Manifestants de gauche et de droite, en face à face devant une galerie de Jérusalem
Rechercher

Manifestants de gauche et de droite, en face à face devant une galerie de Jérusalem

Une conférence de Breaking the Silence s’est déroulée comme prévu dans une galerie dont le maire avait ordonné la fermeture après avoir subi des pressions de Miri Regev

Manifestation de gauche devant la galerie Barbur, de Jérusalem, le 8 février 2017. A gauche, on peut lire "Lehava (flamme), tu ne me chauffes pas". (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)
Manifestation de gauche devant la galerie Barbur, de Jérusalem, le 8 février 2017. A gauche, on peut lire "Lehava (flamme), tu ne me chauffes pas". (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)

Une conférence de l’association de gauche Breaking the Silence s’est déroulée comme prévu dans une galerie bondée de Jérusalem mercredi soir, alors qu’une centaine de partisans de l’association et un groupe bien moins important mais pas moins bruyant de militants de droite se faisaient face à l’extérieur.

La police a formé des chaînes humaines pour séparer les deux groupes.

Quelques heures auparavant, le maire de Jérusalem, Nir Barkat, avait annoncé la décision de la municipalité d’évacuer la galerie Barbur.

Bentzi Gopstein, qui dirige l’association d’extrême-droite Lehava qui cherche à empêcher les mariages mixtes et la coexistence entre Juifs et Arabes, était à la tête du groupe des militants de droite. Gopstein est un partisan du rabbin décédé Meir Kahane, qui défendait l’expulsion des Arabes d’Israël et de Cisjordanie.

D’un côté de l’étroite ruelle menant à la galerie se trouvait une trentaine de militants de droite, dont des étudiants de yeshiva ultra-orthodoxes, et des sionistes religieux, dont certains étaient venus de l’implantation de Kochav Hashahar, située à 37 kilomètres de la capitale.

Manifestation de l'association de droite Lehave devant la galerie Barbur, de Jérusalem, le 8 février 2017. (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)
Manifestation de l’association de droite Lehave devant la galerie Barbur, de Jérusalem, le 8 février 2017. (Crédit : Lior Mizrahi/Flash90)

Interrogé sur la faible présence des militants de droite, Gopstein a déclaré au Times of Israël que « nous n’avons pas prévu une grande manifestation. Nous sommes simplement venus dire qu’il n’y a pas de place pour Breaking the Silence à Jérusalem. La municipalité leur a dit ça, et, avec l’aide de Dieu, nous fermerons cette galerie. »

Aryeh King, conseiller municipal de droite de Jérusalem, actif dans l’installation de Juifs dans les quartiers arabes de Jérusalem Est, annonçait la première partie des slogans, « Nous ne trahirons pas Jérusalem », et les partisans répondaient « Am Yisrael Hai » (le peuple d’Israël vit).

Alors que la nuit tombait, des slogans comme « Kahane avait raison » et « Longue vie à Kahane » ont été entendus, ainsi que des manifestations de soutien à Elor Azaria, le soldat israélien jugé coupable d’homicide pour avoir tué un terroriste palestinien désarmé et blessé en mars dernier à Hébron.

De l’autre côté, les slogans de « Juifs et Arabes refusent d’être ennemis », et « Liberté d’expression, [la galerie] Barbur ne sera pas réduite au silence » ont été entendus.

Yuli Noval, la directrice de Breaking the Silence, a pris le temps de dire à la foule que « c’est une victoire que vous soyez si nombreux à être venus. La bataille pour Jérusalem, pour notre foyer, pour ce à quoi cette ville ressemblera, ne fait que commencer, et c’est la voie à suivre, sans plier, sans ciller, sans avoir peur de ces bêtises. »

« Ce qui arrive aujourd’hui est la lutte que nous devons continuer – le chemin est encore long, mais l’occupation prendra fin et nous gagnerons », a-t-elle déclaré.

« Le seul moyen qu’ils ont pour nous empêcher de parler, c’est d’arrêter l’occupation ! »

La municipalité de Jérusalem a affirmé que l’ordre d’expulsion avait été pris après une décision du conseiller juridique de la ville, qui a déclaré que la planification municipale et les directives sur la construction interdisaient l’usage de ce bâtiment comme galerie, et que l’association utilisant la galerie n’avait pas d’autorisation en ce sens.

Barkat a assuré que cette décision n’avait rien à voir « avec la liberté d’expression » et n’était pas politique, mais qu’il s’agissait simplement d’appliquer les directives locales.

Sa décision a suivi une visite mardi de Miri Regev, ministre Likud de la Culture et des Sports, qui lui a demandé d’annuler la conférence et déclaré qu’elle ne ferait pas de geste pour financer avec les fonds publics les institutions culturelles qui proposent une plate-forme à des « organisations mensongères coupées de la réalité ».

Miri Regev, ministre de la Culture, à droite, et Nir Barkat, le maire de Jérusalem, le 7 février 2017. (Crédit : capture d'écran Facebook)
Miri Regev, ministre de la Culture, à droite, et Nir Barkat, le maire de Jérusalem, le 7 février 2017. (Crédit : capture d’écran Facebook)

Breaking the Silence est une association qui collecte les témoignages d’anciens soldats israéliens sur des violations présumées des droits de l’Homme en Cisjordanie dont ils ont été témoins pendant leur service militaire.

Lors de sa rencontre avec Theresa May cette semaine, Benjamin Netanyahu a demandé à son homologue de cesser de financer l’ONG, de même qu’avec son homologue belge, Charles Michel.

L’association est une des bêtes noires de la droite et elle est visée par une loi votée l’an dernier par la Knesset, qui exige des ONG qui reçoivent la plus grande partie de leur financement de gouvernements étrangers qu’elles le déclarent officiellement.

Ce texte, selon ses détracteurs, cible en priorité les associations de gauche faisant campagne pour les droits des Palestiniens et s’opposant aux implantations de Cisjordanie.

La conférence de mercredi soir portait sur le rapport récemment publié de l’association sur l’influence des Israéliens vivant en Cisjordanie sur les activités de l’armée israélienne dans la région.

La galerie Barbur, situé à Nahlaot, l’un des quartiers les plus colorés de la capitale, expose des artistes contemporains et organise des programmes pour différentes communautés locales. Certaines de ses activités sont financées par la ville et le ministère de la Culture.

Yossi Havilio, ancien conseiller juridique de la municipalité de Jérusalem qui représente la galerie, a accusé Barkat, qui a récemment rejoint le Likud de Benjamin Netanyahu, de proxénétisme politique.

Il a déclaré au Times of Israël que la Cour suprême et le procureur général avaient estimé dans le passé que, si des activités politiques ne pouvaient pas être organisées dans des bâtiments municipaux, ce n’était pas le cas des activités non politiques, même si elles sont politiquement controversées.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...