négociateur de paix sous Clinton, et avait commis l’affront de dire que les Israéliens et les Palestiniens étaient tous deux responsables de l’arrêt des négociations en 2000).

Si tout cela a un air de « ce qui est passé est passé », c’est partiellement dû au fait que le monde des organisations est gagné par l’anxiété de la polarisation caractéristique de l’ère Trump. Les groupes juifs accomplissent la majeure partie de leurs actions grâce au soutien de membres des deux partis.

« Nous continuons de croire en un modèle bipartite, parce que c’est le seul moyen que les choses se passent », a déclaré le responsable, qui, comme il est coutume au sein de l’AIPAC, a demandé l’anonymat. « C’est cette conférence qui rassemble républicains et démocrates pour un but élevé. »

J Street, le groupe politique libéral pour le Moyen-Orient, a démontré, à la conférence de son propre mouvement le mois dernier, qu’il n’est que trop heureux de mener la résistance contre le président Donald Trump, qui a consterné la majorité des juifs avec ses idées contre les minorités et avec son isolationnisme. Le président de J Street, Jeremy Ben-Ami, a déclaré explicitement qu’il était prêt à intervenir là ou l’AIPAC ne le fera pas.

AIPAC est également soumis aux critiques de la droite. Les Juifs républicains qui considèrent que le bipartisme politique du lobby est un fléau plutôt qu’un atout, étaient, l’année dernière, derrière le retrait de l’approbation explicite de la solution à deux États de la part du parti. Plus récemment, Trump a également signifié une rupture en ce sens, tout du moins à l’oral.

Le Conseil Israélien Américain, principalement soutenu par Sheldon Adelson, le milliardaire des casinos qui s’est opposé à l’AIPAC en 2007, en partie en raison de son adhésion à la solution à deux états, a essayé de se placer en tant que lobby conservateur pro-Israël. Le groupe Chrétiens Unis pour Israël, de droite, assument également un profil plus élevé à Washington.

Et ainsi, en forgeant son programme législatif, l’AIPAC fait de son mieux pour trouver des éléments que les deux parties appuieront, dans ces trois domaines :

  • Iran: Les démocrates s’opposent encore à une législation qui annulerait l’accord nucléaire, mais sont prêts à tolérer des sanctions plus ciblées. L’AIPAC contribue à l’élaboration de projets de loi qui cibleraient les essais balistiques de l’Iran et son transfert d’armes à d’autres acteurs hostiles dans la région.
  • Boycott, Désinvestissement et Sanctions : L’AIPAC soutiendra un projet de loi inspiré de celui introduit lors de la dernière session du Congrès par les sénateurs Rob Portman (républicain, représentant de l’Ohio) et Ben Cardin, (démocrate et représentant du Maryland). Ce projet appliquera au mouvement BDS les lois qui interdisent de participer au boycott d’Israël de la Ligue arabe.
  • Assistance étrangère : les activistes de l’AIPAC feront pression sur Washington lors de la dernière journée de la conférence avec une demande de soutien à Israël (actuellement de 3,1 milliards de dollars par an, qui devrait augmenter l’an prochain à 3,8 milliards de dollars). Le soutien à cette aide est octroyé, en dépit de profondes coupes budgétaires aux programmes d’aide diplomatique et étrangère dans la proposition de budget de Trump.

L’insistance des militants pour que l’aide à Israël n’existe pas dans l’absolu, et soit accompagnée d’aides à d’autres pays sera aussi un élément déterminant. Avec une administration Trump s’engageant à réduire l’aide étrangère d’un tiers et à anéantir des programmes entiers, l’AIPAC revient à une posture peu familière du début des années 1990, quand le groupe s’était opposé à l’élément central du programme d’un président républicain.

On remarque également que toute question qui soutiendrait vigoureusement une solution à deux États n’est pas à l’ordre du jour. Les dirigeants de l’AIPAC affirment que la politique américaine de longue date reste à l’ordre du jour, mais le profil-bas adopté par le lobby est particulièrement notable, à un moment où d’autres groupes, y compris le American Jewish Committee et la Ligue Anti-Diffamaion exhortent les gouvernements américain et israélien de la préserver.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...