Malgré un prétendu tournant, le passage de Danon à l’ONU est voué à l’échec
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Analyse

Malgré un prétendu tournant, le passage de Danon à l’ONU est voué à l’échec

Le belliciste du Likud exhortait Israël à annexer la Cisjordanie si l’ONU votait pour un Etat palestinien. Sa prétendue volte-face sera insuffisante pour gagner la confiance des autres diplomates

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Danny Danon en mai 2014. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Danny Danon en mai 2014. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

J’ai demandé une fois à Danny Danon si sa critique féroce de l’administration américaine et son rejet véhément de la solution à deux Etats pourraient devenir gênants un jour, peut-être quand il voudrait atteindre une position où le politiquement correct serait plus incontournable qu’à l’arrière-garde du Likud.

Ce ne serait pas la première fois qu’un intransigeant assouplirait sa position pour monter en grade, avais-je défendu à l’époque.

Mais Danon, qui a été nommé vendredi ambassadeur d’Israël à l’Organisation des Nations unies, était catégorique : il ne changerait jamais.

Il serait toujours fidèle à ses convictions, jurait-il. Voilà pourquoi il les avait gravées dans le marbre avec son ouvrage de 2012 : « Israël: The Will To Prevail ». Au cas où, les critiques pourraient le lui rappeler s’il venait à être un peu trop oublieux.

« Je suis resté fidèle à mon idéologie pendant les 20 dernières années et je suis sûr que je vais continuer, » m’a-t-il dit à une autre occasion, en octobre 2013, date à laquelle il était vice-ministre de la Défense.

En effet : fidèle à la fermeté, il a été congédié en juillet suivant pour avoir critiqué les manières trop molles du gouvernement, selon lui, pour combattre le Hamas pendant l’opération Bordure protectrice.

Dans son livre, Danon se positionne avec passion contre la solution de deux États et appelle à une annexion partielle israélienne de la Cisjordanie. Tout d’abord, « les pourparlers sur l’établissement d’un Etat palestinien doivent cesser, et immédiatement, » a-t-il appelé, établissant une vision à court terme pour la gestion du conflit israélo-palestinien.

« Deuxièmement, tout futur vote de l’ONU sur la question d’un Etat palestinien donnera à Israël la possibilité d’annexer toutes les communautés juives en Judée et Samarie, comme nous l’avons fait avec la moitié est de Jérusalem et le Golan ».

Maintenant que Danon est sur le point de devenir l’homme représentant Israël à l’ONU, une résolution appelant à la création d’un Etat palestinien pourrait trouver le chemin de son nouveau bureau à Turtle Bay dès cet automne.

Il se battra bec et ongles, bien sûr, comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu lui demandera de le faire.

Mais en dépit de ses fanfaronnades antérieures, Danon n’utilisera probablement pas la possibilité de poursuivre sa tentative d’annexion. Car, avant même de prendre ses fonctions, Danon a commencé à envoyer des signaux pour montrer qu’il avait changé.

« Aujourd’hui, plus que jamais, j’ai une plus grande appréciation de mon rôle en tant que fonctionnaire et de la responsabilité que cela implique, » a déclaré Danon dans un communiqué étonnant quant à ses intentions publié ce samedi, alors même qu’il cherchait à contrer les nombreuses critiques de sa nomination.

« En tant qu’ambassadeur d’Israël à l’ONU, je vais représenter les politiques et les positions du Premier ministre sur la sécurité et la paix, » a-t-il promis, faisant référence spécifiquement à une position qu’il déclarait rejeter par le passé : « la vision de Netanyahu de deux Etats pour deux peuples – un Etat palestinien démilitarisé qui reconnaît l’Etat juif ».

Comme beaucoup d’Israéliens, Danon n’est pas un grand fan de l’Organisation des Nations unies et de ses diverses institutions.

« L’ONU a été à la pointe de la délégitimation de l’Etat qu’il a aidé à fonder légalement, » a écrit dans son livre en 2012, n’anticipant apparemment pas qu’il y travaillerait un jour.

« Israël est devenu le bouc-émissaire de tous les maux de la planète, selon cette organisation ».

Et dans une conversation avec le Times of Israel en 2013, il n’avait laissé aucun doute quant à son peu de considération pour les condamnations récurrentes de l’ONU sur la construction israélienne à Jérusalem-Est.

Le gouvernement d’Israël, disait-il à l’époque, pourrait et devrait faire tout ce qu’il veut, où il le veut. « La communauté internationale peut dire ce qu’elle veut, et nous pouvons faire ce que nous voulons », défendait-il.

Ce samedi, le son de cloche était un peu différent. « Je vais remplir mes devoirs comme ambassadeur d’Israël à l’ONU de façon responsable, avec respect et fierté. Je souhaite surprendre mes critiques », a-t-il promis.

Danon a également été un critique virulent de l’administration américaine actuelle, mais seulement jusqu’à ce week-end. « Je ne suis ni un démocrate ni républicain. Je suis un Israélien patriote. Mais la vérité doit être dite, et la vérité est que Barack Obama, son attitude envers les Palestiniens … ne sont pas bons pour Israël », a-t-il dit dans une autre interview.

Ce samedi, Danon a également évolué sur ce front. Depuis qu’il est devenu ministre de la Science, de la Technologie et de l’Espace plus tôt cette année, son « appréciation a augmenté pour la profondeur et l’étendue de la coopération de sécurité entre Israël et les Etats-Unis et de son importance stratégique pour Israël ».

Netanyahu croit apparemment que Danon peut être digne de confiance pour abandonner ses vieux principes et devenir un homme d’Etat représentant d’Israël dans le champ de bataille diplomatique le plus fortement contesté.

Sinon, comment pourrait-il oser le nommer ? Peut-être que c’est en fin de compte ce qu’il connaît le mieux : Netanyahu a également été un extrémiste changeant du Likud – et un ambassadeur israélien à l’ONU – qui écrivait dans ses livres son opposition à un Etat palestinien et d’autres principes de sa politique, pour désavouer certains d’entre eux plus tard, par souci de realpolitik.

Ou peut-être Netanyahu a tout simplement renoncé, estimant que la position d’Israël à l’ONU est sans espoir et même que Danon ne pouvait pas faire pire.

Israël sera toujours en conflit avec ce que la majorité arabe automatique propose à l’ONU, comme l’a peut-être conclu le Premier ministre, et même le diplomate le plus habile ne sera pas en mesure d’obtenir d’Israël un accord équitable. Alors, pourquoi en envoyer un, alors qu’y expédier Danon résout certains de ses problèmes internes avec le Likud.

Cela signifie-t-il que Netanyahu a renoncé aussi au Conseil de sécurité ? Jusqu’à présent, il a toujours compté sur le veto américain, mais avec l’engagement d’Obama à réévaluer sa politique au Moyen-Orient et l’amère dispute américano-israélienne qui fait rage sur l’accord nucléaire avec l’Iran, ce veto pourrait ne plus être automatique. Est-ce que le Premier ministre pense que son envoyé à l’ONU ne changera rien à la position américaine ? Ou croit-il que la bataille est perdue ?

L’approbation diplomatique ostensible de Danon à la solution à deux Etats et son clin d’œil aux relations israélo-américaines ce samedi montrent qu’il est prêt à compromettre son idéologie pour le bien de l’image d’Israël dans le monde. Mais il est peu probable que ses futurs interlocuteurs à New York croient en cette volte-face. Il s’agit d’un homme, après tout, qui a fait sa carrière sur ses dires décomplexés au sujet des Palestiniens.

De plus, alors que Danon promet désormais de représenter fidèlement les politiques du Premier ministre, lui et Netanyahu sont tout sauf proches.

Il a critiqué le leadership de M. Netanyahu, a cherché à le défier à la tête du Likud, et a été congédié par lui il y a un an. Peu de diplomates à New York croiront sérieusement que l’émissaire de l’ONU Danon aura l’oreille du Premier ministre, ou sa confiance.

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