Mayim Bialik « choquée, dégoûtée mais pas surprise » par l’attitude de Weinstein
Rechercher

Mayim Bialik « choquée, dégoûtée mais pas surprise » par l’attitude de Weinstein

L'actrice juive a écrit une tribune dans le New-York Times dénonçant une industrie qui pourchasse et objective les femmes et blâmant la culture "dans laquelle nous vivons"

Mayim Bialik (Crédit : Denise Herrick Borchert)
Mayim Bialik (Crédit : Denise Herrick Borchert)

L’actrice juive Mayim Bialik s’est dit choquée et dégoûtée par « l’ampleur » du comportement de prédateur du producteur hollywoodien Harvey Weinstein à l’égard des femmes dans une industrie qui profite de leur objectivation mais ajoute n’avoir pas été « surprise » par le fait qu’il ait abusé de sa position de pouvoir dans ce but.

Dans une lettre ouverte parue vendredi dans le New York Times et intitulée « Etre féministe dans le monde de Harvey », Bialik explique que « rien n’aurait pu me rappeler plus durement que je travaille dans une industrie qui profite de l’exploitation des femmes – et pas seulement sur les écrans – que les accusations contre Harvey Weinstein en tant qu’agresseur sexuel en série, particulièrement auprès des toutes jeunes actrices ».

La comédienne, qui avait interprété le rôle de « Petite fleur » au début des années 90 et plus récemment Amy Farah Fowler dans le « The Big Bang Theory » — rôle pour lequel elle a été nommée à quatre reprises aux Emmy – raconte dans sa lettre ses débuts à Hollywood alors qu’elle n’avait que 11 ans et le malaise, à un tel âge, de son apparence « peu traditionnelle », immergée dans un milieu qui « récompense la beauté physique et le sex-appeal au-delà de tout le reste ».

Bialik écrit que, malgré les pressions exercées pour ressembler et se comporter comme les « jolies filles » – des pressions qui ont commencé à peser avant qu’elle n’entre à Hollywood, alors qu’elle était encore pré-adolescente – elle a rapidement appris que « les jeunes filles aux yeux de biche et aux lèvres boudeuses parlant bien étaient favorisées pour les rôles par les hommes puissants chargés de prendre de telles décisions ».

Harvey Weinstein (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Harvey Weinstein (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Grandissant au rythme des plaisanteries sur son apparence, même de la part des membres de sa famille – elle raconte avoir songé à subir des interventions de chirurgie esthétique par moments, et elle confie que certains mots durs utilisés par un critique de télévision ont fait d’elle une jeune femme dont le visage est devenu un « bouclier de protection » constitué de « caractéristiques mal assemblées ».

Toutefois, ajoute l’actrice, les conseils forts de ses parents, des Américains de la première génération, l’ont aidée à prendre conscience de qui elle était et à réaliser qu’elle se situait « à l’extérieur de la norme attendue pour les filles et les femmes à Hollywood ».

Bialik a finalement abandonné la comédie pour poursuivre des études universitaires et elle a obtenu un doctorat en neurosciences parce qu’elle « avait besoin d’être entourée de gens qui se préoccupaient davantage de ce que j’avais dans le cerveau plutôt que dans mon soutien-gorge ». Elle est revenue sur les plateaux douze ans plus tard parce que, dit-elle, elle n’avait plus d’assurance santé et que « jouer la comédie pour faire rire » lui manquait.

Son apparence – « pas un 10 parfait », commente-t-elle – l’a faite auditionner pour des rôles « mal fagotés » et étranges et elle a finalement rejoint le « Big Bang Theory » où elle a « l’honneur de jouer une féministe qui dit ce qu’elle pense, qui adore la science et ses amis et qui parfois, aimerait bien être la fille hot« , comme c’est le cas de Bialik également.

Ce qu’il y a de bien dans le fait de ne pas être la fille « hot« , affirme Bialik, c’est que « je n’ai pratiquement aucune expérience d’hommes qui me demandent des rendez-vous dans des chambres d’hôtel », ce qui aurait été le mode opératoire de Weinstein auprès des femmes qu’il aurait agressées ou harcelées.

« Celles qui parmi nous à Hollywood n’incarnent pas l’impossible norme de beauté ont le ‘luxe’ d’être négligées et, dans de nombreux cas, ignorées par les hommes de pouvoir à moins qu’on puisse leur rapporter de l’argent », écrit Bialik.

L’actrice, Juive orthodoxe, raconte s’habiller et se comporter conformément aux règles du mouvement conservateur pour « se protéger elle-même de manière avisée » même si les femmes devraient pouvoir se vêtir comme elles le souhaitent et se comporter de même, « nous ne pouvons pas être naïfs sur la société dans laquelle nous vivons ».

« Nous vivons dans une société qui traite les femmes comme des playmates à disposition depuis bien plus longtemps que les rencontres entre M. Weinstein et des ingénues dans des chambres d’hôtel », dit-elle.

Le point positif dans le scandale de l’affaire Weinstein, dit-elle, c’est que « les femmes et les hommes sont en train de se réveiller sur le fait qu’il nous revient à tous de tirer la sonnette d’alarme sur les comportements inacceptables ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...