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Moody’s : « risque significatif » de dégâts économiques et sécuritaires en Israël

L'agence de notation a averti que certaines de ses préoccupations antérieures concernant l'impact des réformes proposées sur l'économie israélienne commençaient à se concrétiser

Un panneau de l'agence de crédit Moody's, à New York, le 13 août 2010. (Crédit : Mark Lennihan/AP)
Un panneau de l'agence de crédit Moody's, à New York, le 13 août 2010. (Crédit : Mark Lennihan/AP)

L’agence de notation Moody’s Investors Service a mis en garde mardi contre le « risque significatif » d’une aggravation des tensions politiques et sociales en Israël à la suite de l’adoption de la première loi de la réforme judiciaire contestée du gouvernement, qui pourrait avoir des « conséquences négatives pour l’économie et la sécurité d’Israël ».

« Plus précisément, nous pensons que la nature étendue des propositions du gouvernement pourrait affaiblir matériellement l’indépendance du pouvoir judiciaire et perturber l’équilibre des pouvoirs entre les différentes branches du gouvernement, qui sont des aspects importants d’institutions solides », a écrit Moody’s mardi. « Israël n’a pas de constitution écrite et son système institutionnel repose dans une large mesure sur la supervision et l’examen judiciaire. »

« Les institutions exécutives et législatives sont devenues moins prévisibles et plus disposées à créer des risques significatifs pour la stabilité économique et sociale », a averti l’agence de notation.

« Les tentatives de parvenir à un compromis avec l’opposition ont échoué… l’adoption du projet de loi intervient dans un contexte de protestations généralisées de la part de groupes de la société civile qui se poursuivent depuis janvier et qui, selon nous, continueront », a noté Moody’s dans son nouveau rapport.

« Des recours contre la loi ont été déposés auprès de la Cour suprême, ce qui augmente le risque d’une crise constitutionnelle entre l’exécutif et le judiciaire », a souligné l’agence.

Moody’s a également averti que certaines de ses préoccupations antérieures concernant l’impact des réformes proposées sur l’économie israélienne commençaient à se concrétiser.

« Les investissements en capital-risque dans les entreprises israéliennes de haute technologie ont sensiblement diminué, le secteur ayant levé 3,7 milliards de dollars au cours des six premiers mois de l’année, le chiffre le plus bas depuis 2019 », a mis en garde Moody’s. « Bien que le ralentissement reflète les tendances mondiales dans le secteur déclenchées par le resserrement des conditions de financement et un certain degré de normalisation après la pandémie, il y a aussi des signes qu’Israël se détache des tendances mondiales. »

Vue de la Bourse de Tel-Aviv, le 29 novembre 2020. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Pour le moment, Moody’s s’attend toujours à ce que l’économie du pays enregistre une croissance de 3 % cette année et en 2024, mais l’agence a mis en garde que cette projection ne « prend pas en compte un effet négatif d’une période prolongée de tensions sociales et politiques. »

En avril, Moody’s avait averti que la cote de crédit d’Israël pourrait être « soumise à une pression à la baisse si les tensions actuelles devaient se transformer en une crise politique et sociale prolongée », tout en notant que des délibérations étaient en cours et qu’un compromis pourrait être trouvé « sans approfondir ces tensions, les tendances économiques et budgétaires positives que Moody’s avait identifiées précédemment restent inchangées. » L’agence a maintenu la notation de crédit réelle du pays à A1, citant une « croissance économique solide ».

Dans une déclaration commune, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Finances Bezalel Smotrich ont, de leur côté, insisté sur le fait que l’économie était plus saine que jamais.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’entretient avec le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors de la réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 18 juin 2023. (Crédit : Amit Shabi)

« Il s’agit d’une réaction temporaire. Lorsque la poussière sera retombée, il apparaîtra clairement que l’économie israélienne est très forte », ont-ils assuré.

« L’économie israélienne repose sur des bases solides et continuera à se développer sous une direction expérimentée qui mène une politique économique responsable », ont ajouté Netanyahu et Smotrich.

Mardi également, la banque d’investissement américaine Morgan Stanley a abaissé la cote de crédit souverain d’Israël à une « position défavorable », invoquant « une incertitude accrue quant aux perspectives économiques dans les mois à venir ».

De son côté, la banque américaine Citi a déclaré dans une note adressée à ses clients que l’environnement en Israël était « beaucoup plus délicat et dangereux » après l’adoption du projet de loi empêchant les tribunaux d’examiner la « raisonnabilité » des décisions gouvernementales, et a conseillé aux investisseurs d’attendre que la situation se stabilise.

« Les événements actuels en Israël sont difficiles… et rendent les investisseurs de plus en plus nerveux à l’égard des actifs israéliens », a écrit Michael Wiesen, vice-président de Citi, dans la note. « Nous préconisons la prudence ici et recommandons d’attendre des niveaux plus favorables ou un marché plus calme. »

Wiesen a décrit un scénario dans lequel Israël fait face à une « crise constitutionnelle », en notant les recours déposés devant la Haute Cour contre la législation.

« S’ils décident de débattre de la question et de l’annuler, nous pourrions nous retrouver dans une crise constitutionnelle si le gouvernement décide d’ignorer leur décision », écrit-il. « Cependant, étant donné que cela a été adopté en tant que ‘loi fondamentale’, il est peu probable que la cour cherche à l’annuler. »

Il fait également référence aux spéculations selon lesquelles le gouvernement Netanyahu pourrait licencier la procureure générale Gali Baharav-Miara, suite aux appels croissants de la part de membres de la coalition pour la congédier.

« Cependant, cela serait une décision dangereuse étant donné les réactions violentes des marchés ainsi que des voix internationales, probablement des agences de notation », a souligné Wiesen.

Jusqu’à présent, les agences de notation de crédit mondiales n’avaient pas dégradé la cote de crédit, car le gouvernement israélien dirigé par Netanyahu avait exprimé sa volonté de tout faire pour parvenir à un large accord ou à une forme de consensus avec l’opposition et de ne pas faire avancer de manière unilatérale la législation sur la réforme judiciaire.

« Netanyahu a menti aux agences de notation de crédit lorsqu’il a dit que la législation serait adoptée avec un large consensus et nous paierons tous cher pour ce mensonge », a déclaré Merav Michaeli, chef du Parti travailliste. « Le prix que chaque famille en Israël paiera pour le mensonge de Netanyahu sera élevé et douloureux pour le portefeuille. »

D’autres agences de notation de crédit, dont Standard & Poor’s, ont mis en garde au cours des derniers mois contre une détérioration de la gouvernance en Israël et le potentiel affaiblissement de la force du système judiciaire et des institutions du pays, et ont exprimé des inquiétudes concernant l’augmentation des tensions sociales et politiques intérieures.

Les actions israéliennes ont continué à plonger mardi et le shekel s’est affaibli pour la deuxième journée consécutive, les marchés craignant que les agences de notation internationales ne modifient les perspectives de crédit du pays.

L’indice de référence TA-125 de la Bourse de Tel Aviv était effectivement en baisse de 2,5 % sur la journée de mardi.

La shekel s’est déprécié d’environ 1,5 %, s’échangeant autour de 3,71 par rapport au dollar américain lors des transactions en soirée, et a baissé d’environ 2,6 % par rapport au taux de change représentatif de la Banque d’Israël fixé lundi ».

L’indice de référence TA-125 de la Bourse de Tel Aviv a chuté de 3,1 % et l’indice TA-35 des principales entreprises a reculé de 3 %, tandis que l’indice TA-90 a baissé de 3,4 % à la clôture du marché à Tel Aviv. L’indice TA des cinq plus grandes banques a chuté de 4,8 % et l’indice TA-Insurance & Financial Services a reculé de 3,6 %.

Ces chiffres témoignent des perturbations sur les marchés financiers israéliens suite à l’adoption du projet de loi sur la réforme judiciaire.

« Le gouvernement israélien a assuré par le passé les agences de notation de crédit que la réforme judiciaire proposée ne serait pas mise en œuvre sans un large consensus », a déclaré Ori Greenfeld, stratège en chef du fonds d’investissements Psagot, au Times of Israel avant la publication du rapport de Moody’s. « Avec l’adoption du projet de loi hier, il y a une forte probabilité que les agences agissent et publient des mises à jour. »

Malgré d’importantes manifestations et une opposition publique massive, la Knesset a ratifié lundi une loi qui empêche les tribunaux israéliens d’examiner le critère du « caractère raisonnable » des décisions gouvernementales et ministérielles, la première loi majeure de la refonte judiciaire du gouvernement à être adopté. Le projet de loi a été adopté en troisième et dernière lecture par 64 voix pour et 0 contre, l’ensemble de l’opposition (56 membres) ayant boycotté le vote en guise de protestation.

« L’adoption du projet de loi accroît le sentiment concernant la matérialisation de l’impact négatif de la réforme judiciaire sur l’économie, ce qui signifie que les investisseurs accorderont une prime de risque plus élevée à l’économie », a déclaré Greenfeld. « À court terme, il est probable que nous verrons une nouvelle affaiblissement de la monnaie locale, ce qui alimente à son tour l’inflation et représente un risque de nouvelles hausses des taux d’intérêt. »

La principale préoccupation des milieux d’affaires et de la high-tech est que l’ensemble de la refonte judiciaire proposée érodera la démocratie et affaiblira l’équilibre des pouvoirs, ce qui incitera les investisseurs en capital-risque et autres bailleurs de fonds à hésiter à investir leur argent dans le pays, déclenchant ainsi une fuite des capitaux.

Quelque 200 entreprises du secteur de la high-tech, qui a été au premier plan des manifestations contre la refonte judiciaire au cours des 29 dernières semaines, et de grandes organisations juridiques avaient autorisé leurs employés à faire grève lundi, afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il mette un terme à cette initiative législative. Parmi les start-ups participantes, on trouve Wix, Wiz, Papaya Global et Lemonade. Un important forum d’entreprises représentant 150 des plus grandes sociétés israéliennes avait également annoncé une grève pour lundi.

« Suite à cette réforme politique, les entrepreneurs israéliens vont créer des entités à l’étranger », a écrit Eynat Guez, co-fondatrice et PDG de la plateforme de gestion de la paie israélienne Papaya Global, dans une lettre ouverte lundi. « Il est tout simplement trop risqué d’exposer les investisseurs à un système judiciaire douteux, sans véritable supervision, dans lequel ils n’ont aucune protection et aucun recours légal. »

« C’est un danger clair et présent, et les conséquences seront sévères », a averti Guez.

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