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Analyse

Malgré les espoirs palestiniens, l’Occident ne sanctionnera pas Israël

Les Palestiniens observent la mobilisation occidentale en faveur de l’Ukraine et rêvent de mesures similaires contre Israël. Voici pourquoi cela ne marchera sans doute pas

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Illustration : Des palestiniens et groupes juifs de gauche organisent une marche de Times Square au bâtiment des Nations Unies, à New York, le jeudi 15 septembre 2011. Les marcheurs appellent à mettre fin à l’aide américaine à Israël, à l’occupation et à soutenir le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) contre Israël. (Crédit : AP Photo/David Karp)
Illustration : Des palestiniens et groupes juifs de gauche organisent une marche de Times Square au bâtiment des Nations Unies, à New York, le jeudi 15 septembre 2011. Les marcheurs appellent à mettre fin à l’aide américaine à Israël, à l’occupation et à soutenir le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) contre Israël. (Crédit : AP Photo/David Karp)

Jamal Zahalka, ex-député israélien qui a représenté le parti nationaliste palestinien Balad à la Knesset pendant 17 ans, a adressé un message aux Israéliens plus tôt ce mois-ci.

« Ce qui se passe en Ukraine est terrible », a-t-il déclaré dans un tweet en hébreu le 9 mars. « L’invasion russe mérite une condamnation sans réserve. Aujourd’hui, on nous dit que [le président ukrainien Volodymyr] Zelensky aurait annoncé la mort de 52 enfants tués [dans des bombardements russes], c’est choquant. »

Mais le but de son tweet n’était pas de dénoncer l’agression russe. Occupés à s’indigner du nombre de morts en Ukraine, les médias israéliens « ont omis de noter que, lors de la guerre de 2014 contre Gaza (pardon, ‘l’opération’), Israël avait tué 530 enfants. Gaza compte 2 millions d’habitants et l’Ukraine 40. C’est-à-dire que les meurtres d’Israël ont été 200 fois plus importants. »

Le tweet de Zahalka n’est inhabituel, dans le paysage palestinien, que parce qu’il a été rédigé en hébreu et adressé aux Juifs israéliens. Laissons un instant de côté les calculs – les 52 enfants tués en Ukraine l’ont été lors d’une seule attaque russe. L’argument de Zahalka est largement repris par les Palestiniens et leurs soutiens depuis le 24 février dernier, début de la guerre russe contre l’Ukraine.

Et voici en quoi consiste cet argument : Israël est comparable à la Russie belligérante, les Palestiniens sont les victimes héroïques, à l’instar des Ukrainiens, et si les Palestiniens étaient des Européens blancs, Israël ferait face à la même détermination de l’Occident de le sanctionner et de l’isoler.

(Il convient de faire la part des choses entre ce discours militant et le point de vue réel de la plupart des Palestiniens. Beaucoup pensent que l’Ukraine est au moins en partie responsable de la guerre, et une majorité souhaite que leurs dirigeants restent neutres sur la question. Ce point de vue s’est reflété dans une poignée de manifestations pro-russes organisées dans des villes palestiniennes, tout autant que dans le boycott, par la majorité des députés arabes, du discours de Zelensky devant la Knesset, la semaine passée.)

C’est ainsi que le 4 mars, Yousef Munayyer, militant et écrivain palestinien résidant à Washington, a publié un éditorial dans le magazine progressiste The Nation qui notait avec étonnement comment, « du jour au lendemain, le droit international semblait avoir retrouvé de l’importance. L’idée qu’un territoire ne pouvait pas être pris par la force était de nouveau une norme internationale méritant d’être défendue. »

Les pays occidentaux « ont non seulement imposé de fortes sanctions, mais ont également initié une série de sanctions plus ciblées pour atteindre des personnalités spécifiquement impliquées. En parallèle, non seulement les pays occidentaux refusaient de mettre en place des sanctions contre Israël pour ses exactions, mais ils le soutenaient activement sur le plan économique, militaire et diplomatique.

« Étonnamment, les boycotts, désinvestissements et sanctions ne posent pas de problèmes lorsqu’ils sont utilisés pour demander des comptes à certains belligérants. Mais quand il s’agit des droits des Palestiniens, on nous répète à l’envi que les mesures économiques non-violentes comme les boycotts ne sont pas bonnes. »

Là où Zahalka a expliqué aux Israéliens que leur pays était pire que la Russie, Munayyer s’est adressé à l’Occident libéral, estimant que seul le « racisme » pouvait expliquer des réactions différentes à la souffrance des Ukrainiens et à celle des Palestiniens. Les gouvernements occidentaux, a-t-il dit, « nous considèrent moins humains que d’autres ».

Ou, comme l’a écrit le président de l’Institut arabo-américain, James Zogby, à propos du point de vue de l’Occident : « Certains sont plus dignes de soutien que d’autres. Les droits des uns sont sacro-saints, alors ceux des autres peuvent être sacrifiés. Certains ne sont pas susceptibles d’être condamnés, même s’ils se comportent comme des criminels, parce que leur sécurité prime sur les droits de ceux qu’ils oppriment. »

La querelle a été relayée dans le débat public américain par Politico, MSNBC et bien d’autres.

Une répétition générale

Ont-ils raison ? Dans leur volonté de punir la Russie pour ses entreprises guerrières, les gouvernements occidentaux, entreprises, universités, jusqu’aux orchestres symphoniques, appellent-ils l’attention sur l’existence de préjugés de longue date envers, comme l’ont formulé divers critiques, les Arabes, les musulmans ou plus largement les non-Blancs ?

La question revêt une importance cruciale pour l’avenir palestinien. Ceux qui portent cette accusation ont tous à cœur de résoudre l’impasse israélo-palestinienne.

De ce que l’on voit, l’Occident est capable de sanctions internationales massives et coordonnées, et d’isoler une économie quatre fois plus forte que celle d’Israël en termes de PIB. (Ce n’est pas une faute de frappe. Malgré toutes ses fanfaronnades et ses 145 millions d’âmes, le PIB nominal de la Russie est inférieur à celui du Canada.)

L’Occident est même capable -et disposé à- expédier des quantités d’armes à la victime, et en tire une certaine gloire.

Des soldats ukrainiens prennent part à un exercice pour l’utilisation de missiles antichars NLAW donnés par les Britanniques sur le terrain d’entraînement militaire de Yavoriv, près de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, le vendredi 28 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Pavlo Palamarchuk)

Voilà que le rêve le plus fou du mouvement de boycott d’Israël prend vie avec une rapidité étonnante. Une sorte de répétition générale inattendue d’une possible rédemption des Palestiniens.

Cette idée s’est même emparée d’une certaine partie de la gauche militante israélienne. Mercredi, des militants israéliens et palestiniens se sont réunis sous les auspices de l’Initiative de Genève pour une conférence baptisée, de manière révélatrice, « De Kiev à Ramallah ».

L’objectif était de sortir la société israélienne de sa passivité, en indiquant que ce qui arrivait à la Russie pourrait bien arriver à Israël. « Afin de ne pas nous rapprocher de la situation ukrainienne et des développements internationaux qui ont suivi, nous avons besoin d’un véritable processus conduisant à une solution à deux Etats », ont déclaré les organisateurs sur Twitter.

Le moyen le plus efficace de soutenir cette forme rénovée de militantisme occidental est d’en faire l’attente de base pour d’autres conflits et d’identifier clairement la différence de traitement entre Russie et Israël pour ce qu’elle est, une forme de racisme. L’émotion en Occident est à son comble : il faut donc battre le fer tant qu’il est chaud.

Le rasoir d’Occam

Mais pour poser sérieusement la question liée à ce problème – à laquelle les soutiens palestiniens répondent avec précipitation-, il faut d’abord examiner les explications qui ne relèveraient pas du racisme, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle.

Il n’est pas déraisonnable de suggérer que la réticence apparente du monde à traiter plus durement Israël est au moins en partie due à des préjugés latents. Mais il y a d’autres explications possibles, qui n’ont rien à voir avec l’ethnicité ou la religion des Palestiniens.

Laissons de côté le débat de fond sur la position morale d’Israël, la conviction répandue chez les Israéliens que chaque période de retrait israélien, depuis le début du processus de paix, a immanquablement débouché sur de nouvelles effusions de sang provoquées par les Palestiniens, comme la croyance palestinienne que les pourparlers de paix constituent une couverture pour la poursuite des implantations.

Ces récits antagonistes placent les deux parties dans des positions morales radicalement différentes. Mais la réticence occidentale à isoler Israël ne découle pas de cela. La plupart des décideurs occidentaux à qui l’on parle ont tendance à être d’accord avec les deux parties. Dans la plupart des capitales occidentales, ni les Israéliens ni les Palestiniens ne sont considérés comme des acteurs innocents de ce drame.

Mais le mois dernier, alors qu’ils étudiaient de possibles mécanismes de sanctions contre la Russie, les dirigeants d’une quarantaine de pays se sont interrogés sur les conséquences possibles des sanctions: dans quelle mesure pourraient-elles convaincre la Russie de cesser son avancée, ou du moins d’en raccourcir la durée? Quel dommage les sanctions causeraient-elles aux économies occidentales, et l’avantage potentiel en vaudrait-il la peine? Comment l’Ukraine réagirait-elle ?

Nul besoin d’aller plus loin dans l’étude « risques-bénéfices » pour prendre conscience du fossé béant entre les situations ukrainienne et palestinienne, un fossé qui touche au cœur du malheur palestinien.

Ce que veut dire l’Europe quand elle parle de moralité

Mieux vaut le dire sans détour : ce n’est pas l’indignation morale ou un culte dévorant pour le droit international qui a motivé la réaction de l’Occident à l’invasion. C’est par intérêt personnel, chaque pays ayant pris conscience que la Russie représente de nouveau une menace réelle et immédiate pour une Europe largement désarmée depuis les trente dernières années.

Avant l’invasion de l’Ukraine par Poutine, seuls trois pays de l’UE étaient frontaliers de la Russie : la Finlande, l’Estonie et la Lettonie. Avec l’invasion et la présence militaire russe en Biélorussie, cinq nouveaux États de l’UE – la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie – sont brutalement devenus frontaliers de l’armée russe.

En Allemagne, ce n’est pas par devoir moral mais tout bonnement du fait de la menace – soudaine – d’une invasion russe, que le chancelier Olaf Scholz, deux jours seulement après le début de l’invasion, a annoncé une hausse de 100 milliards d’euros du budget de la défense, soit plus du double des dépenses totales de défense allemandes de 2020. Deux semaines plus tard, le 14 mars, les médias allemands indiquaient que Berlin avait contacté les États-Unis afin d’acquérir de nouveaux avions de combat F-35.

De nombreux pays européens et de l’OTAN ont également annoncé, à la suite de l’invasion, qu’ils allaient relever leurs dépenses de défense pour tenter de se hisser au niveau d’exigence de l’OTAN, fixé à 2 % du PIB. L’Allemagne et la Pologne ont toutes deux déclaré qu’elles dépasseraient l’objectif de manière significative.

Pour autant, ce regain d’investissements n’a pas commencé le mois dernier. L’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, avait déjà déclenché les premiers mouvements -certes modestes- en vue d’un renforcement des capacités militaires en Allemagne, Suède, Pologne comme dans d’autres pays de l’UE, et avait amené l’OTAN à établir cet objectif de 2 %.

Le chancelier allemand Olaf Scholz prononce un discours sur l’invasion russe en Ukraine lors d’une réunion du Parlement fédéral allemand, le Bundestag, au bâtiment du Reichstag à Berlin, en Allemagne, le 27 février 2022. (Crédit : AP Photo/Michael Sohn)

L’Occident a une curieuse habitude, héritée de l’après deuxième guerre mondiale, de revêtir ses actions géopolitiques d’habits moraux irréprochables. Mais ce vocabulaire moral est un vernis, et non la substance.

Aucune indignation morale ne poussera jamais une quarantaine de pays de l’OTAN et de l’UE à dépenser soudain des centaines de milliards de dollars et d’euros non budgétisés pour renforcer leurs capacités militaires, pas davantage qu’elle ne justifiera la perte d’autres centaines de milliards par la relégation de la Russie au ban de l’économie mondiale, sans compter le gaz russe et ses 40 % de parts de marché dans la consommation de gaz de l’UE en 2021.

Ce n’est pas l’indignation morale qui a conduit tant de pays, plus ou moins convaincus, à s’unir et il en va de même pour ce qui est de la prise de conscience des plus grands PDG du monde, rendus à l’évidence qu’il serait imprudent de bafouer le régime de sanctions.

Il est, en fait, difficile de trouver d’autres exemples de sanctions uniquement enracinées dans le sentiment d’indignation morale tel que l’envisage l’Occident. Il s’agit d’un outil utilisé presque exclusivement pour faire face à des menaces d’emploi de la force – principalement contre des régimes comme la Corée du Nord et l’Iran – et qui s’aggrave à mesure que la menace s’intensifie. La Russie est maintenant sous un régime de sanctions internationales avec davantage de restrictions que celles imposées à la Corée du Nord ou à l’Iran, non pas parce que ses agissements sont moralement pires aux yeux de l’Occident, mais parce qu’il s’agit d’une menace plus proche et immédiate.

L’Ukraine laissée pour compte

À l’issue d’un sommet le 10 mars dernier à Versailles, les dirigeants européens ont publié une déclaration commune qualifiant l’invasion russe de l’Ukraine de
« changement tectonique dans l’histoire européenne », aube d’un nouvel ordre régional. Pour autant, lors de la conférence, ces mêmes dirigeants avaient rejeté la demande des États européens les plus menacés – la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie et la Hongrie – d’accélérer l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

Ce fut un moment important de clarification.

L’Europe se mobilisait contre la Russie, pas, semble-t-il, en faveur de l’Ukraine. Le raisonnement est solide, si l’on calcule froidement les choses. L’UE exige l’unanimité des États membres pour agir. Si l’Ukraine adhérait à l’Union et devenait, à la fin de la guerre, un État satellite russe, la Russie aurait obtenu un veto de facto sur l’action de l’UE.

En soutenant la proposition d’adhésion ukrainienne, les États d’Europe de l’Est les plus menacés par l’avancée russe ont essayé d’entraîner leurs homologues d’Europe de l’Ouest, plus riches, dans une défense plus robuste du territoire ukrainien en augmentant les coûts pour l’UE d’un possible effondrement de l’Ukraine. Pour autant, l’Europe de l’Ouest a refusé de lier trop étroitement son destin aux succès de l’Ukraine sur le champ de bataille, se limitant à un soutien de l’extérieur et à une augmentation considérable de ses dépenses militaires, tout en préservant sa liberté d’action en cas de chute de l’Ukraine.

Dans cette image de la vidéo fournie par le Bureau de presse présidentiel ukrainien, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky s’exprime lors d’une rencontre avec le Premier ministre slovène Janez Jansa, le Premier ministre tchèque Petr Fiala, Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki et le vice-Premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski à Kiev, en Ukraine, le 15 mars 2022. (Crédit : Bureau de presse présidentiel ukrainien par l’intermédiaire d’AP)

En d’autres termes, l’Europe occidentale a tracé une ligne, mais il ne s’agit pas d’une ligne morale. Les vieilles inquiétudes concernant le virage à droite de la Pologne ou de la Hongrie se sont évaporées face au besoin urgent de déployer de nouvelles forces de l’OTAN et des batteries Patriot à la frontière en temps de guerre.

L’Ukraine obtiendra de l’aide, mais seulement dans la mesure où cette aide n’accroît pas le danger pour les États d’Europe occidentale.

L’analyse fondamentalement non morale de la guerre par l’Occident est finalement une mauvaise nouvelle pour la Russie. Un régime de sanctions enraciné dans une peur immédiate et écrasante est bien plus solide qu’un régime fondé sur la morale.

Mais c’est aussi une mauvaise nouvelle pour la campagne pro-palestinienne. Le discours moral qu’ils tentent de déployer contre Israël n’est pas le véritable moteur de la réaction occidentale qu’ils espèrent reproduire.

Résultat : le langage moral et juridique avec lequel l’Europe décrit aujourd’hui son réarmement, en des temps moins idéalistes, est un mirage. Les actions de l’Occident ne sont pas motivées par un sentiment, mais par une menace dure et immédiate pour l’Europe, le genre de menace qu’Israël ne représente pas.

Le problème avec les Palestiniens

Ensuite, il y a le problème de l’entité palestinienne elle-même, divisée et dysfonctionnelle, criblée d’institutions corrompues et d’extrémistes rivaux, sans faction manifestement désireuse ou capable d’offrir une meilleure gouvernance ou d’introduire des normes démocratiques dans les zones administrées par les Palestiniens.

Les militants pro-palestiniens imputent à Israël l’état de délabrement de la politique et de la gouvernance palestiniennes. C’est le genre d’argument qui ne peut être rejeté avec désinvolture. Cinquante années de régime extérieur ne constituent pas un environnement sain susceptible de voir émerger des systèmes politiques robustes. Mais c’est aussi un moyen trop commode pour les Palestiniens d’ignorer certains problèmes épineux entièrement internes à la politique palestinienne. Et, plus important encore, reprocher ces dysfonctionnements à Israël trahit une méconnaissance des motifs fondamentaux qui guident la prise de décision occidentale.

Quelle que soit la source de l’incapacité politique, le simple fait qu’elle existe limite considérablement l’aide occidentale.

Une comparaison avec l’Ukraine aidera à clarifier la question.

Une grande partie de l’aide occidentale à l’Ukraine a pris la forme d’armes, dont 17 000 missiles antichars livrés début mars, qui semblent avoir été d’une grande efficacité sur le champ de bataille. De tels systèmes d’armes peuvent être acheminés en Ukraine parce que l’Occident sait, avec un degré suffisant de confiance, qu’ils ne seront pas utilisés pour cibler des civils russes en Russie.

Les décideurs occidentaux ne peuvent pas partir du même postulat dans le cas palestinien.

Illustration : L’ukrainienne Oksana al-Astal pose pour une photo dans le salon de sa maison, décoré des drapeaux palestinien et ukrainien, à Khan Younis, au Sud de la bande de Gaza, le 13 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Les fonds envoyés au gouvernement ukrainien seront probablement utilisés par l’administration de Zelensky, soit pour défendre le pays, soit pour atténuer les conséquences humanitaires de la guerre. Mais comme l’UE l’a découvert d’innombrables fois au cours des trois dernières décennies, l’argent envoyé à Gaza ou en Cisjordanie sert souvent à renforcer les infrastructures terroristes, quand il ne disparaît pas tout simplement. C’est pour cette raison que les contributions aux Palestiniens sont maintenant suivies de près et étroitement contrôlées.

Et qu’en est-il des sanctions ? Ici aussi, la capacité palestinienne est déterminante. On peut faire confiance à l’Ukraine pour utiliser le resserrement de l’étau mondial sur l’économie russe comme levier pour négocier la fin de la guerre. Le Hamas, qui n’est pas contesté à Gaza et qui recueille entre 40 et 60% de soutien en Cisjordanie, n’utiliserait pas la pression sur Israël de la même manière. Au lieu de mettre fin au conflit, il est raisonnable de supposer, sur la base des déclarations régulières des responsables du Hamas, qu’il utiliserait tous les avantages qu’il pourrait rassembler pour étendre ses combats.

Même pour le décideur politique occidental le plus sympathisant, déjà enclin à soutenir la pression sur Israël, ce ne serait pas une situation facile à gérer.

Si l’Occident choisissait de « dépenser » l’énorme capital politique et économique que représente un régime de sanctions de type russe vis-à-vis de l’État juif, que feraient les Palestiniens de ce cadeau ? Dans le cas de Zelensky, nous le savons, la réponse est simple. Dans le cas d’une entité palestinienne divisée, à moitié islamiste et profondément corrompue, c’est un mystère pour les Palestiniens eux-mêmes.

Enfin, il y a la question des militants pro-palestiniens et la façon dont ils exposent leur cause. Les défenseurs de l’Ukraine démocratique en Occident exigent quelque chose de simple et direct : la fin de l’invasion militaire.

La campagne contre Israël a refusé de se limiter à exiger un retrait israélien d’une zone spécifique ou la fin d’une politique spécifique. Elle exige quelque chose de beaucoup plus complexe et moralement ambigu : le démantèlement de l’État juif.

Personne ne force le mouvement BDS à adopter cette position. Il découle des racines du mouvement dans l’activisme palestinien, incarnant une conviction palestinienne centenaire que l’idée même d’un État juif est une monstruosité intenable.

Mais cette subordination de l’activisme pro-palestinien à l’étranger au discours palestinien à l’intérieur du pays a un coût élevé. Le mouvement de boycott veut faire advenir à toute force un débat sur les raisons pour lesquelles les sanctions sont légitimes dans un cas, mais pas dans un autre, afin d’éviter le débat plus difficile sur la question de savoir si ses demandes de remodeler fondamentalement la vie interne de l’ennemi nuisent réellement à la cause palestinienne.

Même les décideurs européens ou américains lassés de l’impasse, et qui en font souvent le reproche à la partie israélienne, répugnent à s’allier avec un mouvement qui semble déterminé à maintenir des exigences que la partie israélienne ne pourra jamais satisfaire.

Il ne s’agit pas d’un problème mineur dans la stratégie plus globale de plaidoyer palestinien.

La Russie, en mettant fin à son invasion, pourrait obtenir une fin rapide des sanctions occidentales, ce qui renforce la conviction des gouvernements occidentaux que les difficultés infligées actuellement contribueront à mettre un terme rapide aux hostilités. Personne ne demande que la Russie soit démantelée ni ne modifie radicalement son ordre social. La campagne palestinienne, en revanche, n’insuffle pas en Occident un espoir comparable.

Bien sûr, aucune des difficultés évoquées ici n’apporte la preuve que le racisme est étranger à l’élaboration des politiques occidentales.

Mais les préjugés seuls ne sont pas la seule, ni même la principale explication, de la réticence à se rallier derrière les Palestiniens.

Il y a des explications plus simples.

L’obstacle majeur à l’existence d’une politique occidentale vis-à-vis des Palestiniens inspirée du « modèle » ukrainien n’est pas le racisme occidental. Ce sont les Palestiniens eux-mêmes.

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