Morawiecki : les Soviétiques ont aidé les nazis, Moscou réécrit l’Histoire
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Morawiecki : les Soviétiques ont aidé les nazis, Moscou réécrit l’Histoire

Le Premier ministre polonais accuse l'Armée rouge de ne pas s'être saisi de l'opportunité de libérer Auschwitz en 1944

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s'entretient avec les médias à l'issue d'un sommet de l'UE à Bruxelles, le 13 décembre 2019. (AP Photo/Francisco Seco)
Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s'entretient avec les médias à l'issue d'un sommet de l'UE à Bruxelles, le 13 décembre 2019. (AP Photo/Francisco Seco)

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a accusé mardi la Russie d’essayer de « réécrire l’histoire », affirmant que l’Union soviétique avait été « un facilitateur de l’Allemagne nazie », dans la dernière salve d’une guerre de mots sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale entre les deux nations.

Dans un article d’opinion publié sur le site Politico, Mateusz Morawiecki a déclaré que la vie derrière le rideau de fer après 1945 était le début d’une « nouvelle tragédie » pour beaucoup en Europe de l’Est.

« Pour l’Europe occidentale, cette période tragique de l’histoire européenne a pris fin en 1945, avec la défaite du régime nazi allemand. Mais pour de nombreuses nations européennes, la déclaration de paix n’a pas signifié la fin de la tragédie, mais seulement le début d’une nouvelle tragédie », a écrit le Premier ministre.

Le chef du gouvernement polonais a également affirmé que l’Union soviétique « a regardé sans rien faire » pendant les deux soulèvements de Varsovie et ne s’est pas saisi de l’occasion de libérer Auschwitz en 1944.

« L’Union soviétique n’a pas ‘libéré’ Varsovie, comme le prétendent aujourd’hui les autorités russes. L’Armée rouge a regardé les bras croisés la capitale polonaise agoniser. Les deux soulèvements de la ville – le premier dans le ghetto juif en 1943, le second dans l’ensemble de la ville en 1944 – ont été la preuve de l’impitoyabilité des crimes allemands. Mais alors que les habitants de Varsovie attendaient avec espoir de l’aide, Joseph Staline n’a jamais ordonné à l’Armée rouge d’intervenir », a-t-il ajouté.

« Et si l’Armée Rouge a fini par libérer Auschwitz, le camp aurait pu être libéré six mois plus tôt. Au cours de l’été 1944, l’armée soviétique se tenait à 200 kilomètres d’Auschwitz, mais l’offensive fut stoppée, laissant aux Allemands le temps de battre en retraite et d’organiser des marches de la mort jusqu’en janvier 1945. Le sauvetage des Juifs n’a jamais été une priorité pour Staline et l’Armée Rouge ».

Sur cette photo datée de janvier 1945, trois prisonniers d’Auschwitz discutent avec les soldats de l’Armée rouge après la libération du camp de concentration d’Auschwitz par les soviétiques. (Crédit : AP/FILE)

Yehuda Bauer, éminent spécialiste israélien de la Shoah, a indiqué que Morawiecki avait « partiellement raison » dans son évaluation.

« La principale raison pour laquelle l’Armée rouge n’a pas avancé durant l’été 1944 était qu’elle avait progressé trop rapidement depuis le début de son offensive le 22 juin, à des centaines de kilomètres à l’est. Mais oui, ils ne voulaient pas permettre à l’État polonais clandestin de gagner en popularité en participant à une offensive soviétique. En tout cas, la décision soviétique de faire remonter leurs lignes de ravitaillement n’avait rien à voir avec Auschwitz », a confirmé l’historien au Times of Israel.

L’échange d’accusations sur les rôles de Moscou et de Varsovie avant et pendant la Seconde Guerre mondiale a été déclenché lorsque le président russe Vladimir Poutine a attribué à la Pologne et aux puissances occidentales le déclenchement de la guerre.

Poutine a accusé la Pologne d’avoir été de mèche avec Adolf Hitler pendant la guerre. Il a également présenté la Pologne comme un pays antisémite qui a accueilli favorablement les plans du dictateur nazi visant à détruire les Juifs d’Europe.

Le président russe Vladimir Poutine participe à une rencontre des chefs de la Communauté des Etats indépendants CEI à Ashgabat, Turkémistan, le 11 octobre 2019.
(Alexey DRUZHININ / SPUTNIK / AFP)

« Essentiellement, ils étaient de connivence avec Hitler. Cela ressort clairement des documents, des archives », a tancé le chef du Kremlin dans un discours de fin d’année au ministère de la Défense à Moscou.

Dans une déclaration publiée quelques jours plus tard, Morawiecki a rejeté la revendication de Poutine comme étant une distorsion de l’Histoire et a attaqué l’Union soviétique pour son alliance avec l’Allemagne nazie, laquelle a abouti à la division de la Pologne.

Vendredi, le ministère de la Défense russe a accusé le mouvement de résistance polonais ayant organisé le soulèvement de Varsovie en 1944 de « détruire les Juifs ».

Les accusations ont été publiées avec une multitude de documents déclassifiés appelés « Varsovie sous le feu » à l’occasion du 75e anniversaire de la prise de la ville par les forces soviétiques après plus de cinq ans d’occupation par l’Allemagne nazie.

Le ministère polonais des Affaires étrangères a lancé vendredi une campagne de « libération sans liberté » sur Twitter pour marquer cet anniversaire, affirmant que l’arrivée de l’Armée rouge « ne signifiait pas la liberté pour la Pologne ».

Cette semaine, le président Duda s’est retiré d’un événement marquant le 75e anniversaire de la libération par l’Armée rouge soviétique du camp de la mort d’Auschwitz, tandis que Poutine doit se rendre sur place.

Il a expliqué avoir décliné l’invitation à Jérusalem, car il n’aurait pas l’occasion de répondre si son homologue russe utilisait l’événement pour lancer à nouveau des accusations d’antisémitisme contre la Pologne.

Le musée commémoratif de Yad Vashem a indiqué que les orateurs représentent les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale et le pays ayant perpétré la Shoah – l’Allemagne.

La Pologne n’a pas invité Poutine à la commémoration de la libération du camp qu’elle organisera le 27 janvier.

Le conflit entre la Russie et la Pologne est le dernier d’une série d’efforts déployés par les pays pour modifier le récit historique de la guerre et de la Shoah.

L’année dernière, la Pologne a adopté une loi controversée sur le génocide qui a suscité de vives critiques dans le monde et a porté atteinte à ses relations avec Israël, les États-Unis et les groupes juifs du monde entier. Beaucoup craignaient que cette loi, qui interdit les discours accusant la Pologne de complicité dans les crimes nazis – puisque les nazis occupaient le pays, selon les dirigeants polonais – n’entrave l’éducation et la recherche historique sur cette tragédie.

Ce différend a été résolu lorsque la Pologne a assoupli la loi et que Netanyahu et son homologue polonais se sont mis d’accord sur une déclaration commune soulignant l’implication de la résistance polonaise auprès des Juifs. Cela a été considéré comme un coup diplomatique pour la Pologne, mais Netanyahu a dû faire face aux critiques des historiens en Israël, y compris à Yad Vashem, pour avoir accepté une déclaration qui, selon eux, déformait l’Histoire.

Des historiens israéliens de premier plan ont sévèrement critiqué la déclaration commune, arguant qu’elle adopte de manière inexacte le récit polonais de la Shoah, surestimant les efforts du pays pour sauver les Juifs et minimisant les atrocités anti-juives commises par les Polonais.

La crise a été relancée l’année dernière après que Netanyahu a été interrogé par le Times of Israel à Varsovie sur cette entente controversée entre les deux nations. Le Premier ministre a démenti les suggestions selon lesquelles il se livrait à du révisionnisme historique : « Ici, je dis que les Polonais ont coopéré avec les nazis. Je connais l’histoire et je ne la blanchis pas. J’en parle », avait-il réagi.

Il a ajouté qu’un « nombre non négligeable » de Polonais avaient collaboré et a ajouté : « Je ne connais pas une seule personne qui ait été poursuivie pour avoir dit cela ».

Morawiecki a ensuite annulé la participation de Varsovie à un sommet des pays d’Europe centrale à Jérusalem, qualifiant de « raciste » un commentaire du ministre des affaires étrangères israélien, qui a déclaré que les Polonais « tètent l’antisémitisme du sein de leur mère ».

Israel Katz avait déclaré à la radio israélienne que « les Polonais ont participé à l’extermination des Juifs lors de la Shoah ». La Pologne est devenue le plus grand cimetière du peuple juif ».

Le président polonais, Andrzej Duda, s’exprime lors de la 74e session de l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2019, au siège de l’ONU à New York City. (Don Emmert / AFP)

Dimanche, Duda a fait savoir qu’il refuserait de rencontrer M. Katz tant que le chef de la diplomatie israélienne ne s’excuserait pas pour ces commentaires.

« Il y a des Juifs qui sont nés en Pologne avant la Seconde Guerre mondiale et qui ont survécu à la Shoah qui pensent que les Polonais et la Pologne méritent des excuses pour les propos tenus par le ministre Katz », a commenté Andrzej Duda lors d’une interview accordée à la chaîne publique israélienne Kan.

« Je ne doute pas que ces mots étaient très offensants pour nous, Polonais, et pour notre pays », a-t-il ajouté.

Il a insisté sur le fait que la principale commémoration de la libération d’Auschwitz cette année ne se tiendrait pas à Yad Vashem, mais sur le site de l’ancien camp nazi, en Pologne.

« Je pense, et j’ai toujours pensé, que ces événements marquant la Journée internationale de commémoration de la Shoah doivent avoir lieu à Auschwitz, et c’est l’endroit où il est le plus important d’honorer et de commémorer les victimes de la Shoah », a-t-il ainsi fait savoir.

« C’est pourquoi cette année, à l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp, ces manifestations internationales – auxquelles participera d’ailleurs le président israélien Reuven Rivlin – se dérouleront à l’intérieur du camp d’Auschwitz-Birkenau ».

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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