Mort d’Ed Asner, l’inoubliable Lou Grant à la télévision, à 91 ans
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Mort d’Ed Asner, l’inoubliable Lou Grant à la télévision, à 91 ans

Cet acteur prolifique était devenue une star grâce à son rôle de journaliste bourru mais touchant dans "The Mary Tyler Moore Show,’ il avait dit espérer reposer sur le mont Scopus

L'acteur Ed Asner arrive à la 82è cérémonie des Oscars à Hollywood, à Los Angeles, le 7 mars 2010. (Crédit : AP Photo/ Matt Sayles, File)
L'acteur Ed Asner arrive à la 82è cérémonie des Oscars à Hollywood, à Los Angeles, le 7 mars 2010. (Crédit : AP Photo/ Matt Sayles, File)

LOS ANGELES — Ed Asner, acteur gaillard et prolifique devenu une star à la cinquantaine après avoir prêté ses traits au journaliste Lou Grant, un personnage revêche mais touchant, d’abord dans la comédie à succès « The Mary Tyler Moore Show, » puis dans la série « Lou Grant », s’est éteint dimanche. Il était âgé de 91 ans.

L’agent d’Asner a confirmé le décès de l’acteur juif dans un courriel. Par ailleurs, sur le compte officiel Twitter d’Asner, un message a été publié par ses enfants : « Nous avons la tristesse de vous annoncer que notre patriarche bien-aimé est mort paisiblement ce matin. Aucun mot ne peut exprimer le chagrin que nous ressentons. Bonne nuit, papa. Nous t’aimons ».

D’une carrure impressionnante – il avait été joueur de football dans le passé – Asner, aux cheveux rares, était un acteur de cinéma et de télévision peu connu lorsqu’il avait été choisi, en 1970, pour prêter ses traits à Lou Grant dans « The Mary Tyler Moore Show. » Pendant sept saisons, il avait incarné le patron tracassé de la bouillonnante Mary Richards de Moore (il l’appelait « Mary » et elle l’appelait « Monsieur Grant ») dans la newsroom fictive de la chaîne de télévision de Minneapolis où ils travaillaient tous les deux.

Il devait assumer à nouveau le même rôle pendant trois saisons dans la série concentrée autour de son propre personnage, « Lou Grant. »

Le personnage d’Asner avait accroché les téléspectateurs dès le premier épisode de « Mary Tyler Moore, » où il disait à Mary lors de leur toute première rencontre : « Vous avez de la répartie… Je hais la répartie ! ». Le feuilleton s’engoueillissait d’un casting de choix, avec Ted Knight dans le rôle de Ted Baxter, le présentateur du journal d’information incompétent ; Gavin MacLeod dans le rôle de Murray Slaughter, le rédacteur sarcastique ; et Betty White dans le rôle d’une présentatrice manipulatrice et obsédée par le sexe, Sue Ann Nivens. Valerie Harper et Cloris Leachman, dans le rôle des voisines de Mary, avaient eu leur propre série à la suite de « Mary Taylor Moore ».

Asner est le troisième ancien membre du casting de « Mary Taylor Moore » à s’éteindre ces derniers mois. Leachman est mort au mois de février et MacLeod au mois de mars.

White, aujourd’hui âgée de 91 ans, est la seule survivante de l’équipe de comédiens de la série.

« Mary Tayler Moore » était encore une série à succès quand la star avait décidé de se tourner vers d’autres aventures. La série s’était arrêtée à la septième saison, avec un dernier épisode hilarant au cours duquel tous les personnages principaux avaient été renvoyés à l’exception de Baxter.

Asner était immédiatement entré dans « Lou Grant », son personnage quittant Minneapolis pour s’installer à Los Angeles pour devenir rédacteur en chef de l’édition locale de Tribune, un journal engagé placé sous la poigne de Margaret Pynchon, interprétée par la brillante Nancy Marchand.

Asner avait gagné trois Emmy pour le meilleur second rôle dans « Mary Tayler Moore » et deux Emmys dans la catégorie du meilleur acteur pour « Lou Grant ». Il avait aussi été récompensé aux Emmy pour ses rôles dans les mini-séries « Le Riche et le pauvre » (1975-1976) et « Racines » (1976-1977).

Asner, qui avait confié dans le passé qu’il était « trop issu de la bourgeoisie juive » pour jouer des rôles conventionnels, aura tenu plus de 300 rôles et il aura continué sa carrière d’acteur jusqu’à l’âge de 90 ans bien passé dans une grande variété de films et de séries.

En 2003, il avait interprété le père Noël dans le film à succès « Elf ». Il avait incarné le père de John Goodman dans la série « Center of The Universe » qui avait été brièvement diffusée sur CBS et il avait prêté sa voix à Carl Fredricksen, le héros septuagénaire de « Là-haut », le film d’animation de 2009 réalisé par les studios Pixar. Plus récemment, il avait fait des apparitions dans des séries comme « Forgive Me » et « Dead to Me. »

Une éducation orthodoxe

Asner était né dans une famille d’immigrants juifs, de Russie du côté de sa mère (Lizzie) et de Lituanie du côté de son père (Morris). Juifs orthodoxes, ses parents lui avaient donné le prénom hébraïque de Yitzhak.

Asner, en tant que personnage public, était indubitablement juif. En 1981, il avait été en tête d’affiche d’un documentaire sur Pessah, diffusé par PBS et, en 2012, il avait fait une présentation de Hanoukka pour une organisation caritative qui fournissait des animaux d’élevage aux communautés les plus défavorisées. Il avait rejoint les initiatives lancées par Jewish Voice for Peace pour dénoncer l’occupation israélienne de la Cisjordanie.

« Je suis sidéré par les réussites et les accomplissements militaires d’Israël mais pourtant, je m’enorgueillis davantage de l’image juive des Enfants du Livre », avait-il dit au Los Angeles Jewish Journal en 2005, après avoir reçu une distinction pour son activisme qui avait été remise par un groupe juif.

En 2019, Asner avait été le narrateur de « The Tatooed Torah », une version animée du conte pour enfants sur la Shoah. « Cette petite Torah est l’histoire de notre peuple, de nos tatouages », disait Asner dans le conte.

En tant que président de l’organisation Screen Actors Guild (SAG), Asner, un libéral, avait entraîné une controverse politique quand il avait dénoncé l’implication des États-Unis aux côtés des régimes répressifs d’Amérique latine. « Lou Grant » avait payé le prix de cette controverse et il ne s’était pas présenté pour un troisième mandat à la tête de la SAG en 1985.

Asner avait évoqué cette politisation dans un entretien accordé en 2002 en expliquant qu’il avait commencé sa carrière à l’époque de McCarthy et que, pendant des années, il avait eu peur de s’exprimer librement, craignant d’être placé sur liste noire.

Il avait ensuite vu un film de religieuses qui dépeignait les cruautés infligées par le gouvernement du Salvador sur les citoyens.

« Je me suis décidé à dénoncer le fait que notre pays arme et renforce constamment l’armée au Salvador, où les militaires oppriment la population », avait-il déclaré.

L’ancien président de la SAG Charlton Heston et d’autres l’avaient accusé de faire des déclarations anti-américaines et d’abuser de son poste de président du syndicat des acteurs.

« Nous avons même fait l’objet d’alertes à la bombe à ce moment-là. J’avais des gardes armés », s’était souvenu Asner.

L’acteur avait estimé que la controverse avait été responsable de l’arrêt, après cinq ans, de « Lou Grant », même si CBS avait insisté sur le fait qu’un taux d’audience en chute libre était à l’origine de la déprogrammation de la série.

Même si la série était souvent légère, son scénario abordait diverses questions sociales plus profondes qui n’étaient pas abordées dans la majorité des autres feuilletons à l’époque – le phénomène des sans-abris ou l’alcoolisme. Asner était resté politiquement actif le reste de sa vie et, en 2017, il avait publié le livre The Grouchy Historian: An Old-Time Lefty Defends Our Constitution against Right-Wing Hypocrites and Nutjobs.

L’acteur Ed Asner et le personnage Carl Fredricksen arrivent pour la première du film « Là-haut » de Pixar au cinéma El Capitan de Hollywood, le 16 mai 2009. (Crédit : Valerie MACON / AFP / File)

Asner, né à Kansas City, dans le Missouri, en 1929, avait failli devenir journaliste. Il avait fait des études de journalisme à Chicago – jusqu’à ce que l’un de ses professeurs lui dise qu’il y avait peu d’argent à gagner dans cette profession.

Il avait rapidement commencé la comédie, et il avait fait ses débuts dans le rôle du martyr Thomas Becket dans une production universitaire de « Meurtre dans la cathédrale », l’œuvre de T.S. Eliot.

Il avait finalement abandonné les études. Il avait été chauffeur de taxi et avait occupé d’autres petits boulots avant d’être recruté dans l’armée en 1951. Il avait servi au sein du corps de transmission américain en France.

Retournant à Chicago après son service militaire, il avait fait une apparition au sein du Playwrights Theatre Club et de Second City, célèbre troupe satirique qui avait aidé à lancer la carrière de dizaines d’acteurs.

Plus tard, à New York, il avait rejoint « The Threepenny Opera » et il avait donné la réplique à Jack Lemmon dans « Face of a Hero. »

Arrivant à Hollywood en 1961 pour un épisode de « Naked City » à la télévision, Asner avait décidé de rester et il était apparu dans de nombreux films et émissions de télévision, notamment dans le film « El Dorado, », face à John Wayne ; dans « Kid Galahad » et dans « L’habit ne fait pas le moine », tous deux avec Elvis Presley. Il était apparu régulièrement dans la série dramatique et politique « Slattery’s People », dans les années 1960.

Des personnages juifs

Grant prenant de l’âge, un grand nombre de ses personnages avaient adopté une tonalité juive plus explicite, qu’il s’agisse de Joe Danzig, principal épuisé d’un lycée urbain agité dans « The Bronx Zoo, » en 1988, jusqu’à Sid Weinberg, le beau-père abusif du récent reboot de « Karaté Kid », « Cobra Kai. »

Grant a joué la comédie jusqu’à la fin – et le site Internet Movie Database fait encore la liste d’une dizaine de rôles en cours de production, de post-production ou encore en projet. Depuis 2016, il avait fait une tournée dans le pays pour présenter une pièce, « The Soap Myth », dans laquelle il interprétait un survivant de la Shoah. La tournée avait été interrompue pour cause de pandémie de coronavirus.

De gauche à droite: Ed Asner, Liba Vaynberg, Ned Eisenberg et Tovah Feldshuh dans “The Soap Myth” à la synagogue Bnai Jeshurun de New York, le 23 janvier 2019. (Crédit : Diane Bondareff)

Grant avait dit aux journalistes que ses parents pratiquaient une orthodoxie « du MidWest », respectant un grand nombre de lois religieuses mais utilisant la voiture pour se rendre à la synagogue. De manière plus importante, avait-il ajouté, ils lui avaient inculqué la certitude que la pratique du judaïsme était inséparable de l’activisme.

« J’ai été élevé pour croire que rendre à notre communauté est le plus important, que c’est bon et que c’est juste, et que si nous respectons notre foi – parce qu’il faut la respecter – alors nous faisons ce qui est juste », avait-il confié au Jewish Journal.

Comme cela a également été le cas de ses personnages, il avait expliqué en 2012 au Forward qu’il avait éprouvé toute la gamme des sentiments – de l’arrogance à la remise en cause. « L’examen de ce que je suis aurait pu être plus rigoureux », avait-il indiqué. « J’aurais pu avoir plus de courage, m’améliorer, mieux me préparer à l’existence ».

Alors qu’il lui était demandé s’il avait un désir, il avait dit au journal juif : « Je voudrais que mes cendres soient enterrées sur le mont Scopus. »

Il s’était marié deux fois, à Nancy Lou Sykes et à Cindy Gilmore, et il avait eu quatre enfants, Matthew, Liza, Kate, et Charles.

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