Manifestations en hommage à l’assassinat par le Hamas de 6 otages dans des tunnels
Le rassemblement antigouvernemental s'est fondu dans lle mouvement de protestation en faveur des otages ; une ex-otage a remercié les militaires d'avoir ramené le corps de son père de Gaza

En Israël, ils sont nombreux à être descendus dans la rue, samedi soir, pour presser le gouvernement de conclure un cessez-le-feu garantissant la libération des 48 derniers otages de Gaza, un jour après l’annonce du rapatriement des corps sans vie de deux otages, récupérés au sein de la bande de Gaza.
La plus importante des manifestations a eu lieu, comme chaque semaine, sur la Place des Otages de Tel Aviv.
En amont, ses organisateurs ont rappelé que cela faisait un an, jour pour jour, que six otages ont été tués par leurs ravisseurs du Hamas à l’approche des soldats israéliens, et que cela devait servir d’avertissement face aux dangers des opérations militaires toujours plus intenses dans la bande de Gaza.
« Au moment où les projets de conquête de Gaza-ville sont en marche, un projet d’accord sur les otages reste bloqué à la table des négociations – douloureux rappel de ce qui s’est passé l’an dernier, à savoir que les opérations militaires tuent des otages », a déclaré le Forum des otages et des familles de disparus par voie de communiqué au sujet d’Alexander Lobanov, Carmel Gat, Ori Danino, Hersh Goldberg-Polin, Eden Yerushalmi et Almog Sarusi, assassinés par leurs ravisseurs du Hamas l’an dernier.
« Le cauchemar doit prendre fin ! Cela fait 692 jours que nos proches vivent l’enfer ; en tant que pays, nous avons perdu tous nos repères « , poursuit le Forum.
« Avec cette escalade militaire, on abandonne les otages encore en vie à leur triste sort et la dépouille des morts dans les décombres de Gaza, à tout jamais », ajoute le Forum.
Vendredi, le Hamas a fait savoir à Israël que le projet de conquête de Gaza-ville exposerait les otages aux « mêmes risques » que les combattants du groupe terroriste.
Lors de la manifestation de samedi soir, plusieurs orateurs se sont succédés au micro, parmi lesquels Gil Dickmann, le cousin de Carmel Gat, Noam Idan Ben Ezra, la sœur de Tsachi Idan, Tuval Haim, le frère de Yotam Haim, Roy et Alon Chen, les frères d’Itay Chen et Moché Or, le frère d’Avinatan Or.
Mardi dernier avait eu lieu la deuxième grande manifestation en l’espace de deux semaines ; la toute première de ce type, en début de mois, avait attiré plus d’un million de personnes, selon le Forum, et 500 000 rien qu’à Tel Aviv.
Vendredi, on avait appris la fusion de la traditionnelle manifestation antigouvernementale du samedi soir, sur la route Begin de Tel Aviv, avec celle du Forum des otages et des familles de disparus, afin d’éviter la dispersion des participants.
« Rendez-vous aux carrefours près de chez vous, sur la Place des Otages et partout où l’on se bat pour mon Matan et les 49 autres otages », a écrit l’inspiratrice de la manifestation, Einav Zangauker, dont le fils Matan est otage à Gaza.
« Je tiens à remercier tous ces gens formidables qui se sont joints à nous et qui m’ont soutenue, les autres familles et moi-même. Il n’y a que le pays qui pourra faire revenir les otages. »
C’est en effet Zangauker qui a pris la direction de la manifestation sur la Route Begin qui, contrairement à celle de la Place des Otages toute proche, était explicitement antigouvernementale, organisée en grande partie par des groupes de protestation antigouvernementaux.
Samedi soir toujours, l’ex-otage Noga Weiss, fille de l’otage tué Ilan Weiss, dont la dépouille a été retrouvée et rapatriée depuis Gaza vendredi, a remercié les forces de l’ordre et demandé que les otages soient libérés dans le cadre d’un accord.
C’est l’armée et le Shin Bet qui ont retrouvé le corps de Weiss – et celui d’un autre otage dont le nom n’a pas été révélé, l’identification étant en cours à l’Institut national de médecine légale d’Abou Kabir.
« Nous voulons dire un grand merci, au nom de toute la famille, aux forces de sécurité qui ont ramené notre père après 692 jours », a déclaré Noga Weiss dans un message sur les réseaux sociaux.
« Nous espérons et nous prions pour que tous les otages reviennent au plus vite grâce à un accord, sans mise en danger des forces de sécurité ou des otages », a-t-elle écrit.
Membre de l’équipe d’intervention d’urgence du kibboutz Beeri, Ilan Weiss, 56 ans, a été tué le matin du 7 octobre 2023 en se battant contre les terroristes dirigés par le Hamas. Sa femme, Shiri, et Noga ont elles aussi été prises en otage avant d’être libérées à la faveur d’une trêve d’une semaine assortie d’un accord de libération d’otages en novembre 2023.
Selon les informations de la chaine N12, les autorités de la Défense israélienne devraient faire front commun à l’occasion de la réunion du cabinet de sécurité, ce dimanche, pour presser les ministres de faire prévaloir la proposition de cessez-le-feu et de libération des otages de Gaza sur le projet d’offensive sur Gaza-ville.
Selon N12, ce serait l’opinion du chef d’Etat-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, du directeur du Mossad David Barnea et du conseiller à la sécurité intérieure, Tzachi Hanegbi, à l’exception notable du chef par intérim du Shin Bet, connu sous son initiale « Shin » pour des raisons de sécurité, dont la position exacte n’a pas été précisée.
Les chefs des services de sécurité demanderont également pour quelle raison Israël n’a pas réuni le cabinet de sécurité pour examiner la dernière offre en jeu – très semblable à une proposition validée il y a peu par Jérusalem.
Des généraux à la retraite, des députés de l’opposition et des citoyens favorables à un accord sur les otages sont nombreux à estimer et à dire haut et fort que les hommes du Hamas pourraient, comme c’est déjà arrivé, assassiner leurs otages si les soldats israéliens s’approchaient d’eux.
Les proches des otages tués et dont la dépouille demeure dans la bande de Gaza ont eux aussi mis en garde contre le risque que la conquête de Gaza-ville empêche le rapatriement à terme des restes de leurs proches.
Malgré tout, l’armée a commencé à se préparer activement à la prochaine offensive. Les milliers de réservistes rappelés pour les besoins de l’opération sont supposés arriver à compter du 2 septembre et les manœuvres devraient commencer dans les semaines suivantes.
Jérusalem entend mettre à exécution son projet en dépit de la forte opposition de la communauté internationale – à l’exception des États-Unis – et de la colère de nombreux Israéliens qui estiment qu’il fait courir un risque injustifié aux otages et aux soldats.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent 48 otages, dont 47 font partie des 251 enlevés par des terroristes dirigés par le Hamas le 7 octobre 2023. Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 morts confirmées par l’armée israélienne, auxquels s’ajoutant une vingtaine d’otages en vie – deux d’entre eux dans un état de santé qui suscite les plus vives inquiétudes selon les autorités israéliennes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat israélien tué à Gaza en 2014.
Le Hamas a libéré 30 otages – 20 civils israéliens, cinq soldats et cinq ressortissants thaïlandais – ainsi que les corps de huit prisonniers israéliens tués dans le cadre d’un cessez-le-feu entre janvier et mars dernier, sans oublier un otage américano-israélien, libéré en mai dernier en signe de « bonne volonté » envers les États-Unis.
Le groupe terroriste a libéré 105 civils à la faveur d’une trêve d’une semaine, fin novembre 2023, en plus des quatre otages libérés dans les premières semaines de la guerre. En échange, Israël a libéré près de 2 000 terroristes palestiniens emprisonnés, prisonniers de sécurité et terroristes présumés de Gaza détenus pendant la guerre.
Huit otages ont secourus en vie par des soldats, sans compter les 49 corps retrouvés – trois d’entre eux tués par erreur par l’armée israélienne alors qu’ils tentaient d’échapper à leurs ravisseurs – et celui d’un soldat tué en 2014.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, plus de 62 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats dans la bande de Gaza, sans que ce bilan puisse être vérifié ou fasse le distinguo entre civils et hommes armés. En janvier dernier, Israël revendiquait la mort de 22 000 hommes armés lors des combats sans compter les 1 600 terroristes tués en territoire israélien lors du pogrom du 7 octobre.







