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Mouvement anti-Israël sur les campus: des chefs d’universités US devant le Congrès

Les dirigeants de la CUNY, de Georgetown et de Berkeley ont été convoqués devant les députés ; des manifestants ont interrompu les débats aux cris de "génocide"

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

La représentante républicaine de New York, Elise Stefanik, interrogeant les dirigeants universitaires lors d'une audience de la commission de l'Éducation et de la Main-d'œuvre de la Chambre des représentants, au Capitole, à Washington, le 15 juillet 2025. (Crédit : Rod Lamkey, Jr./AP)
La représentante républicaine de New York, Elise Stefanik, interrogeant les dirigeants universitaires lors d'une audience de la commission de l'Éducation et de la Main-d'œuvre de la Chambre des représentants, au Capitole, à Washington, le 15 juillet 2025. (Crédit : Rod Lamkey, Jr./AP)

Des membres du Congrès américain ont interrogé les responsables de trois universités lors d’une audience qui a eu lieu mardi à Washington, DC dans le cadre d’une vaste campagne de répression de l’antisémitisme qui sévit sur les campus, une campagne menée par les républicains.

La commission de l’Éducation de la Chambre des représentants a ainsi interrogé les dirigeants de la City University of New York (CUNY), de l’université de Georgetown et de l’université de Californie à Berkeley. Les membres du panel leur ont posé des questions au sujet du soutien apporté au terrorisme sur leurs campus, évoquant également la présence d’enseignants anti-israéliens et les discriminations à l’encontre des étudiants et personnels juifs.

La commission a organisé toute une série d’audiences consacrées à l’antisémitisme sur les campus depuis le début de la guerre de Gaza – avec notamment une session qui, en 2023, avait entraîné les démissions de Claudine Gay (Harvard) et de Liz Magill (université de Pennsylvanie). Les deux administratrices avaient tergiversé sur les politiques appliquées par leurs institutions face aux appels au génocide des Juifs. L’audience de mardi n’a pas connu de moments particulièrement forts et les trois dirigeants d’université n’ont pas semblé avoir commis de bévues notables.

Parmi les incidents qui ont été évoqués lors de cette audience de trois heures – qui était intitulée « L’antisémitisme dans l’enseignement supérieur : Examen du rôle du corps professoral, des financements et de l’idéologie »- un professeur de la CUNY qui a soutenu l’idée de la « résistance palestinienne indépendamment des moyens employés », un enseignant de Berkeley qui a indiqué qu’il « aurait pu être l’un de ceux qui ont brisé le siège, le 7 octobre » et des étudiants juifs de la CUNY qui ont essuyé des moqueries au sujet du sort réservé aux otages israéliens retenus en captivité à Gaza.

Les chefs des universités ont largement condamné les rhétoriques violentes et antisémites, ils se sont engagés à protéger les Juifs et ils se sont abstenus de discuter des cas individuels sur leurs campus qui ont pu être soulevés.

Ces administrateurs d’université – Félix V. Matos Rodríguez, qui est le chancelier de la City University of New York, Robert M. Groves, qui est le président par intérim de l’université Georgetown à Washington et Rich Lyons, qui est le chancelier de l’Université de Californie à Berkeley – ont tous offert la même définition de l’antisémitisme – la haine ou la discrimination à l’égard des Juifs – et ils ont affirmé qu’il était antisémite de refuser aux Juifs le droit à l’autodétermination.

Félix Matos Rodríguez, chancelier de la City University of New York, témoigne lors d’une réunion de la commission de l’éducation de la Chambre des représentants sur l’antisémitisme, au Capitole, à Washington, DC, le 15 juillet 2025. (Crédit : AP/Rod Lamkey, Jr.)

Lorsqu’il a été interrogé, Rodríguez a raconté que la CUNY avait reçu 68 plaintes pour antisémitisme en 2024, et 16 depuis le début de l’année 2025. Il a déclaré que son institution avait sanctionné 18 étudiants pour haine anti-juive et 25 pour conduite inappropriée lors de manifestations organisées sur le campus au cours des deux dernières années.

Alors qu’il lui était demandé s’il y avait des professeurs antisémites à la CUNY, Rodríguez a répondu : « Nous avons des professeurs qui sont susceptibles d’avoir un comportement antisémite et nous n’avons aucune tolérance pour cela ».

Il a rejeté la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) anti-israélienne lorsqu’il a été interrogé sur le soutien apporté au mouvement par le syndicat des professeurs de l’institution. Le syndicat mène des opérations indépendantes de l’administration et il a été accusé de discrimination par des membres juifs.

« J’ai rejeté BDS et j’ai dit que ce mouvement n’avait pas sa place à la CUNY », a expliqué Rodríguez. Le BDS est interdit par la loi de l’État de New York.

Il s’est abstenu de confirmer si des membres du syndicat avaient été sanctionnés pour antisémitisme. Il n’a pas non plus répondu quand il lui a été demandé si le soutien apporté par le président du syndicat au mouvement BDS était problématique ou si le syndicat avait un problème de haine antijuive.

L’Université de New York est le plus grand réseau universitaire urbain et public des États-Unis, avec plus de 250 000 étudiants qui sont répartis sur des dizaines de campus dans les cinq districts. Le système est accusé de tolérer l’antisémitisme depuis longtemps et il a pris certaines mesures pour lutter contre les discriminations antijuives. Les différents campus fonctionnent de manière semi-indépendante, ce qui rend difficile la mise en œuvre de changements à l’échelle de tout le système.

Des manifestants anti-israéliens ciblent Hillel au Baruch College à New York, le 6 juin 2024. (Crédit : Luke Tress)

La représentante républicaine de New York, Elise Stefanik, a insisté sur le fait que des manifestants avaient raillé des étudiants juifs au Baruch College, qui fait partie du système de la CUNY.

« Les manifestants ont demandé aux Juifs : ‘Où est Hersh ?’, » faisant référence à l’otage Hersh Goldberg-Polin, qui avait été assassiné en captivité peu avant la manifestation.

« Ramenez-les à la maison. Retournez à Brooklyn ! Tous les sionistes sont des terroristes », avaient ajouté les manifestants, des propos rapportés par Stefanik.

« Ce sont des paroles déplorables, et si elles sont en lien avec ce qui s’est passé au Baruch College, sachez qu’une enquête a été menée », a répondu Rodríguez. Certaines manifestations de la CUNY sont organisées sur des terrains publics situés à proximité des campus, où la CUNY n’est pas compétente, ce qui rend difficile de faire appliquer la loi. Rodríguez a également noté qu’il pensait qu’un professeur qui avait crié : « A bas la racaille sioniste ! » n’était plus employé par l’université. Il n’a pas précisé si d’autres professeurs ayant tenu des propos antisémites avaient fait l’objet de mesures disciplinaires.

Les représentants du parti démocrate qui étaient présents lors de l’audience ont affirmé que ces procédures entraient dans le cadre d’une campagne de répression lancée par les républicains à l’encontre de la liberté d’expression et du monde universitaire, et ils s’en sont pris à l’administration Trump qui a réduit les ressources du bureau du ministère de l’Éducation chargé des enquêtes sur les discriminations.

Des manifestants anti-israéliens ont interrompu l’audience à au moins quatre reprises.

Alors que Rodríguez prenait la parole, un protestataire a crié : « Vous avez du sang sur les mains »; « Vous êtes un criminel de guerre génocidaire ».

Lyons a été interrompu par un manifestant qui a hurlé : « Vous êtes complice du génocide des Palestiniens », et dans un autre accès de colère, un deuxième a crié : « Israël brûle des enfants vivants ».

Les militants ont été rapidement expulsés de l’audience.

Le représentant républicain de Floride Randy Fine a dit au dernier manifestant : « Sors d’ici, espèce de minable ».

« Je vous tiens tous pour responsables de cette situation », a déclaré Fine aux dirigeants des universités. « C’est l’attitude que vous avez autorisée sur vos campus qui a fait que ces gens en sont arrivés à penser que c’est acceptable ».

Lyons a été interrogé sur la relation qu’entretient son institution avec Francesca Albanese, une rapporteuse des Nations unies sur la question palestinienne aux nombreux antécédents antisémites – elle a été sanctionnée, cette semaine, par l’administration Trump. Lyons a expliqué qu’Albanese est chercheuse et que si elle était affiliée à son université, cette dernière ne la rémunérait pas. Il a fait remarquer qu’elle n’était par ailleurs guère présente sur le campus.

Lyons a reconnu que la déclaration qui avait été faite par un professeur sur la rupture du « siège, » le 7 octobre, était « une apologie de l’attaque terroriste » commise ce jour-là dans le sud d’Israël, mais il a défendu l’attribution d’un prix à l’enseignant qui, selon lui, est « un éminent universitaire ».

Lyons a également refusé de s’engager à faire preuve de transparence sur les dons étrangers provenant d’États tels que le Qatar. Groves, de Georgetown, a, de son côté, juré d’être transparent sur la provenance des financements étrangers.

Groves a également indiqué que Jonathan Brown, un professeur qui avait déclaré, le mois dernier, qu’il espérait que l’Iran frapperait une base militaire américaine, avait été placé en congé et qu’il ne dirigeait plus le département d’études arabes et islamiques de Georgetown.

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