Malgré les protestations, Washington va restituer à l’Irak des archives juives
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Malgré les protestations, Washington va restituer à l’Irak des archives juives

Des archives juives historiques avaient été retrouvées dans une cave inondée des quartier généraux des services secrets à Bagdad après la deuxième guerre du Golfe

Des bénévoles tentent de récupérer des archives juives irakiennes d'une cave inondée de Mukhabarat, les quartiers généraux des services secrets de Saddam Hussein, en 2003. (Crédit : Photo by Harold Rhode/U.S. National Archives)
Des bénévoles tentent de récupérer des archives juives irakiennes d'une cave inondée de Mukhabarat, les quartiers généraux des services secrets de Saddam Hussein, en 2003. (Crédit : Photo by Harold Rhode/U.S. National Archives)

NEW YORK (JTA) – Les États-Unis restitueront à l’Irak cette année une collection d’artefacts juifs irakiens, malgré les efforts des élus et des groupes juifs qui ont tout mis en œuvre pour les garder dans le pays.

L’extension de quatre ans, destinée à conserver aux États-Unis des archives juives irakiennes, prendra fin en septembre 2018, ainsi que le financement, la gestion et le transport des objets. Les objets seront ensuite envoyés en Irak, selon un porte-parole Pablo Rodriguez dans un courriel adressé au JTA.

Rodriguez a déclaré que le département d’État « est très conscient de l’intérêt » suscité par ces archives.

« Garder les archives hors d’Irak est possible », dit-il, « mais cela exigerait un nouvel accord entre le gouvernement irakien et un établissement d’accueil du gouvernement ».

Ces archives ont été emmenées en Amérique en 2003, après avoir été sauvées par les troupes américaines. Elles contiennent des dizaines de milliers d’objets, notamment des livres, des textes religieux, des photos et des documents personnels.

Dans le cadre d’un accord avec le gouvernement irakien, les archives ont été renvoyées sur place, mais en 2014, l’ambassadeur américain aux États-Unis a indiqué que la durée de leur séjour a été prolongée, et n’a pas indiqué de date de retour.

Des livres de la communauté juive sèchent au soleil après avoir été extirpés d'une cave inondée, de Mukhabarat, les quartiers généraux des services secrets de Saddam Hussein, le 6 mai 2003, à Bagdad. (Crédit : Photo by Harold Rhode/)
Des livres de la communauté juive sèchent au soleil après avoir été extirpés d’une cave inondée, de Mukhabarat, les quartiers généraux des services secrets de Saddam Hussein, le 6 mai 2003, à Bagdad. (Crédit : Photo by Harold Rhode/)

Des élus démocrates et républicains, ainsi que des groupes de lobby juifs ont fait pression pour renégocier cet accord, estimant que ces documents devraient être conservés aux États-Unis, où ils sont accessibles aux juifs irakiens et à leurs descendants.

Le JTA a pris contact avec des élus qui ont parrainé des résolutions appelant à la renégociation du retour des archives, mais n’a pas eu de réponse avant la parution de cet article.

L’Irak et ceux qui sont en faveur du retour des archives soutiennent qu’elles remplissent une fonction éducative pour les Irakiens à propos de l’histoire des Juifs du pays, et que cela fait partie du patrimoine national.

Une Haggadah de Pessah, de 1902, l'un des rares manuscrits en hébreu extirpés d'une cave inondée, de Mukhabarat, les quartiers généraux des services secrets de Saddam Hussein, décorée à la main par un jeune irakien. (Crédit : U.S. National Archives)
Une Haggadah de Pessah, de 1902, l’un des rares manuscrits en hébreu extirpés d’une cave inondée, de Mukhabarat, les quartiers généraux des services secrets de Saddam Hussein, décorée à la main par un jeune irakien. (Crédit : U.S. National Archives)

En 2003, les troupes américaines ont trouvé ces archives, qui étaient en grande majorité imbibées d’eau, dans le sous-sol des quartiers généraux des services secrets irakiens à Bagdad. Sous Saddam Hussein, l’Irak avait pillé de nombreux artefacts, après que le dictateur a expulsé la communauté juive du pays, après de sévères persécutions.

Aux États-Unis, les artefacts ont été restaurés, numérisés et exposés, sous l’égide des National Archives à Washington D.C.

Une bible en hébreu imprimée à Venise en 1568, retrouvée dans les archives juives irakiennes. (Autorisation).
Une bible en hébreu imprimée à Venise en 1568, retrouvée dans les archives juives irakiennes. (Autorisation).

Rodriguez s’est interrogé sur le sort de ces archives.

« Quand les archives juives irakiennes seront restituées, le département d’État prendra les mesures nécessaires pour préserver les archives et pour les rendre accessibles au public », a-t-il indiqué dans le communiqué.

Les archives ont été exposées au musée juif du Maryland depuis le 15 octobre et le seront jusqu’au 15 janvier. Le prospectus de l’exposition indique que parmi les objets exposés, figureront une bible hébraïque avec des commentaires de 1568, un Talmud Babylonien de 1793 et une version du Zohar, un texte juif mystique datant de 1815.

« À ce stade, nous n’avons aucune information à vous fournir sur d’autres sites », a indiqué Miriam Kleinman, directrice du programme des relations publiques des National Archives dans un courriel adressé au JTA.

Les groupes qui représentent les Juifs irakiens ont critiqué l’annonce de la date de retour prévue.

« Il n’y a aucune raison qui justifie que l’on renvoie les archives juives en Irak, un pays qui n’a pratiquement aucun résident juif, et aucune accessibilité aux intellectuels juifs, ou aux descendants des Juifs irakiens », a déclaré dans un communiqué adressé au JTA Gina Waldman, fondatrice et présidente des Juifs indigènes au Moyen Orient et d’Afrique du Nord.

« Le gouvernement américain doit s’assurer que les archives irakiennes soient restituées à qui de droit, à la communauté juive irakienne exilée. »

Détail d'un étui pour rouleau de la Torah, provenant de Bagdad, et datant du XIX-XXe siècle, faisant partie des archives juives irakiennes. (Crédit : National Archives)
Détail d’un étui pour rouleau de la Torah, provenant de Bagdad, et datant du XIX-XXe siècle, faisant partie des archives juives irakiennes. (Crédit : National Archives)

Stanley Urman, vice-président exécutif de Justice for Jews from Arab Countries, a, comme Waldman indiqué qu’il n’y avait aucune raison de renvoyer les archives.

« Il s’agit de la propriété collective des Juifs. L’Irak les a volées et cachées dans un sous-sol. Maintenant que nous avons pu les récupérer, c’est comme si on rendait au voleur ce qu’il a volé », a confié Urman au JTA vendredi.

Le rabbin Andrew Baker, directeur des affaires juives internationales de l’American Jewish Committee (AJC) a souligné que l’accord a toujours stipulé que les archives seraient restituées.

« Il est évident que s’il y a plus de sites ou de musées qui veulent organiser des expositions, cela pourrait justifier que l’on reporte le retour [de ces archives] en Irak », a-t-il déclaré au JTA.

Baker a déclaré que le fait que ces archives aient été numérisées garanti l’accès à leur contenu, où qu’elles se trouvent physiquement.

« En toute franchise, j’ose espérer qu’en dépit de la position du département d’État et de la date fixée, il y ait d’autres accords à signer, qui conduiraient, éventuellement, au report du retour des archives », a-t-il dit.

Marc Lubin, un consultant en matière de relations gouvernementales, qui a travaillé sur la question, a été très critique quant à cet accord avec le gouvernement irakien sur le retour de ces archives.

« L’affaire des archives juives irakiennes lève le voile sur les accords signés par les États-Unis, qui, au nom de la dissuasion du pillage, concrètement, encourage les gouvernements étrangers à revendiquer les propriétés des Juifs et d’autres minorités religieuses », a-t-il dit au JTA dans un email.

« Ces dispositions violent les principes américains et doivent être abrogées.»

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