Mur des cons : Me Goldnadel représentera Robert Ménard et Nadine Morano
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Mur des cons : Me Goldnadel représentera Robert Ménard et Nadine Morano

Le procès de l'affaire dite du Mur des cons, du nom de ce tableau présent dans les locaux du syndicat de la magistrature s'ouvre mardi

Gilles-William Goldnadel. (Crédit : page Facebook)
Gilles-William Goldnadel. (Crédit : page Facebook)

Le « mur des cons » avait suscité un tollé à droite en 2013 : cinq ans après, ce trombinoscope affiché dans les locaux du Syndicat de la magistrature vaut à son ancienne présidente Françoise Martres de comparaître pour injures publiques à Paris à partir de mardi.

« Avant d’ajouter un con, vérifiez qu’il n’y est pas déjà », était-il précisé au côté de dizaines de photos épinglées pêle-mêle sur un panneau d’affichage de ce syndicat classé à gauche : des politiques, essentiellement de droite, mais aussi des magistrats, journalistes, intellectuels…

Les images, filmées au téléphone portable par un journaliste de France 3 le 5 avril 2013, avaient été diffusées le 24 avril suivant sur le site d’Atlantico, déclenchant une vive polémique.

Le Front national et l’UMP s’étaient emparés du sujet pour relancer le débat sur l’indépendance des magistrats, tandis que juges et avocats dénonçaient au contraire une instrumentalisation de l’affaire.

Gala du cinquantenaire de l’AUJF, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Ludovic Boulnois autorisation AUJF)

Depuis, l’ancien président Nicolas Sarkozy, la droite ou le Rassemblement national (RN, ex-FN) ont régulièrement invoqué cette affaire pour dénoncer la partialité supposée de certains magistrats.

Après la diffusion des images, douze plaintes pour injure publique avaient été déposées contre Françoise Martres, 61 ans, qui présidait le syndicat à l’époque.

Neuf proviennent d’élus ou ex-élus Les Républicains (ex-UMP), comme Patrick Balkany, Eric Woerth ou Luc Chatel. Les trois autres plaintes ont été déposées par le RN, le maire de Béziers Robert Ménard (proche du RN) et l’ancien général Philippe Schmitt, qui avait critiqué le « laxisme » de certains juges après l’assassinat de sa fille.

M. Ménard, M. Schmitt, un représentant du RN et l’ex-député LR Guy Geoffroy sont annoncés présents devant le tribunal correctionnel.

La députée du Parlement européen, Nadine Morano, membre de l’aile droite du parti républicains, parle aux médias lors du 4ème Forum parlementaire international sur « Le rôle des parlements pour assurer la sécurité internationale dans les conditions modernes » à Moscou le 1er octobre 2015 (Crédit : AFP PHOTO / VASILY MAXIMOV)

Mais d’autres personnes épinglées sur le « Mur », qui n’avaient pas porté plainte, devraient se constituer partie civile au procès, selon des sources concordantes. Une action pourtant vaine, car trop tardive: le tribunal ne pourra que constater sa prescription.

Ainsi l’avocat Gilles-William Goldnadel a-t-il annoncé qu’il représentera non seulement Robert Ménard, mais aussi Nadine Morano et Philippe de Villiers. Le polémiste Dieudonné devrait également se constituer partie civile.

« Sainte alliance »

Sur le plan juridique, la question du caractère public ou non du trombinoscope devrait être au cœur du procès de Françoise Martres, tout comme la question de la prescription, qui n’est que de trois mois en matière d’injures, et celle de la qualité d' »éditrice » retenue pour la poursuivre.

Le parquet de Paris s’était opposé au renvoi en correctionnelle de la magistrate, considérant notamment que si l’injure était bien publique, il y avait prescription — le délai de prescription courant à partir du moment où les photos ont été affichées.

Le juge d’instruction puis la cour d’appel n’avaient pas suivi ce raisonnement, jugeant que le délai de trois mois ne démarrait qu’au moment où le journaliste de France 3 avait pu filmer le « mur ».

Le tribunal correctionnel de Paris, en janvier 2011 (LOIC VENANCE / AFP)
Le syndicat, qui a toujours affirmé n’avoir jamais souhaité que ce panneau soit rendu public, avait qualifié le mur de « défouloir ».

Mme Martres avait décrit un trombinoscope « fait à une ancienne époque, sous l’ère Sarkozy, où les magistrats étaient attaqués de toutes parts », en assurant qu’il n’avait pas été actualisé depuis sa nomination à la tête du syndicat en décembre 2012.

Elle exerce aujourd’hui au tribunal de Bordeaux.

Son avocat, Antoine Comte, qui dénonce « une procédure totalement artificielle », voit dans ce procès « la sainte alliance de la droite extrême et de la droite républicaine contre le syndicalisme judiciaire ».

« On instrumentalise le droit de la presse pour faire un procès politique », estime-t-il.

Du côté des plaignants, on attend « un moment d’explication important », résume Basile Ader, qui défend les élus Les Républicains. « On ne va pas du tout le présenter comme un combat politique, c’est un problème d’image et de dignité de la justice », assure-t-il.

Le journaliste de France 3 avait été sanctionné par sa hiérarchie pour « manque de loyauté ». Il devrait être entendu mardi.

Le procès doit se tenir jusqu’à vendredi.

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