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Mont Meron: Les enquêteurs pointent la responsabilité de Netanyahu et de Shabtai

Des avertissements ont été aussi envoyés à d'autres officiels, et notamment à l'ex-ministre Amir Ohana et au commandant de la police qui était chargé du nord du pays, Shimon Lavi

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur les lieux du Mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur les lieux du Mont Meron, dans le nord d'Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

La commission d’État chargée de l’enquête consacrée au mouvement de foule meurtrier qui avait eu lieu en 2021 sur le mont Meron a envoyé mardi des courriers à d’anciens et actuels officiels, notamment à l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, les avertissant qu’ils étaient considérés comme partiellement responsables de ce qui avait été la pire catastrophe civile de toute l’Histoire d’Israël.

Le commissaire de la police israélienne, Kobi Shabtai, le député du Likud Amir Ohana – qui était ministre de la Sécurité intérieure à l’époque – et le commandant de la police pour le nord du pays, Shimon Lavi (il a démissionné le mois dernier) ont également reçu des missives, selon des informations parues dans les médias israéliens.

La tragédie, survenue au mois d’avril 2021 sur le mont Meron, était arrivée alors que des milliers de personnes célébrant la fête de Lag BaOmer sur le tombeau du Rabbi Shimon bar Yochai, sage du deuxième siècle, s’étaient engagées sur une rampe étroite. Certaines avaient chuté dans cet escalier, tombant sur ceux qui étaient dessous et entraînant un effet domino meurtrier. Ce mouvement de foule avait fait 45 morts et au moins 150 blessés.

Des responsables de la sécurité et les secours israéliens transportent les victimes mortes pendant les festivités de LagBomer sur le mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Selon un document émis par la commission d’enquête, ces missives d’avertissement ont été envoyées de manière à ce que « les officiels qui étaient alors en charge et qui sont aujourd’hui susceptibles d’être négativement affectées par le travail ou par les conclusions de l’enquête… puissent avoir la chance de savoir de quoi ils sont accusés et de répondre à ces accusations, afin que l’enquête du panel puisse trouver la vérité. »

Selon la lettre d’avertissement reçue par l’ancien Premier ministre, Netanyahu « savait ou il aurait dû savoir » que le site accueillant le pèlerinage du mont Meron avait été très négligé et qu’il présentait des dangers pour la foule immense qui s’y rendait chaque année.

« Netanyahu n’a pas agi – comme c’était attendu de la part d’un Premier ministre – de façon à régler tous les problèmes préexistants même si ces derniers avaient été soulevés dans différents rapports critiques du contrôleur de l’État », a fait savoir le panel qui a ajouté que le Premier ministre « n’a pas assuré de contrôle efficace de la prise en charge gouvernementale de ce dossier » et qu’il a fait le choix de ne pas mettre en œuvre les recommandations qui avaient été faites par les précédents gouvernements.

Des Juifs ultra-orthodoxes allument des bougies pour les 45 victimes d’un mouvement de foule géant survenu sur le mont Meron, lors de Lag BaOmer, le 1er mai 2022. (Crédit: David Cohen/Flash90)

Témoignant devant la commission d’enquête, le mois dernier, Netanyahu avait rejeté toute responsabilité dans les mesures de sécurité mises en place sur le mont Meron, disant qu’il n’était intervenu dans ces discussions que dans le cadre de la lutte nécessaire contre la propagation de l’épidémie de COVID-19 et ajoutant qu’il n’avait pas été sollicité sur la question de la trop importante affluence.

Interrogé par Shlomo Yanai, membre de la commission, qui lui demandait si en tant que Premier ministre à cette époque ou auparavant, il assumait « une responsabilité politique ou morale en ce qui concerne ce désastre », Netanyahu avait répondu que « avant tout, j’assume la responsabilité de ce qui se trouvait en face de moi à ce moment-là et il s’agissait alors du désastre épidémiologique que je suis parvenu à éviter… Avec le recul, il y a eu une catastrophe… Je ne peux pas assumer la responsabilité de ce que j’ignorais alors… J’ignorais qu’il y avait un problème de sécurité aussi important ».

Le document rendu public mardi par le panel a aussi mis en cause Ohana qui « n’a pas agi comme il aurait dû le faire » et qui a autorisé le déroulement de l’événement sans poser aucune limite sur l’affluence des fidèles.

« Ohana n’a pas pris en considération de manière appropriée la gravité des dangers, il n’a pas posé suffisamment de questions et il n’a pas demandé un réexamen de la décision initiale qui avait été prise de ne pas limiter le nombre de fidèles », et ce même s’il avait été mis en garde contre le péril que représentait un nombre illimité de pèlerins, a fait savoir la commission.

Les victimes de la catastrophe du mont Meron, le 30 avril 2021 : rangée supérieure (de gauche à droite) : Chen Doron, Haim Rock, Ariel Tzadik, Yossi Kohn, Yisrael Anakvah, Yishai Mualem, Yosef Mastorov, Elkana Shiloh et Moshe Levy; 2e rangée (de gauche à droite) : Shlomo Zalman Leibowitz, Shmuel Zvi Klagsbald, Mordechai Fakata, Dubi Steinmetz, Abraham Daniel Ambon, Eliezer Gafner, Yosef Greenbaum,Yehuda Leib Rubin et Yaakov Elchanan Starkovsky; 3e rangée (de gauche à droite) : Haim Seler, Yehoshua Englard, Moshe Natan Neta Englard, Yedidia Hayut, Moshe Ben Shalom, David Krauss, Eliezer Tzvi Joseph, Yosef Yehuda Levy et Yosef Amram Tauber; 4e rangée (de gauche à droite) : Menachem Knoblowitz, Elazar Yitzchok Koltai, Yosef David Elhadad, Shraga Gestetner, Yonatan Hebroni, Shimon Matalon, Elazar Mordechai Goldberg, Moshe Bergman et Daniel Morris; 5e rangée (de gauche à droite) : Ariel Achdut, Moshe Mordechai Elhadad, Hanoch Slod, Yedidya Fogel, Menahem Zakbah, Simcha Diskind, Moshe Tzarfati, Nahman Kirshbaum et Eliyahu Cohen.

De la même manière, le commissaire de police Kobi Shabtai a reçu un courrier d’avertissement remettant en cause son approbation d’un plan qui lui avait été présenté par ses services opérant dans le district du nord du pays – et ce même s’il savait que le site ne pourrait accueillir autant de fidèles que ne le prévoyait ce plan lors de l’événement, ignorant ainsi le danger posé par une trop grande affluence.

La commission a estimé que les inquiétudes entraînées par l’épidémie de coronavirus avaient pourtant donné à Shabtai l’opportunité de limiter l’ampleur du rassemblement. Mais ce dernier avait refusé, affirmant qu’empêcher les fidèles de pénétrer dans le sanctuaire pouvait potentiellement être un scénario plus dangereux encore. A ce moment-là, les restrictions appliquées dans le cadre dans la lutte contre l’épidémie limitaient à cent personnes les rassemblements extérieurs mais le pèlerinage de Meron avait été autorisé à en accueillir 100 000.

Le commandant de police chargé du district du nord, Lavi, a présenté sa démission le mois dernier, reconnaissant sa responsabilité dans cette catastrophe.

Répondant à la lettre transmise à son leader, le parti du Likud de Netanyahu a estimé que le moment choisi par le panel pour faire part de ses griefs aurait des conséquences politiques alors que les élections du 1er novembre se profilent à l’horizon.

« Nous partageons la grande douleur des familles. Depuis l’établissement de l’État, aucune commission d’enquête n’a jamais envoyé un courrier d’avertissement à des candidats se présentant dans le cadre d’une course électorale. Il est malheureux que la commission d’enquête qui a été formée par le gouvernement Bennett-Lapid ait choisi de le faire », a noté le Likud.

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana lors des festivités de Lag B’Omer, à Meron, le 29 avril 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Suite à la mise en garde du panel, Shabtai a envoyé une lettre aux officiers de police leur faisant savoir qu’il n’avait aucunement l’intention de démissionner.

« C’est le moment crucial qui nous oblige, professionnellement et éthiquement, à continuer nos actions policières au nom de la sécurité de l’État et de la population », a écrit Shabtai. « Je continuerai à diriger la police israélienne dans cette période compliquée pour atteindre nos objectifs dans la lutte contre le crime et contre le terrorisme ».

Les avocats représentant Shabtai se sont aussi exprimés après les annonces du panel, attribuant la responsabilité du désastre aux ministre du cabinet. Ils ont indiqué devant les caméras de la Douzième chaîne que « nous avons la conviction qu’à la fin du travail de la commission, il sera clairement établi que le commissaire de police n’est aucunement responsable de ce qui est arrivé ».

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a pour sa part écrit sur Twitter que « nous ne cherchons pas à trouver des coupables mais nous cherchons à établir les responsabilités et à tirer des leçons de ce qui est arrivé. C’est la raison pour laquelle j’ai défendu l’établissement de l’enquête publique sur la catastrophe de Meron ».

Les officiels ont annoncé que les politiques mis en cause se présenteront une fois encore devant le panel, cette fois-ci en ayant davantage connaissance des accusations dont ils devront répondre.

Le commandant du district nord Shimon Lavi (R) et le commissaire de police Kobi Shabtai (R) au mont Meron avant la tragédie, le 29 avril 2021 (Crédit : Police israélienne).

Après cela, un document final sera présenté par la commission qui contiendra très probablement des recommandations en direction des individus impliqués dans la catastrophe, ainsi que des recommandations en faveur de changements systématiques.

Alors que ces recommandations ne seront pas contraignantes pour un futur gouvernement – il ne sera pas dans l’obligation de les adopter – aucun gouvernement israélien n’a, jusqu’à présent, totalement ignoré les préconisations qui ont pu être faites dans le cadre d’une commission d’enquête d’État.

Le pèlerinage de Lag BaOmer sur le mont Meron a eu lieu, cette année, avec des strictes limitations. Les autorités ont choisi de mettre en place des mesures de sécurité dans le but d’éviter une répétition de la tragédie de l’année dernière, limitant le nombre de fidèles, imposant l’achat de billets pour assister à l’événement et modifiant l’organisation de ce dernier.

Le gouvernement a aussi réparé les escaliers et d’autres infrastructures du complexe pour améliorer la sécurité.

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