Mohammad Deif menace Israël pour les expulsions à Jérusalem-Est
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Mohammad Deif menace Israël pour les expulsions à Jérusalem-Est

Une déclaration rare du chef de l'aile armée du groupe terroriste du Hamas dit qu'Israël paiera "le prix fort" au lendemain d'une manifestation qui a fait dix blessés

Des membres des brigades Ezzedine al-Qassam Brigades, aile militaire du Hamas, marquant la journée Al-Quds (Jérusalem) au camp de réfugiés de Nusseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 23 juin 2017 (Crédit :  AP/Adel Hana)
Des membres des brigades Ezzedine al-Qassam Brigades, aile militaire du Hamas, marquant la journée Al-Quds (Jérusalem) au camp de réfugiés de Nusseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 23 juin 2017 (Crédit : AP/Adel Hana)

Le groupe terroriste palestinien du Hamas, à Gaza, a menacé Israël, mardi, suite aux tensions à Jérusalem-Est alors qu’un certain nombre de familles palestiniennes devraient être mises dans l’obligation de quitter leur logement dans le cadre d’un effort livré par la droite israélienne de prendre le contrôle des habitations dans le quartier Sheikh Jarrah.

Dans une rare déclaration publique de sa part, Mohammed Deif, l’insaisissable chef de l’aile armée du Hamas – les brigades Ezzedine al-Qassam – a averti que l’État juif « paiera le prix fort » si ces expulsions devaient avoir lieu.

« Je salue nos loyaux Palestiniens du quartier Sheikh Jarrah dans la Jérusalem occupée. Les chefs de la résistance et al-Qassam observent de près ce qui est en train de se produire dans le quartier », a dit Deif.

« C’est notre dernier avertissement : Si l’agression contre les nôtres, dans le quartier Sheikh Jarrah, ne cesse pas immédiatement, nous ne resterons pas à ne rien faire et l’occupation devra en payer le prix lourd », a-t-il mis en garde.

Mohammed Deif, le commandant de l’aile militaire du Hamas

Deif, qui est l’un des fondateurs de l’aile armée du Hamas, a été blessé au cours de plusieurs tentatives d’assassinat lancées par Israël. L’une de ses épouses et deux de ses enfants ont été tués lors d’une attaque qui l’avait pris pour cible au cours de l’opération Bordure protectrice dans la bande, en 2014.

Le secteur de la frontière entre Israël et Gaza est resté largement calme ces derniers mois, après la conclusion d’une trêve indirecte entre l’État juif et l’organisation terroriste. Toutefois, des dizaines de roquettes ont visé Israël, la semaine dernière, suite à des émeutes à Jérusalem.

Les menaces proférées par Deif surviennent au lendemain de l’arrestation de deux Palestiniens lors d’affrontements à Jérusalem-Est qui ont eu lieu lundi soir, des violences qui ont fait dix blessés, selon la police israélienne et le Croissant rouge palestinien.

La police israélienne et la police des frontières sont arrivés « après une manifestation réunissant des dizaines de manifestants qui ont perturbé l’ordre public », a noté la police, qui a fait savoir que les protestataires avaient jeté des pierres et des bouteilles sur les forces de sécurité et qu’ils avaient bloqué la circulation.

La police a fait savoir qu’elle avait donné aux manifestants « un délai raisonnable » pour quitter ce « rassemblement non-autorisé » avant une intervention pour disperser la foule.

Les forces israéliennes aux abords d’un immeuble où vit une famille juive pendant une manifestation palestinienne organisée dans le quartier Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 4 mai 2021. (Crédit : Jamal Awad/FLASH90)

Les Palestiniens ont défié cet ordre de dispersion et la police montée est intervenue.

Le Croissant rouge a noté que trois blessés avaient été pris en charge à l’hôpital.

Cela fait des années que des manifestations hebdomadaires sont organisées à Sheikh Jarrah, les activistes et les résidents palestiniens protestant contre l’éviction de certaines familles palestiniennes en faveur des Juifs de droite.

Selon le groupe La Paix Maintenant, les Juifs intéressés cherchent à faire expulser encore 58 Palestiniens. La Cour suprême doit annoncer la décision qu’elle a prise concernant quatre de ces familles jeudi.

Selon l’organisation à but non-lucratif de gauche Ir Amim, environ 600 dossiers d’expulsion – concernant notamment les logements de 75 familles palestiniennes Sheikh Jarrah — sont actuellement examinés par le ministère de la Justice.

Les Palestiniens de Jérusalem-Est et leurs alliés affirment que la loi est discriminatoire à leur égard, car elle permet effectivement aux Juifs de réclamer des biens à Jérusalem-Est, alors que les Palestiniens n’ont pas la possibilité de faire des demandes dans la moitié occidentale de la ville, à majorité juive.

Les expulsions, lorsqu’elles ont lieu, sont souvent le résultat de batailles judiciaires qui s’étendent sur des années, voire des décennies. Les litiges s’appuient sur une loi de 1950 qui permet au gouvernement israélien de récupérer les biens des Palestiniens considérés comme légalement absents, ainsi que sur une loi de 1970 qui offre aux Juifs une voie légale pour récupérer les biens appartenant à des Juifs à Jérusalem-Est avant 1948.

Des centaines de Palestiniens et de militants juifs de gauche manifestent contre l’expulsion des résidents palestiniens de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le vendredi 16 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les Juifs désireux de résider dans le quartier et leurs alliés, notamment le groupe d’extrême-droite Ateret Cohanim, affirment pour leur part élargir légalement la présence juive dans la capitale d’Israël.

Les opposants aux expulsions se réunissent régulièrement dans le quartier Sheikh Jarrah. C’est le cas du député de la Liste arabe unie Ofer Cassif qui, le mois dernier, a été filmé en train d’être frappé par la police. Les forces de l’ordre ont indiqué que Cassif avait, au préalable, agressé un agent, entraînant cette rixe, même si aucune preuve filmée n’est venue confirmer cette accusation.

Le député Ofer Cassif, membre juif de l’alliance électorale à prédominance arabe Liste arabe unie, est photographié après avoir été frappé et arrêté par la police israélienne lors d’une manifestation dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, le 9 avril 2021. (AHMAD GHARABLI / AFP)

Et, le mois dernier, le chef de la diplomatie jordanienne, Ayman Safadi, a transmis à l’Autorité palestinienne à Ramallah des documents – certifiés par l’ONU – qui visent à aider à empêcher Israël d’expulser les familles de Sheikh Jarrah.

La Jordanie a administré la Cisjordanie et notamment Jérusalem-Est jusqu’à la guerre des Six jours, et elle reste tutrice des lieux saints musulmans dans la ville. Le royaume dit avoir construit des logements pour les réfugiés palestiniens à Jérusalem-Est après la création de l’État juif, en 1948.

La question de Jérusalem est l’une des principales pommes de discorde entre Israël et les Palestiniens. Le premier estime que toute la ville est sa capitale « indivisible » et les seconds veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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