Midburn Israël : le feu aux poudres
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Midburn Israël : le feu aux poudres

Venez contempler le temple et d’autres installations artistiques avant que tout ne parte en fumée

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

  • Les premières étapes du Temple 1, l'installation centrale construite par Itamar Polege et Lior Peleg pour Midburn de cette année (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)
    Les premières étapes du Temple 1, l'installation centrale construite par Itamar Polege et Lior Peleg pour Midburn de cette année (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)
  • Des piles de deux-par-quatre pattes prêt et en attente d'être utilisées pour la construction du Temple 1 (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)
    Des piles de deux-par-quatre pattes prêt et en attente d'être utilisées pour la construction du Temple 1 (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)
  • Le modèle du Temple 1, une spirale d'énergie et de feu qui va attirer Midburners pendant le festival de cinq jours (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)
    Le modèle du Temple 1, une spirale d'énergie et de feu qui va attirer Midburners pendant le festival de cinq jours (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)
  • "Grand-père", l'installation de Lior Peleg et d'Itamar Paloge au  Midburn de l'an dernier (Crédit : Autorisation de Faluja.net)
    "Grand-père", l'installation de Lior Peleg et d'Itamar Paloge au Midburn de l'an dernier (Crédit : Autorisation de Faluja.net)

Le kibboutz, en tant qu’aventure sociale, est peut-être du passé. Mais en Israël, les expériences communes sont toujours très populaires. Prenez Midburn, une fête d’une semaine dans le désert, inspirée du modèle américain « Burning Man ».

Pour sa deuxième édition, Midburn devrait rassembler cette année près de 7 000 fêtards dans le désert du Néguev, qui assisteront à des raves et admireront des installations artistiques géantes et interactives, le tout dans le but d’explorer le sens de la vie.

Midburn allie les mots « midbar » (désert en hébreu) et « burn » (brûler), le clou du spectacle de tout événement de type « Burning Man ». Le festival, fondé à San Francisco en 1986, puis relocalisé dans le désert du Nevada, est une expérience de vie en communauté, d’art, d’expression de soi et d’autonomie.

À l’exception des billets – dont les prix vont de 480 à 520 shekels et peuvent être achetés seulement avant l’événement (ils sont tous vendus cette année) – pas un sou ne circule à Midburn.

Les participants apportent tout avec eux, y compris de l’eau, de la nourriture et des générateurs, et installent des maisons temporaires dans des camps à thème qui offrent absolument tout : musique, boissons, danses, espaces de détente, espaces familiaux et yoga.

Les fonds provenant de la vente de billets sont utilisés pour construire la ville de « Midburn », y compris 70 toilettes chimiques, une clôture autour du périmètre, et les frais obligatoires réglés à la police et aux pompiers, explique Kim Lasinger, un organisateur de Midburn.

Cette année, les organisateurs ont été forcés de suspendre les préparatifs plusieurs jours avant le début de l’événement, la police locale ayant déclaré que les planificateurs du festival n’avaient pas obtenu toutes les autorisations nécessaires.

« Ils nous imposent les restrictions les plus folles qui nous coûteront des milliers de shekels », déplore Dan Peguine, responsable de la communication pour Midburn Israël. « Ils veulent que nous ajoutions des caméras en circuit fermé, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. »

Selon Peguine, la police locale croit que Midburn est « un festival de musique normale pour des super jeunes qui font la fête ».

« Ce n’est pas du tout ce que nous sommes. Nous sommes un événement artistique, avec une moyenne d’âge de 30 ans et avec des participants de 48 nations différentes. Il y a des hippies dans certains camps, et des entrepreneurs dans d’autres, des célébrités et des avocats, tout tourne autour de l’expression de soi. »

Le festival abritant 67 installations artistiques et étant focalisé sur l’aide à la région du Néguev en attirant des visiteurs, Peguine observe qu’il est difficile de comprendre pourquoi les autorités locales essayent de lui mettre des bâtons dans les roues.

Lior Peleg (à gauche) et Itamar Paloge, créateurs de Temple 1 pour Midburn 2015 (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)
Lior Peleg (à gauche) et Itamar Paloge, créateurs de Temple 1 pour Midburn 2015 (Crédit : Jessica Steinberg / Times of Israël)

Les coordonnateurs se sont battus avec la police pour faire débuter le festival mercredi et brûler leurs installations d’art géantes, comme prévu, à la fin – cette cérémonie du feu avec danse et tambours est une partie importante de cet événement alternatif.

L’année dernière, lors de l’événement, le premier « Burning Man » en Israël, la police, qui avait interdit de brûler certaines des installations, a finalement permis aux participants de mettre le feu à deux grandes œuvres artistiques après 24 heures de négociations.

L’une des principales installations qui est sujet à débat est le « Temple 1 », une structure massive sphérique en bois, conçue et construite par l’artiste Itamar Paloge, « Fallouja », et l’artiste-constructeur Lior Peleg. Le temple est conçu pour servir de lieu de prière.

L’art pour l’amour de l’art

Il y a deux semaines, Temple 1 était encore en cours de construction dans la cour de Paloge et Peleg, un grand espace ouvert bordé de champs agricoles à Olesh, un moshav à proximité de Netanya, à une courte distance en voiture d’Ikea. Le temple est une expérience d’ingénierie et de recyclage, très éloigné des schémas du géant suédois du meuble.

Paloge et l’équipe de Peleg ont créé une campagne Kickstarter pour financer le temple, qu’ils ont payé de leurs propres poches. Une fois terminé, ce sera une pièce maîtresse au festival, qui sera réduite en cendres à la fin, comme le veut la tradition.

Diplômé de Bezalel, l’Académie d’Art et Design de Jérusalem, Paloge a créé des œuvres géantes pour le Musée d’Israël, de Tel-Aviv, le Design Museum Holon, des galeries locales et le Campus de Google Tel-Aviv.

"L'autre garçon du sud de Tel-Aviv", une installation créée par Itamar Paloge qui est apparu lors de l'événement du Musée d'Israël Point de contact en 2011 (Crédit : Autorisation Faluja)
« L’autre garçon du sud de Tel-Aviv », une installation créée par Itamar Paloge qui est apparu lors de l’événement du Musée d’Israël Point de contact en 2011 (Crédit : Autorisation Faluja)

Mais quand il a entendu parler de Burning Man après avoir vu des photos de ses installations, il a participé à l’événement aux États-Unis.

Mais il fut déçu. Les installations d’art, cette année-là, ne correspondaient pas à ce qu’il avait prévu. Et pourtant, ce qui a influencé Paloge fut l’attitude libre et ouverte des participants, une « auto-expression radicale » qu’il a trouvé unique.

Il n’en fut pas de même pour Peleg, le fils d’un architecte/sculpteur dont la propre expérience de « Burning Man », en 2011, dépassait tout ce qu’il avait imaginé. Il se souvient d’un gratte-ciel en bois de neuf étages de haut, construit avec une grue importée de Los Angeles. Il est revenu en Israël prêt à participer à Midburn lors de son lancement l’année dernière.

"Graffiti Géométrique", l'une des œuvres de Paloge et d'Itamar (Crédit : Autorisation Faluja)
« Graffiti Géométrique », l’une des œuvres de Paloge et d’Itamar (Crédit : Autorisation Faluja)

Il n’y a pas de profit à faire à Midburn, juste l’effort commun de se livrer à l’acte de création.

« Cela parle aux gens spéciaux, et attire les gens à différents moments de leur vie, ainsi que beaucoup d’art et de nouvelles idées », affirme Peleg, dont le père sera également de la partie cette année.

L’année dernière, Peleg et Paloge ont créé « Sabale » – papy – un homme âgé replié de 5,5 mètres fabriqué à partir de morceaux de bois. Éclairé d’un cœur rouge dans la nuit, il était censé symboliser la sagesse antique et quelque chose d’éternel, raconte Paloge, « une chose qui a toujours été là et sera toujours là, sempiternelle ». Comme toutes les installations, elle n’a pas duré plus d’une semaine.

Il était là pour « répandre l’amour », ajoute Peleg. « Il a vécu beaucoup, vu beaucoup – et il a fait ce qu’il faut pour donner aux jeunes. »

 'Sabale' ou grand-père de Paloge et Peleg  qui a été éclairée par LED chaque nuit à Midburn de l'an dernier (Crédit : Autorisation Faluja)
‘Sabale’ ou grand-père de Paloge et Peleg qui a été éclairée par LED chaque nuit à Midburn de l’an dernier (Crédit : Autorisation Faluja)

Les deux ont été inspirés par la façon dont leur art est devenu une entité vivante à Midburn, les gens venant le voir à tout moment de la journée et amenant leurs amis, anciens et nouveaux.

« Quand nous sommes arrivés là-bas, nous n’avons pas compris la puissance que peut avoir ce genre de choses pour toucher 3 500 personnes, relate Paloge. C’est une ville qui vit autour de l’art, et elle se déploie pour vous et pour les artistes. Il n’y a pas de frontières. Vous y arrivez et wow, c’est ainsi que je veux que les gens ressentent ce que je fais. »

Cette année, le Temple 1 offre une perspective différente sur la vie. Construit selon un modèle assis sur une table blanchie par le soleil, la sphère comprend six chemins obliques, dont chacun offre une vue de Sde Boker, la ville la plus proche, d’un côté, et sur le désert ouvert de l’autre.

Il y a un hall central de neuf mètres de diamètre, avec un feu symbolique, un feu sacré qui brûle au long du festival.

« Il crée un mouvement, dit Peleg à propos du feu. « C’est une spirale tournante d’énergie. »

Paloge et Peleg ont passé deux mois à construire Temple 1, en collaboration avec une équipe d’environ 60 bénévoles. « C’est un projet beaucoup plus vaste que le grand-père de l’an dernier », explique Peleg, et qui a exigé davantage d’ingénierie et de planification, car les gens se promèneront dans les voies du Temple.

C’est une sensation similaire à celle de Big Bambu, la structure en bambou massif dans le jardin de sculptures du Musée d’Israël jusqu’à la mi-avril, qui ravit les visiteurs avec ses bifurcations, ses chemins et ses perchoirs faits de cordes nouées.

Big Bambu en construction au Musée d'Israël au printemps dernier (Crédit : Hadas Parush / flash 90)
Big Bambu en construction au Musée d’Israël au printemps dernier (Crédit : Hadas Parush / flash 90)

« C’est un endroit à part, en marge du festival, de la fête. Il permet aux gens d’y entrer, de se retirer de ce qui se passe à l’extérieur », explique Paloge au sujet de son Temple. « Nous créons ce genre d’espace pour les gens qui ne croient pas en Dieu mais qui se connectent à un autre concept ou une autre conviction. »

Midburn 2015 se déroule dans le Néguev, du 20 au 24 mai.

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