Merkel évoque à Jérusalem la « responsabilité éternelle » face à l’antisémitisme
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Merkel évoque à Jérusalem la « responsabilité éternelle » face à l’antisémitisme

La chancelière allemande a poursuivi sa visite de 24 heures en Israël avec une halte au musée commémoratif de la Shoah, Yad Vashem

La chancelière allemande Angela Merkel dépose une couronne de fleurs lors d'une cérémonie dans le Hall du Souvenir au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem le 4 octobre 2018 (Oren Ben Hakoon / POOL)
La chancelière allemande Angela Merkel dépose une couronne de fleurs lors d'une cérémonie dans le Hall du Souvenir au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem le 4 octobre 2018 (Oren Ben Hakoon / POOL)

Angela Merkel a affirmé jeudi « la responsabilité éternelle » de son pays face à l’antisémitisme et la xénophobie, lors d’une visite au mémorial de la Shoah à Jérusalem.

Mme Merkel, arrivée mercredi soir en Israël, a souligné à l’issue de sa visite au mémorial Yad Vashem que celle-ci coïncidait à quelques jours près avec le 80e anniversaire de la nuit de Cristal, préfigurant « les crimes sans égal et la rupture de civilisation de la Shoah ».

Au cours de la nuit de Cristal, entre le 9 et le 10 novembre 1938, divers bâtiments appartenant à des Juifs furent incendiés et saccagés à travers l’Allemagne à l’initiative des Nazis. Les violences firent 90 morts parmi la population juive. 30 000 hommes furent arrêtés puis déportés.

De cette période « découle la responsabilité éternelle de l’Allemagne d’entretenir la mémoire de ce crime et de s’opposer à l’antisémitisme, à la xénophobie, à la haine et à la violence », a-t-elle écrit dans le livre d’honneur du mémorial, lieu de passage quasiment incontournable pour tout dirigeant étranger, a fortiori allemand.

Mme Merkel elle-même s’est rendue à plusieurs reprises à Yad Vashem par le passé. Elle a solennellement déposé une gerbe dans le Hall du souvenir, imposante et sombre construction de béton et de basalte sur le sol de laquelle sont inscrits les noms des camps d’extermination nazis.

La visite de Mme Merkel en Israël intervient dans un contexte d’inquiétude devant une résurgence de l’antisémitisme dans son pays. Cette montée de l’antisémitisme est aussi une préoccupation du gouvernement israélien.

Il y a « malheureusement beaucoup d’antisémitisme » en Allemagne, a-t-elle dit peu avant sa visite. « Les Juifs et les Juives qui vivent en Allemagne sont un enrichissement pour nous », selon la chancelière.

Un participant porte une kippa lors d’un rassemblement « Berlin porte la kippa » pour protester contre l’antisémitisme devant le centre communautaire juif le 25 avril 2018 à Berlin, en Allemagne. (Carsten Koall/Getty Images via JTA)

Le chef d’État allemand est accompagné d’une grande partie de son cabinet, d’une importante délégation de chefs d’entreprises et de Felix Klein, chargé depuis mai de la lutte contre l’antisémitisme au sein de son gouvernement.

Madame Merkel doit rencontrer plus tard dans la journée de jeudi le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Reuven Rivlin. Elle recevra également un doctorat honorifique de l’Université de Haïfa.

Sa visite devrait se concentrer sur les questions économiques bilatérales, en mettant l’accent sur l’innovation, la technologie et les projets de développement. Mais, à l’arrière-plan, des divergences existent entre les politiques israéliennes et allemandes vis-à-vis de l’Iran et des Palestiniens.

Ces différences ont été exacerbées après l’élection de Donald Trump. Benjamin Netanyahu a été l’un des plus fervents partisans du président américain, le félicitant de s’être retiré de l’accord nucléaire iranien qu’Angela Merkel et d’autres dirigeants mondiaux ont aidé à négocier en 2015.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est salué par la chancelière allemande Angela Merkel, (à droite), à Berlin, en Allemagne, le 4 juin 2018 (Crédit :Haim Zach/GPO/Flash90)

Les relations entre Netanyahu avec Merkel ont été cordiales bien que parfois froides récemment.

La chancelière a continué à défendre l’approche traditionnelle du processus de paix au Moyen-Orient, appelant à la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël.

L’Allemagne fait aussi partie des pays européens qui ont appelé Israël à s’abstenir de mener à bien ses plans de démolition d’un hameau de Cisjordanie qui aurait été construit illégalement.

Israël a offert de réinstaller les habitants bédouins à quelques kilomètres, mais les Palestiniens et leurs soutiens européens disent que cette démolition vise favoriser l’expansion des implantations, ce qui porterait un coup aux espoirs d’un Etat palestinien.

La Cour suprême israélienne a récemment rejeté un dernier recours, les résidents se préparent donc au déménagement tous les jours. Les forces israéliennes ne le feront toutefois probablement pas pendant le bref séjour de Merkel en Israël, de peur de déclencher une crise.

L’Allemagne est le principal partenaire commercial d’Israël en Europe et, au cours des dernières décennies, l’un de ses plus puissants alliés. Israël a été créé trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et le gouvernement allemand a versé des milliards de dollars en réparations aux survivants de la Shoah et s’est positionné comme un leader dans la lutte contre l’antisémitisme.

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