Merkel ira en Israël sur fond de désaccords sur les Palestiniens et l’Iran
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Merkel ira en Israël sur fond de désaccords sur les Palestiniens et l’Iran

Pour Berlin, le voyage, qui débutera mercredi soir, sera axé sur l'économie, l'innovation et la technologie ; la chancelière recevra son troisième doctorat honoris causa israélien

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Une enfant bédouine écrit sur une photo de la chancelière allemande Angela Merkel avant sa visite prévue en Israël le mercredi 2 octobre 2018, dans la communauté bédouine de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie. Des enfants supplient Merkel de faire pression sur Israël pour qu'il mette fin aux plans de démolition d'un campement de baraques en carton ondulé aux abords d'une implantation israélienne située à l'Est de Jérusalem. On peut lire en arabe sur l'affiche : "Sauvez Khan al-Ahmar" et "Sauvez notre école". (AP Photo/Nasser Shiyoukhi)
Une enfant bédouine écrit sur une photo de la chancelière allemande Angela Merkel avant sa visite prévue en Israël le mercredi 2 octobre 2018, dans la communauté bédouine de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie. Des enfants supplient Merkel de faire pression sur Israël pour qu'il mette fin aux plans de démolition d'un campement de baraques en carton ondulé aux abords d'une implantation israélienne située à l'Est de Jérusalem. On peut lire en arabe sur l'affiche : "Sauvez Khan al-Ahmar" et "Sauvez notre école". (AP Photo/Nasser Shiyoukhi)

La chancelière allemande Angela Merkel doit atterrir en Israël mercredi soir pour une visite de deux jours axée sur une rencontre individuelle avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et une session conjointe des cabinets israélien et allemand.

La visite met en lumière le partenariat historiquement étroit entre Israël et l’Allemagne, mais peut aussi mettre à nu de profonds désaccords politiques entre les deux pays.

A Jérusalem, en plus de sa rencontre avec Netanyahu, la dirigeante allemande visitera pour la troisième fois le mémorial de la Shoah à Yad Vashem et recevra son troisième doctorat honorifique d’une université israélienne.

Elle ne devrait pas se rendre dans les Territoires palestiniens, mais sa visite en Israël a amené la chancelière allemande à demander instamment à Israël d’arrêter la démolition prévue d’un village bédouin en Cisjordanie.

« L’Allemagne et Israël sont liés par une relation unique. De l’héritage de notre histoire, de la rupture de civilisation qu’a été la Shoah, nous, les Allemands, avons une responsabilité particulière dans nos relations avec Israël », a déclaré Mme Merkel vendredi dans une vidéo pour son podcast hebdomadaire.

« Nous pouvons être très heureux d’être aujourd’hui des partenaires et des amis proches », a-t-elle souligné.

Mme Merkel et M. Netanyahu se sont rencontrés pour la dernière fois en juin à Berlin et ont convenu que la prochaine série de consultations entre le gouvernement allemand et israélien – qui ont lieu depuis dix ans – serait axée sur l’économie, l’innovation et la technologie, a déclaré mardi la Chancellerie, qui considère Israël comme « l’un des leaders mondiaux » en technologie de l’information et cyber-sécurité.

« Nous avons beaucoup à apprendre dans de nombreux domaines », a déclaré Mme Merkel, qui sera accompagnée d’une délégation d’hommes d’affaires allemands de premier plan.

Mais les deux dirigeants devraient également discuter de questions géopolitiques, ainsi que du conflit israélo-palestinien et, en particulier, de la démolition prévue par Israël de Khan al-Ahmar et de la politique de plus en plus dure de l’administration américaine vis-à-vis de Ramallah, ainsi que de l’accord nucléaire iranien et des efforts européens pour sauver le Pacte et poursuivre le commerce avec la République islamique.

Merkel et Netanyahu ont de profonds désaccords sur tous ces sujets.

La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre Benjamin Netanyahu donnent une conférence de presse conjointe à la résidence du Premier ministre à Jérusalem le 24 février 2014. (Olivier Fitoussi/POOL/Flash90)

Mme Merkel, qui est au pouvoir depuis 2005 mais qui est de plus en plus souvent en proie à des conflits dans son pays, doit arriver vers 19h30 à l’aéroport Ben Gurion, où elle sera accueillie par M. Tzachi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale.

Plus tard dans la soirée, elle dînera avec Netanyahu et son épouse Sara à la résidence du Premier ministre de la rue Balfour, à Jérusalem.

Jeudi matin, Mme Merkel se rendra à Yad Vashem, où elle visitera le musée de la Shoah, le Hall des noms, la salle du souvenir et le mémorial pour enfants.

Mme Merkel avait déjà visité le site en 2006 et 2008.

La chancelière recevra ensuite un doctorat honorifique de l’Université de Haïfa et rencontrera les étudiants, au Musée d’Israël à Jérusalem.

Mme Merkel est reconnue pour « son leadership fondé sur les principes d’égalité, de liberté et des droits de la personne ; pour le fait d’être un modèle pour les femmes du monde entier ; pour son amitié chaleureuse et ses liens solides entre la République fédérale d’Allemagne et l’État d’Israël », a déclaré l’Université de Haïfa.

« Tout au long de sa vie, Mme Merkel a fait preuve de qualités exemplaires d’excellence, de sagesse et d’humanité », a déclaré le président de l’université, le professeur Ron Robin.

En 2007, l’Université hébraïque de Jérusalem a décerné un doctorat honorifique à Mme Merkel. Quatre ans plus tard, Tel Aviv a emboîté le pas.

Jeudi soir, Merkel et Netanyahu visiteront une exposition sur l’innovation au Musée d’Israël et organiseront une table ronde avec des hommes d’affaires.

Le président Reuven Rivlin accueillera ensuite la chancelière et sa délégation pour un déjeuner de travail dans sa résidence officielle, avant de retourner à l’hôtel King David, où elle séjourne, pour une réunion avec Netanyahu et une conférence de presse conjointe, qui sera suivie des consultations dites G2G. Vers 19h00, la délégation israélienne rentrera à Berlin.

Mme Merkel ne devrait pas rencontrer l’Autorité palestinienne au cours de sa visite.

Cependant, des écoliers palestiniens de Khan al-Ahmar, le village israélien de Cisjordanie qu’Israël est sensé démolir dans les jours à venir, lui auraient demandé d’intervenir en leur faveur.

Des enfants bédouins brandissent des photos de la chancelière allemande Angela Merkel avant sa visite prévue en Israël le mercredi 2 octobre 2018, dans la communauté bédouine de Khan al-Ahmar, en Cisjordanie. Les enfants supplient Merkel de faire pression sur Israël pour qu’il mette fin aux plans de démolition d’un camp de baraques en carton ondulé aux abords d’une implantation israélienne située à l’Est de Jérusalem. On peut lire en arabe sur l’affiche : « Sauvez Khan al-Ahmar » et « Sauvez notre école ». (AP Photo/Nasser Shiyoukhi)

Mardi, les étudiants brandissaient des affiches de Mme Merkel la priant de faire pression sur Israël pour qu’il mette fin aux plans de démolition d’un camp de baraques en carton ondulé se trouvant à proximité d’une implantation israélienne, située à l’Est de Jérusalem.

Israël affirme que le village a été construit illégalement et a proposé de réinstaller les habitants à quelques kilomètres de là. Mais les Palestiniens et d’autres opposants affirment que la démolition vise à déplacer les Palestiniens en faveur de l’expansion de l’implantation. La Cour suprême d’Israël a récemment rejeté un appel en dernier ressort contre cette mesure.

Israël a fait l’objet de vives critiques, les principaux pays européens l’exhortant à ne pas prendre de telles mesures. L’Allemagne, elle aussi, a fortement critiqué l’intention d’Israël de démanteler le village.

« Les conséquences d’une démolition et d’un déplacement de population sur les habitants de cette communauté, y compris leurs enfants, ainsi que sur les perspectives d’une solution à deux États seraient très graves », a déclaré l’Allemagne dans un communiqué conjoint avec quatre autres nations européennes ces derniers mois.

Khan al-Ahmar n’est pas le seul point de friction entre Berlin et Jérusalem. Alors qu’Israël se félicite des récentes coupes opérées par l’administration américaine dans le budget de l’UNRWA, l’agence de soutien aux réfugiés palestiniens, l’Allemagne a dénoncé cette décision et a augmenté sa contribution financière pour que l’UNRWA poursuive son action.

L’Allemagne et Israël sont également en désaccord sur l’avenir de l’accord sur le nucléaire iranien. Alors que Netanyahu a condamné l’accord comme étant existentiellement dangereux pour Israël et a exhorté la communauté internationale à se joindre aux sanctions américaines contre le régime, le gouvernement de Mme Merkel continue de soutenir fermement l’accord historique de 2015, cherchant des moyens d’aider l’Iran à contourner les sanctions que les États-Unis lui ont imposées.

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