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Mer Rouge : Un rapport alerte sur les températures record et les déchets marins

La température de l'eau au large d'Eilat a atteint 29,1 degrés, tandis que les déchets par kilomètre carré sont environ 1 000 fois plus nombreux qu'en Méditerranée

Mesure des coraux pour l'étude nationale de surveillance du golfe d'Eilat en 2020. (Crédit : Inbal Ayalon, Institut interuniversitaire des sciences marines, Eilat)
Mesure des coraux pour l'étude nationale de surveillance du golfe d'Eilat en 2020. (Crédit : Inbal Ayalon, Institut interuniversitaire des sciences marines, Eilat)

Une étude annuelle de surveillance nationale menée l’année dernière dans le golfe d’Eilat, dans le sud d’Israël, a révélé une augmentation des températures de la mer en surface, des concentrations de déchets sur les fonds marins 1 000 fois supérieures à celles de la mer Méditerranée, et des dommages considérables causés aux coraux par une tempête massive en mars 2020.

La tendance à l’augmentation de la température des eaux profondes s’est poursuivie, selon les scientifiques de l’Institut interuniversitaire des sciences marines d’Eilat qui ont mené l’enquête, publiée dimanche. Les températures de surface se réchauffent à une moyenne annuelle de 0,036 degré Celsius, soit trois fois plus que la moyenne des températures mondiales identifiées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies.

Selon le rapport, la température maximale mesurée au-dessus des récifs en 2020 a été la plus élevée depuis le début de la surveillance en 2004, atteignant 29,1 degrés Celsius dans la réserve naturelle de Coral Beach. Ce chiffre a battu un record de 28,4 degrés enregistré en 2012.

« La température moyenne annuelle de la surface de la mer mesurée cette année a été parmi les plus élevées enregistrées au cours des 30 dernières années », poursuit le rapport. « Un pic court et très abrupt a été enregistré en juin, puis, pendant la majeure partie de l’été, la température de la surface de la mer a été supérieure à la moyenne pluriannuelle… »

Une tempête qui a frappé la côte d’Eilat le 13 mars 2020 a été la plus forte enregistrée et peut-être aussi de mémoire, poursuit le rapport, endommageant jusqu’à 22 % de la couverture corallienne dans certaines zones, notamment dans les eaux peu profondes.

Des coraux brisés par les tempêtes extrêmes qui ont frappé Eilat en mars. (Crédit : Dr. Assaf Zvuloni, écologiste marin du district d’Eilat, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Des vents violents ont soufflé pendant plus d’une journée, avec des vitesses maximales de 29,5 mètres par seconde (~ 57 nœuds) enregistrées à l’Institut interuniversitaire. Ces vents, combinés aux fortes vagues qui ont arraché les infrastructures côtières et les ont projetées dans la mer, ont provoqué les pires dégâts de ces dernières décennies, indique le rapport.

Mais, ajoute-t-il, « dans l’ensemble, il semble que les dégâts soient moins importants qu’on ne le pensait au départ et il est probable que les récifs d’Eilat parviendront à se rétablir naturellement. Sur la plupart des sites, la couverture corallienne est encore nettement supérieure à ce qu’elle était au cours des premières années du programme de surveillance ».

Mesure des coraux pour l’étude nationale de surveillance 2020 du golfe d’Eilat. (Crédit : Inbal Ayalon, Institut interuniversitaire des sciences marines, Eilat)

Les récifs coralliens du golfe d’Eilat et d’Aqaba en Jordanie sont les plus septentrionaux du monde et ont fait preuve d’une grande résilience face au réchauffement climatique. Les scientifiques espèrent que le matériel provenant de ces coraux pourra aider à restaurer les récifs dans d’autres parties du monde qui sont décimés par le réchauffement des mers.

Effets sur les nutriments

La baie d’Eilat est pauvre en nutriments naturels. Tous les quelques hivers, une couche d’eau de mer profonde, dans laquelle les nutriments sont concentrés, se mélange à la couche supérieure, qui descend ensuite vers le fond. Les nutriments qui remontent se mélangent aux courants qui sortent de la baie, ce qui permet d’évacuer les nutriments excédentaires.

Toutefois, en raison du réchauffement de la mer, ce processus n’a pas été observé depuis 2012, si bien que l’azote, en particulier, que l’on trouve notamment dans les produits chimiques agricoles, s’infiltre dans la baie et y reste. Selon le rapport, cela pourrait non seulement rendre l’eau trouble, mais aussi perturber l’équilibre écologique délicat nécessaire à la survie des coraux et de la vie marine.

Pour la première fois, la surveillance a permis d’identifier des déformations dans les coquilles de calcium de minuscules créatures marines unicellulaires nommées forams, situées à proximité d’un canal de drainage.

« Nous ne connaissons pas la cause de la déformation morphologique de ces individus, mais elle pourrait indiquer une certaine forme de contamination », suggère le rapport.

Des nageurs profitant d’une baignade dans la mer Rouge à la réserve naturelle de Coral Beach à Eilat, dans le sud d’Israël, le 9 septembre 2021. (Crédit : Chen Toufikian, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Par ailleurs, une tendance au déclin des oursins constatée depuis 2016 se poursuit. Les oursins constituent le groupe le plus important de mangeurs de récifs, se nourrissant d’algues et contribuant à maintenir un équilibre entre les algues et les coraux.

Déchets marins

Le rapport cite les résultats d’une enquête distincte sur les déchets au fond de la mer, réalisée pour la première fois à Eilat l’année dernière par l’institut israélien de recherche océanographique et limnologique de Haïfa, dans le nord d’Israël. Cette étude a révélé la présence de 350 000 déchets solides par kilomètre dans le golfe d’Eilat, soit 1 000 fois plus qu’à une profondeur similaire dans la mer Méditerranée, au large des côtes israéliennes.

Des bouteilles en plastique et autres déchets sur le fond marin au large de la côte d’Eilat, dans le sud d’Israël. (Crédit : Omri Omessi, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Les déchets trouvés sur et entre les coraux variaient : des bouteilles de boissons en plastique et de crème solaire aux couverts en plastique à usage unique, en passant par des morceaux de fer et même des transats balayés dans la mer lors de la tempête de mars 2020.

« Selon diverses estimations, quelque huit millions de tonnes de plastique sont déversées chaque année dans les mers et les océans [du monde] », indique le rapport. « En Israël, il a été constaté que jusqu’à 90 % des déchets marins sont constitués de plastique presque indestructible. À ce rythme, d’ici 2050, l’eau de mer sera plus riche en morceaux de plastique qu’en poissons vivants. »

La municipalité d’Eilat a été la première à promulguer un arrêté municipal interdisant les ustensiles jetables sur la plage.

La surveillance a été financée par le ministère de la Protection de l’environnement.

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