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Migrants : « La France est dans une maltraitance d’État » – Député Sébastien Nadot

De la Méditerranée à la Manche, en passant par la frontière franco-italienne et les campements en périphérie de Paris, les droits de ces personnes sont sciemment bafoués par les autorités, selon le député Libertés et Territoires

Le député Sébastien Nadot. (Crédit : capture d’écran France 3 Occitanie / YouTube)
Le député Sébastien Nadot. (Crédit : capture d’écran France 3 Occitanie / YouTube)

« La France est dans une maltraitance d’État » envers les migrants sur son sol, a fustigé dans un entretien avec l’AFP le député Sébastien Nadot, président de la commission d’enquête parlementaire (CEP) sur les migrations dont le rapport est présenté mercredi à l’Assemblée nationale.

Pendant six mois, le député Libertés et Territoires (LT), dont le groupe est à l’initiative de cette commission, a auditionné avec la rapporteure Sonia Krimi des dizaines de membres de l’administration, responsables associatifs, immigrés et autres chercheurs, et s’est rendu sur le terrain, en France et à l’étranger, pour baliser très largement les enjeux des conditions de vie et de l’accès aux droits des exilés.

Il en a tiré un « constat alarmant et dramatique » : « La France est dans une maltraitance d’État et un ostracisme envers ces personnes. »

De la Méditerranée à la Manche, en passant par la frontière franco-italienne et les campements en périphérie de Paris, les droits de ces personnes sont sciemment bafoués par les autorités, estime le député de la Haute-Garonne.

« C’est aux frontières que les dysfonctionnements sont les plus visibles, les plus exacerbés. À Calais, on a l’impression que c’est une battue de sangliers, quand on va évacuer les campements », déplore-t-il, en pleine grève de la faim de militants associatifs dans la ville-frontière avec le Royaume-Uni pour dénoncer la subsistance « inhumaine » des migrants.

« Sursaut des consciences »

« Mais en réalité, il y a un effet systémique, c’est partout sur le territoire », juge Sébastien Nadot, qui reçoit à l’Assemblée nationale dans son bureau faisant face à celui de Marine Le Pen.

Dans les « préfectures, les administrations, on oublie qu’il y a des droits, des lois, une constitution : dans notre pays, on a le droit d’être hébergé, soigné, qu’on ait un titre de séjour ou pas », souligne cet ancien LREM.

« La France a perdu sa carte d’identité. On se vante d’être le pays des droits de l’Homme, mais aujourd’hui, ça ne se concrétise plus vis-à-vis des étrangers », estime-t-il, appelant à « un sursaut des consciences ».

S’il a présidé la commission au nom du groupe composite LT, le rapport soumis au vote à l’Assemblée, mercredi, a été rédigé par la rapporteure LREM.

Quelles que soient les préconisations retenues par la majorité, le travail de la commission aura permis de démonter certaines théories prônées notamment par l’extrême droite, à cinq mois de la présidentielle, se félicite Sébastien Nadot.

« La théorie de l’appel d’air, qui veut que si on accueille trop bien les gens en France ça va générer des flux migratoires, ça ne tient pas la route quand on regarde les motivations de ceux qui partent », détaille le député, qui s’est rendu ces derniers mois sur l’île italienne de Lampedusa ou encore en Irak.

« Quand on va dans un camp de réfugiés syriens au Kurdistan, pensez-vous que les gens s’interrogent sur la qualité des centres d’hébergements en France ? Ils sont à des années-lumière de ça ! »

Un agent de santé italien donne des bracelets numérotés aux migrants secourus en mer sur le navire de sauvetage « Ocean Viking », exploité par l’ONG française SOS Méditerranée en mer Méditerranée, le 5 juillet 2020. (Crédit : Shahzad ABDUL / AFP)

« Grand remplacement » vs intégration

« On n’accueille pas toute la misère du monde et toute la misère du monde ne veut pas venir en France. Les migrations vers la France, à l’échelle des déplacements, ça ne représente rien », poursuit-il. « Donc il n’y a pas un flot (de personnes) qui va faire basculer le pays vers un grand remplacement. Concrètement, cette réalité n’existe pas. »

À l’inverse, ce semestre de travaux a fourni « la preuve que quand on veut travailler à un accueil et une intégration dignes de ce nom, on finit par avoir des gens qui défendent mieux que nous notre pays, peuvent apprendre le français très rapidement ».

La commission, assure-t-il, a fait la démonstration que la société française a besoin de la main-d’œuvre étrangère, mais « avec des titres de séjour ».

D’autant que « l’emploi de personnes migrantes ne prend en rien le travail des Français », insiste Sébastien Nadot, travaux et auditions d’économistes à l’appui.

Cette intégration par le travail, « c’est le fin mot de l’histoire », dit le député, qui attend des candidats à la présidentielle qu’ils tirent de cette commission des « engagements » pour leurs campagnes. 

Un, en particulier, qu’il estime être la clé pour une amélioration globale de la situation : « Il faut augmenter les voies légales de migrations. »

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