« Moonlight » meilleur film, « La La Land » autre vainqueur
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« Moonlight » meilleur film, « La La Land » autre vainqueur

Damien Chazelle, le réalisateur de "La la land", entre dans l'histoire en devenant à 32 ans le plus jeune réalisateur oscarisé ; le réalisateur iranien Asghar Farhadi, qui boycottait la cérémonie après le décret Trump, est lui aussi récompensé

L'équipe de "Moonlight" a remporté l'Oscar du meilleur film de la 89e cérémonie annuelle, à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Kevin Winter/Getty Images/AFP)
L'équipe de "Moonlight" a remporté l'Oscar du meilleur film de la 89e cérémonie annuelle, à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Kevin Winter/Getty Images/AFP)

« Moonlight » a été sacré meilleur film dimanche aux Oscars après une gaffe historique, qui a d’abord donné par erreur la plus prestigieuse des récompenses du cinéma au grand favori « La La Land », quand même reparti avec six statuettes.

Fiasco épique pour cette cérémonie d’ordinaire si rodée, l’actrice légendaire Faye Dunaway, aux côtés de Warren Beatty, a lu le mauvais nom de film sur la scène du Dolby Theatre dimanche.

Toute l’équipe de la comédie musicale « La La Land » est montée sur le podium et les producteurs ont commencé leurs remerciements avant qu’on vienne les prévenir que le gagnant était en réalité « Moonlight ».

« Il y a une erreur, ‘Moonlight’, c’est vous qui avez gagné le prix du meilleur film », a expliqué l’une des personnes sur la scène brandissant le carton et son enveloppe rouge.

L’un des producteurs de « La La Land », avec classe, a dit qu’il était honoré de donner la statuette qu’il avait crue sienne à ses « amis de ‘Moonlight’. »

« C’est très malheureux ce qui vient de ce passer » a déclaré l’animateur Jimmy Kimmel, mi-figue mi-raisin, pendant que la confusion régnait sur la scène du Dolby Theatre, où les équipes des deux films s’étreignaient pendant que l’une descendait et l’autre montait.

Warren Beatty a ensuite expliqué sur scène que le carton qu’il avait lu portait la mention « Emma Stone, La La Land », ce que Jimmy Kimmel a ensuite confirmé.

« Moonlight », tourné pour seulement 1,5 million de dollars avec un casting noir, est aux antipodes du romantique et onirique « La La Land » et marque un tournant à 180 degrés après les vives polémiques sur le manque de diversité aux Oscars ces deux dernières années.

Le réalisateur de ce drame intimiste et poignant sur un jeune garçon noir homosexuel qui grandit dans un quartier difficile, Barry Jenkins, 37 ans, a aussi été primé pour le scénario, adaptation d’une pièce de Tarell McCraney. Mahershala Ali, qui interprète un trafiquant de drogue au grand cœur, a été sacré meilleur second rôle masculin.

« Je ne pense pas que ma vie aurait pu changer plus radicalement que ce qui vient de se passer ces vingt dernières minutes », a déclaré en salle de presse Barry Jenkins, encore sonné.

En recevant sa statuette, il avait lancé : « Vous tous les gens qui pensez qu’il n’y a pas de miroir pour vous, l’Académie » des arts et science du cinéma, qui décerne les Oscars, « veille sur vous, nous veillons sur vous, et pendant les quatre années à venir nous ne vous oublierons pas », allusion à l’administration Trump.

Durant son monologue d’ouverture puis lors de nombre de ses interventions, l’animateur du talk show du soir « Jimmy Kimmel Live » avait lui aussi tourné autour du nouveau président, sans jamais l’attaquer de front.

Jimmy Kimmel sur la scène de la 89e cérémonie des Oscars, à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Mark Ralston/AFP)
Jimmy Kimmel sur la scène de la 89e cérémonie des Oscars, à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Mark Ralston/AFP)

« Nous sommes très accueillants envers les étrangers à Hollywood », a-t-il expliqué, un pied de nez au décret migratoire de Donald Trump, aujourd’hui suspendu.

« Nous ne discriminons pas les gens selon leur pays d’origine », mais « en fonction de leur âge et de leur poids », a-t-il plaisanté, en référence notamment au manque de rôles proposés par Hollywood aux actrices d’âge mur.

‘Chance et opportunité’

Six Noirs étaient nommés cette année pour les prix d’acteurs, un record. C’est l’afro-américaine Viola Davis, en robe rouge et en larmes, qui a remporté celui du second rôle féminin.

Elle interprète dans « Fences » une épouse bafouée face à Denzel Washington, à qui elle a lancé un vibrant « oh capitaine, mon capitaine ». Déjà primée aux Emmys et aux Tonys – prix du théâtre – elle a été ovationnée debout.

« La La Land », ode à Los Angeles, partait largement favorite avec le record de 14 nominations. Damien Chazelle, prodige de 32 ans, devient le plus jeune lauréat du prix du meilleur réalisateur.

Emma Stone et son Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans "La La Land", à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Frazer Harrison/Getty Images/AFP)
Emma Stone et son Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans « La La Land », à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Frazer Harrison/Getty Images/AFP)

Emma Stone, qui déploie tout son charme dans cette romance mélancolique, a été couronnée meilleure actrice, battant notamment la française Isabelle Huppert, qui incarne une femme violée dans « Elle ».

« C’est une énorme confluence de chance et d’opportunités » d’avoir joué dans pareil film, « une occasion unique dans une vie » a dit la pétillante rousse de 28 ans aux yeux turquoises.

Nombreuses déclarations politiques

En salle de presse, elle aussi est revenue sur le chaos de la fin de cérémonie : « C’était fantastique d’entendre ‘La La Land’ mais nous sommes tous enchantés pour ‘Moonlight’, je pense l’un des meilleurs films de tous les temps ».

L’Oscar échappe donc à Isabelle Huppert, seul trophée notable qui manque encore à l’impressionnant palmarès de la Française.

Casey Affleck avec son Oscar du meilleur acteur, à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit: Frederic J. Brown/AFP)
Casey Affleck avec son Oscar du meilleur acteur, à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit: Frederic J. Brown/AFP)

Le drame « Manchester by the Sea » est un autre vainqueur : son auteur-réalisateur Kenneth Lonergan a été primé pour son scénario et Casey Affleck a coiffé au poteau Denzel Washington (« Fences ») dans la catégorie meilleur acteur.

Il interprète un homme dépressif soudainement forcé de s’occuper de son neveu et s’affranchit définitivement de l’ombre de son célèbre aîné Ben Affleck, dont il dit avoir « beaucoup appris ».

La soirée a été marquée par de nombreuses déclarations politiques contre le président Donald Trump, en particulier sa politique anti-immigration.

« Le Client », une coproduction française réalisée par l’Iranien Asghar Farhadi, a reçu l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, la deuxième fois qu’un film de ce cinéaste est primé.

Son absence n’en était que plus retentissante : il boycottait la cérémonie pour protester contre le décret migratoire du président Trump visant sept pays musulmans, dont le sien.

Une ingénieure irano-américaine, Anousheh Ansari, a lu, en son nom, une déclaration dans laquelle il explique avoir pris sa décision par « respect pour [ses] concitoyens et ceux des six autres nations qui se sont vus manquer de respect par [cette mesure] inhumaine. »

L'ingénieure Anousheh Ansari, au centre, et l'ancien scientifique de la NASA Firouz Naderi, à droite, accepte l'Oscar pour le meilleur film en langue étrangère au nom de Asghar Farhadi pour "Le Client", à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Kevin Winter/Getty Images/AFP)
L’ingénieure Anousheh Ansari, au centre, et l’ancien scientifique de la NASA Firouz Naderi, à droite, accepte l’Oscar pour le meilleur film en langue étrangère au nom de Asghar Farhadi pour « Le Client », à Hollywood, le 26 février 2017. (Crédit : Kevin Winter/Getty Images/AFP)
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