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Marine Le Pen persiste : La France était à Londres lors de la rafle du Vel d’Hiv

"Ça a blessé tous nos concitoyens de confession juive", a répliqué Emmanuel Macron qui se dit ensuite ravi que Le Pen défende les juifs et les homosexuels

L'entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler. (Crédit : Wikimedia Commons)
L'entrevue de Montoire, le 3 octobre 1940, entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler. (Crédit : Wikimedia Commons)

« Je n’ai jamais absolument de toute mon existence insulté quiconque en raison ni de son origine, ni de sa religion … Mais tout ça est une vieille litanie… Vous êtes jeune, mais vos arguments ont le double de votre âge, monsieur Macron, » lance Marine Le Pen lors de leur duel télévisé devant plusieurs millions de téléspectateurs, à quelques jours du second tour de la présidentielle.

En l’occurrence, je protège tous les Français, » déclare la candidate frontiste. Ce à quoi Emmanuel Macron répond « Bien sur, non le Vel d’hiv, c’était il y a des années. »

« Je pense que de manière générale, plus généralement d’ailleurs, s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas LA France. Ce n’est pas LA France », avait déclaré la candidate au « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro, le 9 avril dernier.

« Monsieur, attention, n’allez pas sur ce terrain là. » « Vous non plus, je crois madame Le Pen, n’y allez pas. N’y allez pas, » réplique t-il immédiatement.

« Je défends la France en toutes circonstances. Est-ce que vous ne croyez pas que vous avez une responsabilité de la haine qui se développe quand vous allez en Algérie pour dire que la France a commis un crime contre l’humanité, » a déclaré Le Pen.

Marine Le Pen, le 4 mai 2017 (Crédit : capture d'écran France TvInfo)
Marine Le Pen, le 4 mai 2017 (Crédit : capture d’écran France TvInfo)

« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », avait déclaré le candidat centriste à la chaîne privée algérienne Echourouk News lors de son voyage en février dernier.

La colonisation française en Algérie, débutée en 1830, s’est achevée avec l’indépendance du pays en 1962 après une guerre de huit ans qui continue de hanter les deux pays. Plusieurs responsables politiques à droite et au sein du Front national avaient alors vivement réagi au lendemain de la mise en ligne de cette interview.

« Il y a eu des drames durant cette guerre, il y a eu des vrais crimes de l’humanité, en effet. Et vous avez insulté beaucoup de Françaises et Français lorsque vous êtes revenues sur la rafle du Vel d’Hiv, pour revenir justement sur les propos courageux qu’avait tenus Jacques Chirac en 1995 et la responsabilité de l’État français. Parce que oui, ce sont bien des policiers français qui sont alors allés chercher des Juifs. C’est la réalité. Ça c’est un crime contre l’humanité, » a souligné Macron, mercredi soir.

Le candidat rejette l’attitude du parti d’extrême droite qui se nourrit « des divisions ».

« On ne va pas avoir un débat juridique sur la rafle du Vel d’Hiv », déclare Marine Le Pen à Macron qui a répondu « Mieux vaut pas ». Un propos de Le Pen qui a fait réagir la twittosphère.

« Moi, je considère. J’ai cette opinion qu’avait le général de Gaulle, qu’avait monsieur Mitterrand, qu’a encore aujourd’hui monsieur Chevènement, qu’a monsieur Guaino, qu’a toute une série de gens qui considèrent que la France n’était pas coupable de cette épouvantable horreur. Mais qu’il s’agissait en l’occurrence du régime de Vichy. »

« C’est faux sur le plan historique et Jacques Chirac l’a reconnu, » réplique le candidat d’En Marche! « D’accord, mais Jacques Chirac,… On n’est pas obligés de se mettre à la vision de Jacques Chirac. En l’occurrence, beaucoup de gens ont une vision juridique qui est différente sur ce sujet. Et moi je trouve, que tout ce qui vise à alléger la responsabilité du régime de Vichy est à mon sens, en l’occurrence, malvenu. Voilà. »

« Ça a blessé tous nos concitoyens de confession juive », a répliqué Emmanuel Macron. « Non, non », lance t-elle. « Si, si » conclut-il.

La candidate FN a ensuite répondu au candidat d’En Marche!, disant que « c’était un journaliste qui m’avait posé la question ». « Un journaliste que vous n’aviez peut-être pas choisi et que vous avez laissé vous interroger librement (…), ce n’est pas moi qui ait récusé un journaliste pour ce débat », a répondu son interlocuteur.

Le FN aurait en effet refusé Anne-Claire Coudray pour animer le débat de mercredi soir, selon des informations du Parisien fin avril. David Pujadas et Anne-Claire Coudray ont été rejetés. Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq, les chefs des services politique des deux rédactions (TF1 et France 2), ont tenté d’animer le débat.

Plus tôt dans le débat, Le Pen a accusé Macron d’être soutenu par l’UOIF. L’organisation musulmane a en effet appelé à voter pour le candidat d’En Marche à l’issue du premier tour. Or, Macron rejette toute idée de proximité. « Je n’ai jamais rencontré les dirigeants je ne les fréquente pas, » avait-il répondu sur la chaîne BFM TV.

« Aussi longtemps que l’UOIF est une association qui défend une religion, même sur des bases que je ne partage pas, si elle respecte les lois de la république, je n’ai pas à l’interdire », a-t-il ajouté, précisant qu’il n’hésiterait pas à dissoudre l’organisation dans le cas contraire.

De son côté, dans un communiqué, l’UOIF, qui sera prochainement rebaptisée « Musulmans de France », « dénonce ce mensonge éhonté qui revient de façon lancinante ».

« L’UOIF, c’est simple. Si l’UOIF prononce, invite, mène des activités interdites, je la démantèlerai. Je ne connais pas les dirigeants de l’UOIF, je ne les ai jamais rencontrés, je n’ai pas de relations avec eux » a rétorqué Macron ajoutant : « Mme Le Pen, ne mentez pas une fois encore, je ne soutiens pas l’UOIF ».

« L’UOIF, c’est chez vous qu’elle va faire des réunions publiques, ce n’est pas chez moi. Qui a fait une transaction entre Lafarge et Daech ? Un député de chez vous ! » a lancé Emmanuel Macron pour conclure le sujet, qui l’a invitée à porter plainte contre l’association.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le 4 mai 2017 (Crédit : Capture d’écran France TVInfo)
Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le 4 mai 2017 (Crédit : Capture d’écran France TVInfo)

Plus loin dans le débat, après un échange sur la stratégie de la lutte anti-terroriste, Marine Le Pen a cité Ratib Nabulci, invité au congrès de l’UOIF du Nord en 2016 : « l’homosexualité conduit à la destruction de l’homosexuel, c’est pour cette raison, mes chers frères, le châtiment de l’homosexualité est la peine de mort. » Elle cite ensuite Hassan Iquicen, fondateur des jeunes musulmans de France, intervenant au congrès de l’UOIF 2017, qui « qualifie les juifs d’avares et d’usuriers ou d’être le top de la trahison de la félonie » dans une conférence. Des propos repris par la candidate et cités par le journal communiste L’Humanité.

« Je trouve que ce débat a un mérite formidable, c’est de pouvoir vous entendre tenir des propos de compassion envers les homosexuels et les juifs de ce pays [la France]. Je trouve ça formidable et je m’en félicite », ironise le candidat. Parce que moi je les ai toujours protégés », a poursuivi Emmanuel Macron.

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