Manifestation contre les violences faites aux femmes à Tel Aviv
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Manifestation contre les violences faites aux femmes à Tel Aviv

Les manifestants ont demandé au gouvernement un budget pour la prévention ; le ministère des Affaires sociales a récemment signalé la hausse des plaintes pour violences conjugales

Les Israéliens manifestent contre les violences faites aux femmes à Tel Aviv, le 1er juin 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Les Israéliens manifestent contre les violences faites aux femmes à Tel Aviv, le 1er juin 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Ce sont des milliers de personnes qui ont pris part à un rassemblement, lundi à Tel Aviv, appelant le gouvernement à passer à l’action contre les violences faites aux femmes.

Le mouvement de protestation qui a eu lieu au Charles Clore Park, sur le front de mer, a débuté par la lecture des noms des femmes assassinées depuis le début de l’année, notamment au cours d’une série de féminicides qui a marqué les deux derniers mois.

Les organisateurs ont indiqué que la plus grande partie des 250 millions de shekels – un budget approuvé l’année dernière pour la prévention des violences conjugales – n’avait pas encore été transférée aux autorités concernées.

Hagit Peer, cheffe du groupe de défense des droits des Femmes Naamat, a indiqué lors de la manifestation que « nous assistons à une hausse spectaculaire du nombre d’appels passés aux lignes téléphoniques d’urgence et des cas de violences. Mais ce n’est pas une fatalité et il est tout à fait possible de prévenir le prochain féminicide ».

Elle a appelé le gouvernement à mettre immédiatement en vigueur le programme contre les violences conjugales.

Capture d’écran d’une vidéo de Hagit Peer, cheffe du groupe de défense des droits des Femmes Naamat (Capture d’écran : YouTube)

« Les féminicides sont le seul cas de figure, dans le pays, impliquant de la violence et représentant un danger de mort pour lequel il n’y a ni méthode de prévention, ni solutions en temps réel », a déclaré Lili Ben-Ami, dont la sœur Michal Sela a été assassinée l’année dernière – le meurtre a été attribué à son mari – devant les caméras de la Douzième chaîne depuis la manifestation.

« Pour toutes les autres situations présentant un danger de mort, l’Etat propose une prévention et des solutions en temps réel », a-t-elle continué.

Elle a appelé le Premier ministre, les membres du cabinet et les juges a « briser leur silence et à faire de la question une priorité absolue ».

« Nous sommes là aujourd’hui pour manifester et pour soutenir toutes ces femmes qui sont piégées chez elles et je veux qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules », a poursuivi Ben-Ami.

Shira Vishnyak, dont la soeur Maya Vishnyak, 22 ans, est morte étranglée à Ramat Gan le mois dernier – son partenaire est le principal suspect – a pris la parole lors du rassemblement en disant : « Je ne veux pas qu’une autre sœur se trouve dans l’obligation d’enterrer sa sœur à l’âge de 21 ans. Je ne veux pas que ce phénomène continue ».

« Je fais appel à vous, membres de la Knesset, et je vous demande de placer la prévention du prochain féminicide au sommet de vos priorités. Il y a des solutions, vous les avez entre les mains et nous n’avons plus de temps à perdre », s’est-elle exclamé.

Ce rassemblement a été organisé alors que le ministère des Affaires sociales vient de publier des chiffres montrant une augmentation de 112 % des plaintes pour violences conjugales reçues via sa ligne d’urgence au mois de mai et par rapport au mois d’avril.

Au mois de février, la ligne avait reçu 316 appels ; ce chiffre était passé au mois de mars à 344 et il avait bondi à 849 au mois d’avril. En mai, la ligne d’urgence a reçu 1 885 appels.

« La semaine dernière, nous avons réussi à obtenir un budget d’urgence de 20 millions de shekels que nous consacrerons à la guerre contre les violences conjugales », a déclaré le ministre des Affaires sociales, Itzik Shmuli, dans un communiqué. « Mais pour gagner cette guerre, nous devrons impliquer le gouvernement tout entier pour disposer des ressources nécessaires. »

Le ministre du Travail et des Affaires sociales Itzik Shmuli pendant une cérémonie au ministère, à Jérusalem, le 18 mai 2020 (Crédit : Shlomi Cohen/Flash90)

Naamat a également rapporté une hausse de plus de 100 % des appels reçus par sa hotline au mois d’avril et au mois de mai en comparaison avec la même période, la semaine dernière.

Depuis le début du mois de mars, lorsque les mesures de confinement mises en place pour entraver la propagation du coronavirus ont été décrétées, il y a eu huit féminicides en Israël. La police et les organisations des services sociaux ont fait état d’une hausse majeure des plaintes pour violences conjugales depuis le début de la crise du coronavirus qui, selon un grand nombre, aurait exacerbé les tensions en maintenant les Israéliens enfermés chez eux.

« Une hausse du terrorisme contre les femmes est l’un des phénomènes extrêmes qui ont été entraînés par la pandémie », a commenté Peer. « Les pressions économiques et psychologiques ont causé une augmentation majeure du nombre de violences, rapportées dans leur majorité par des femmes en ayant déjà subi dans le passé et par d’autres qui en ont vécu l’horreur pour la toute première fois ».

Les activistes oeuvrant dans la défense des droits des femmes ont prédit que ces violences pourraient encore augmenter malgré la levée de restrictions.

Dimanche, une quarantaine d’autorités locales ont écrit au Premier ministre Benjamin Netanyahu pour lui demander de transférer le budget alloué à la prévention des violences conjugales.

Parmi les signataires de ce courrier, les municipalités de Tel Aviv, Haïfa, Beer Sheva, Herzlyia et Nahariya, a fait savoir le site d’information Walla.

« Le moment est venu de penser une nouvelle politique qui fera des violences faites aux femmes une priorité absolue », recommande vivement la lettre qui fait également part de son soutien au rassemblement organisé à Tel Aviv.

Une manifestation similaire avait eu lieu à Tel Aviv après l’assassinat de Vishnyak.

Les Israéliens manifestent contre les violences faites aux femmes à Tel Aviv, le 1er juin 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Il y a également eu plusieurs incidents de graves violences conjugales à la fin du mois d’avril et au début du mois de mai.

En mai, un homme de Holon avait été mis en examen pour avoir assassiné son épouse dans leur appartement, fin avril, devant les enfants du couple. Selon l’acte d’inculpation, Alaza Mandparo avait poignardé à mort Mastwell Mandparo parce qu’elle avait refusé de lui préparer un café.

Le 3 mai, un homme avait été arrêté après avoir appelé la police, disant aux agents qu’il venait d’assassiner son épouse dans leur habitation de Bat Yam. L’homme aurait été ivre pendant l’appel. Il avait fait de la prison dans le passé pour violences conjugales. La femme laisse derrière elle deux jeunes enfants.

Au début du mois d’avril, un homme avait poignardé sa petite amie dans un supermarché d’Afula. Il avait été arrêté et il était passé aux aveux. La victime, pour sa part, avait été prise en charge à l’hôpital avec des blessures modérées. Il avait expliqué à la police qu’elle voulait le quitter.

Treize femmes avaient été tuées en 2019 par quelqu’un qu’elles connaissaient. En 2018, elles avaient été 25 à mourir dans les mêmes conditions – un triste record – ce qui avait entraîné une série de manifestations et d’appels lancés aux autorités pour qu’elles passent sans délai à l’action contre les violences faites aux femmes en Israël, de plus en plus nombreuses.

Un grand nombre de victimes avaient porté plainte avant leur mort, inquiètes pour leur sécurité.

Même si le gouvernement avait approuvé un budget de 250 millions de shekels en 2017, ces fonds n’avaient pas été versés. En 2018, les femmes de tout le pays avaient organisé une grève d’une journée pour protester contre les violences conjugales, amenant Netanyahu à rassembler une réunion ministérielle qui avait approuvé le transfert de 50 millions de dollars et ajouté une somme supplémentaire de 20 millions de dollars pour financer des programmes nationaux de sensibilisation à ce type de violences.

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