Michael Douglas donne une leçon de cinéma grâce à ses 50 ans de carrière
Rechercher
Rencontre

Michael Douglas donne une leçon de cinéma grâce à ses 50 ans de carrière

Le producteur et l’acteur, en visite en Israël pour recevoir le prix Genesis, a charmé le public de Jérusalem avec ses anecdotes

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Michael Douglas à la Cinémathèque, avant la remise du prix Genesis jeudi soir (Crédit : Johana Garon / flash 90)
Michael Douglas à la Cinémathèque, avant la remise du prix Genesis jeudi soir (Crédit : Johana Garon / flash 90)

Michael Douglas sait comment séduire une foule. Des souvenirs croustillants, des anecdotes drôles racontées avec cette voix un peu rocailleuse et de nombreux détails d’initiés ont été donnés à son auditoire assis avec lui dans un café.

Dans un costume gris et une chemise blanche à col ouvert, Douglas, 70 ans, a charmé une salle comble à la Cinémathèque de Jérusalem jeudi après-midi.

Ce même jeudi soir, on lui a présenté un chèque d’ 1 000 000 de dollars et le prix Genesis pour ses réalisations professionnelles et sa passion pour son héritage juif et l’Etat juif.

Son héritage juif a valu à Douglas de recevoir beaucoup d’attention dans les deux dernières années car Douglas et sa femme Catherine Zeta-Jones ont célébré la bar-mitsva de leur fils, Dylan, à Los Angeles et à Jérusalem l’an dernier.

Il s’est aussi publiquement exprimé sur ses propres sentiments, sur sa judéité, ayant à la fois une mère non-juive et une femme non-juive. Et il a, à plusieurs reprises, remercié son fils pour l’avoir ramené en Israël.

Mais Douglas était à la Cinémathèque pour parler de sa carrière, de son opinion au sujet de l’industrie du film et de sa place dans ce monde.

Présenté par Noa Regev, le directeur Cinémathèque, comme l’ « incomparable Michael Douglas », il est entré, s’est assis, soupira et a écarté ses jambes.

« Ceci est un avantage en nature que d’obtenir le prix », a-t-il débuté. « Le fait que je puisse être ici en face de vous ».

L'Acteur et producteur Michael Douglas, à un groupe de discussion sur sa carrière, jeudi, à la Cinémathèque (Crédit : Johana Garon / flash 90)
L’Acteur et producteur Michael Douglas, à un groupe de discussion sur sa carrière, jeudi, à la Cinémathèque (Crédit : Johana Garon / flash 90)

Douglas et le présentateur, Benjamin Friedenberg, se sont mus à travers les méandres des souvenirs de la carrière de près de 50 ans de Douglas, prenant le temps de voir des montages de différents films commençant par « l’ombre d’un géant » de 1965, qui mettait en vedette son père Kirk Douglas et qui a permis à Michael Douglas de venir pour sa première visite en Israël.

Le film, qui a été tourné à Rome et en Israël, a été une expérience incroyable, s’est remémoré Douglas. Il a parlé de traverser l’ancienne route de Jérusalem, bordée de véhicules blindés qui restaient des combats de 1948.

« J’étais l’assistant de l’assistant de l’assistant de l’assistant du directeur, ce qui signifiait que, fondamentalement, je servais votre café » a-t-il poursuivi en souriant.

Il a évoqué l’histoire du film de Mickey Marcus, un colonel de l’armée américaine qui est venu en Israël pour combattre en 1948 et qui devient finalement un général israélien.

« Il m’a aidé à comprendre plus [de choses] sur ce nouveau pays et ses racines », a déclaré Douglas, ainsi que la connexion profonde et les liens entre Israël, une nouvelle démocratie, et les États-Unis.

« En plus de cela, je me souviens d’une soldate yéménite magnifique avec un Uzi attaché à son dos et ces belles jupes qu’elles portaient », a-t-il ajouté. « Cela a laissé une impression durable même 50 ans plus tard ».

Ce film lui a donné l’occasion de faire sa première apparition à l’écran, a noté Douglas, comme chauffeur de Jeep, « dans un uniforme de l’armée israélienne, pourrais-je ajouter ».

https://youtu.be/iD-8-09guFg

De là, les deux en revue les hauts et les bas (« Hail, Hero! ») – « Je pensais que vous ne le mentionneriez pas » murmura Douglas – de sa carrière.

Il a dit qu’il a appris l’importance d’un bon scénario grâce à cette production de 1969, dans lequel il joue un hippie qui se fait enrôler pour la guerre du Vietnam et qui doit se couper les cheveux.

Douglas a raconté comment il a dû porter une perruque à cause de ses cheveux tondus, et son père l’a envoyé chez son coiffeur (qui était aussi le coiffeur de Steve McQueen) pour que « je ne ressemble pas à un idiot pendant des mois » a-t-il révélé. « Ce sont les avantages de faire partie de la deuxième génération d’acteurs ».

Malheureusement, a-t-il ajouté, il est sorti de chez le coiffeur en ressemblant à Veronica Lake et était sûr que cela marquerait la fin de sa carrière.

Heureusement, il a persévéré.

L’expérience d’acteur de Douglas dans la série policière des années 1970 « Les rues de San Francisco » avec Karl Malden a peut-être été l’une des séries qui a sans doute eu la plus grande influence dans sa carrière d’acteur, a-t-il révélé.

Malden, de Gary, Indiana, dans le Midwest, était le mentor de Douglas et ce, de plusieurs façons, a-t-il expliqué.

« Si vous aviez un nez comme ça, vous ne penseriez pas que le métier d’acteur serait le premier emploi que vous obtiendriez », a déclaré Douglas, mais Malden avait une éthique de travail qui était « sans exception ».

Il y a eu total 104 épisodes dans cette série tournée sur quatre ans, de 1972 à 1977, chaque épisode était tourné en sept jours, créant des semaines de six jours pendant huit mois et demi par an, avec un nouveau script tous les sept jours.

« Karl était discipliné », a déclaré Douglas.

« Nous nous retrouvions ensemble et travaillions sur le script de la semaine suivante juste pour être sûr que nous avions tout. Du coup, les auteurs nous haïssaient parce que les scripts devaient être plus longs parce que nous avions nos repères et nous connaissions nos répliques ».

Malden savait aussi écouter, a ajouté Douglas.

« En ces jours, si vous étiez la deuxième banane comme je l’étais dans ces séries policières, vous étiez à deux pas derrière un peu flou artistique. Karl était le premier qui disait, ‘Allez’ », et faisait un geste avec sa main. « Il voulait que chacun fasse partie du tout ».

Il lui a appris à toujours essayer d’avoir les meilleurs acteurs possibles autour de lui, dit-il, ce qu’il a fait dans plusieurs de ses 50 films.

Il aimait aussi les rôles dans lesquels il montrait l’ambivalence d’une personne qui tente de faire la bonne chose alors qu’il est séduit par le sexe et l’argent (pensez « Liaison fatale » et « Wall Street »). Mais la comédie l’attire toujours, aussi.

« Pour moi, je me sens toujours béni quand j’obtiens un rire » a-t-il dit.

« Quand vous n’êtes pas connu en tant que comédien, c’est une de ces choses que vous chérissez vraiment. Contrairement au théâtre où vous exécutez quelque chose et puis attendez pour rire, dans le film c’est un plateau silencieux. Donc, vous faites quelque chose que vous pensez être drôle et puis il y a un silence de mort. J’avais l’habitude de foncer au cinéma pour être avec le public et pour voir si la blague était réussie ou non. La joie d’être assis dans un cinéma et d’obtenir un rire est probablement ma plus grande [joie] ».

Il a adoré travailler avec certaines personnes ainsi, en particulier, Kathleen Turner, sa co-star dans « À la poursuite du diamant vert », « Le Diamant du Nil » et « La Guerre des Rose ». C’étaient des films très physiques, a-t-il informé, et elle les a fait paraître comme si s’était sans effort.

« Vous comprenez alors pourquoi vous travaillez avec les mêmes personnes encore », a-t-il dit.

https://youtu.be/7D5htsKbDQ4

 

« Il y a le sens du timing, le facteur de confort. Vous ne devez pas passer par une présentation formelle, se rencontrer et apprendre à se connaître les uns avec les
autres ».

Idem pour certains réalisateurs, a-t-il ajouté. Il a parlé de Steven Soderbergh et d’Oliver Stone.

Il a évoqué l’expérience en travaillant avec Steven Soderbergh sur le film « Traffic » qui a une intense éthique de travail. Soderbergh était le réalisateur ainsi que le directeur de la photographie et monteur mais aussi un cadreur du film.

« Au moment où vous arrivez à la maison, prenez une douche et lisez vos mails, il y a le travail de la journée déjà là », a-t-il précisé.

Stone, dit-il, a un talent fabuleux, un grand écrivain et a une qualité unique. Les deux ont travaillé ensemble sur « Wall Street » et « Wall Street : Money Never Sleeps ».

« Il vous défie », a-t-il informé. Mais l’expérience n’est pas nécessairement « jolie et pas nécessairement agréable ».

Ils ont parlé de son travail en tant que producteur de 19 films, dont l’un de ses premiers est « Vol au-dessus d’un nid de coucou », réalisé en 1975, que son père a essayé de produire à Broadway, mais n’y est pas parvenu. Après que Douglas a été diplômé à l’université, il est tombé amoureux de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » dans sa classe de littérature du 20e siècle. Douglas a demandé à son père de lui donner un an pour « tenter le coup ».

« Il m’a fallu beaucoup plus de temps, et une partie de notre accord était que nous le produisions ensemble », a-t-il dit. Douglas senior voulait aussi le rôle de Randle McMurphy, qui a fini par aller à Jack Nicholson, qui a remporté un oscar pour ce rôle.

« Vous comprenez la valeur d’un bon rôle », a-t-il précisé.

Idem pour « Le syndrome chinois », le film 1979 dans lequel Douglas joue le cameraman de la journaliste incarnée par Jane Fonda et qui découvre les deux failles de sécurité dans une centrale nucléaire.

https://youtu.be/j9L5u-2gHiw

Mais en dépit de l’activisme inhérent au film, le divertissement doit venir en premier, a expliqué Douglas.

« Je suis de l’école qui pense que c’est du divertissement, c’est deux heures, comme un restaurant, il y a parfois de la restauration rapide, on entre et on sort », a-t-il dit.

« Je préfère faire un film qui pourrait laisser des résidus. Ce film, nous avons été très critiqués pour l’avoir fait, et puis nous avons eu cette situation étonnante où l’accident de Three Mile Island à Harrisburg est arrivé dix jours après que ce film soit sorti, donc ça a été une révélation pour moi ».

Il choisit toujours des rôles basés sur les scripts, a poursuivi Douglas.

« Je regarde le film, je lis le script et essaie de me dire, est-ce un bon film ? » a-t-il expliqué. « Cela n’a pas d’importance à quel point le rôle est bon parce que si le film n’est pas bon, personne n’ira vous voir ».

Et après avoir fait plus de 50 films, il se concentre entièrement sur des films contemporains – pas des films de science-fiction ou des films avec des effets spéciaux, mais plutôt des films avec du caractère. Et, d’ailleurs, il n’a jamais réalisé un film, même si, a-t-il dit, il le demande tout le temps.

« En tant que producteur, je me sentais toujours satisfait, je ne me suis jamais senti privé » a-t-il dit.

« J’ai toujours le droit au dernier montage. Être réalisateur, c’est très solitaire et je suis un peu paresseux aussi. Le réalisateur est le premier là-bas et le dernier à partir. Je n’ai jamais ressenti un fort désir, mais tous les 18 mois, je me dis peut-être qu’il est temps de passer à la réalisation ».

Pour l’instant, il est toujours concentré sur sa carrière d’acteur. Son prochain film est un film de Marvel appelé « Ant-Man » [« fourmi-man »], basé sur un personnage des années 1960 et aura comme partenaire Paul Rudd.

« Et, je suis une fourmi », a-t-il dit. « Je ne peux entrer dans les détails, mais Marvel est très discret et je pourrais obtenir une sarbacane à mon cou ».

Et suite à cette déclaration, il est sorti de la salle.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...