Mur Occidental : La zone mixte utilisée quotidiennement pour la prière orthodoxe
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Le mouvement Massorti fustige une provocation "politique"

Mur Occidental : La zone mixte utilisée quotidiennement pour la prière orthodoxe

Les étudiants de deux yeshivot de la Vieille Ville amènent des "mehitzot" temporaires pour la centaine d'orthodoxes présents sur le site pourtant prévu pour la prière pluraliste

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Une prière orthodoxe où hommes et femmes sont séparés sur la plateforme de prière pluraliste de l'arche de Robinson au mur Occidental, le 13 juillet 2018 (Autorisation )
Une prière orthodoxe où hommes et femmes sont séparés sur la plateforme de prière pluraliste de l'arche de Robinson au mur Occidental, le 13 juillet 2018 (Autorisation )

Des douzaines d’étudiants orthodoxes de yeshivot organisent des services de prières où hommes et femmes sont séparés au mur Occidental dans un espace spécifiquement consacré, selon une décision gouvernementale, à la prière égalitaire et pluraliste, a établi le Times of Israel. Ce lieu est l’un des espaces les plus sensibles politiquement dans le monde juif.

Les prières se déroulent sur un site connu sous le nom d’Arche de Robinson, au sud de la place principale. La tenue de services non-orthodoxes à cet endroit adjacent au mur Occidental est autorisée depuis l’an 2000.

Chaque jour, dans la plus grande des deux plateformes égalitaires en plein air, les étudiants de la yeshiva Ateret Yerushalayim de Jérusalem amènent une « mehitza » — qui sert à séparer les hommes des femmes – pour la brève prière du minha de l’après-midi.

Une source a fait savoir au Times of Israel que les étudiants avaient choisi spécifiquement cette prière de manière à ne pas interférer avec le service de prière égalitaire qui a lieu, à l’ordinaire, le matin.

A d’autres occasions – comme lors du Shabbat, de la période de fête d’une semaine de Souccot et de Pessah, ainsi qu’au cours des matinées marquant le nouveau mois hébraïque – les étudiants d’Ateret Yerushalayim sont rejoints par ceux de la Yeshivat HaKotel, située dans le quartier juif de la Vieille Ville. Ces jours de culte festif, c’est la Yeshivat HaKotel qui apporte la paroi de séparation. Une assistance de 100 personnes peut alors se réunir, a appris le Times of Israel.

Le prière de ces yeshivot est organisée sur le site en signe de protestation contre un plan gouvernemental qui prévoit la construction d’un important pavillon de prière égalitaire là-bas.

Dans le cadre d’une initiative controversée jusqu’au sein de son propre parti du Likud, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a vivement recommandé l’édification de ce pavillon, en partie pour tenter de combler le fossé avec la communauté juive de la diaspora dont la vaste majorité n’est pas orthodoxe.

Une hydre moderne

Le conflit en cours à l’arche de Robinson est, d’une certaine manière, une créature aux multiples têtes fabriquée par le gouvernement : Le secteur est administré par la compagnie chargée de la reconstruction et du développement du quartier juif, qui a été formé par le gouvernement en 1968. La même société est la propriété de l’Etat d’Israël par le biais des ministères des Finances et de la Construction, qui nomment son conseil d’administration, selon son site internet.

L’initiative visant à faire construire un pavillon permanent a entraîné la colère d’un grand nombre de personnes issues du camp religieux national, dont certains n’ont cessé au cours des deux dernières années de protester en priant – avec une « mehitza » portable pour séparer les hommes et les femmes – sur la plate-forme réservée à la prière mixte, selon Oren Henig, porte-parole de l’organisation Liba, qui travaille en faveur du renforcement de l’identité juive orthodoxe d’Israël.

Plusieurs leaders juifs des mouvements réformé et conservateur américain ont vu la « mehitza » utilisée sur la plate-forme lorsqu’ils se sont récemment rendus dans la zone durant les services de Rosh Hodesh, le nouveau mois hébraïque.

Voyant les hommes et les femmes prier là-bas séparément, les Juifs libéraux ont exprimé leur déception que ce périmètre spécifique consacré à la prière pluraliste soit utilisé d’une manière rendant gênante – voire impossible – une prière mixte réunissant les deux sexes. Lorsqu’un groupe important se recueille sur cette partie du site, un secteur plus petit et moins contigu est bloqué pour les autres groupes.

La zone destinée au pavillon égalitaire se trouve actuellement dans un no-man’s land confessionnel. Il n’y a encore aucun document ou accord officiel disant que le site ne doit être utilisé que pour la prière égalitaire, même si ce langage a été présent dans plusieurs audiences consacrées à ce sujet, a fait savoir au Times of Israël l’avocat Orly Erez-Lachovsky.

Erez-Lachovsky est à la tête du département légal du centre d’action religieuse d’Israël et il représente les Juifs libéraux et le groupe des Femmes du mur dans leur combat pour que le gouvernement mette en vigueur une décision prônant la construction d’une plate-forme permanente de prière à l’Arche de Robinson – une décision prise en 2016 et actuellement gelée.

Au mois de mars 2018, le procureur-général Avichai Mandelblit a établi dans une réponse à la Haute cour de justice que l’arche de Robinson ne devait pas être placée sous la juridiction du grand rabbinat et que le site devait être administré par le biais du bureau du Premier ministre. Actuellement, le conseiller spécial de Netanyahu, Ronen Peretz, est chargé de former une commission et de superviser la planification et les futurs développements qui auront lieu sur le site.

Les Femmes du mur au mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, le 27 février 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Toutefois, depuis l’an 2000, le mouvement massorti israélien, analogue au mouvement conservateur aux Etats-Unis, a été continuellement présent sur le site et il est chargé d’administrer les événements privés, comme les bar mitzvas. Deux fois par semaine, les étudiants de sa yeshiva y organisent les services du matin.

Le principal avocat du mouvement massorti, Yizhar Hess, a condamné l’usage de la plateforme égalitaire Ezrat Yisrael pour des prières orthodoxes où hommes et femmes sont séparées, le qualifiant de « provocation ».

« Le procureur général a établi qu’on ne peut plus faire n’importe quoi. C’est un droit constitutionnel de prier de manière égalitaire aux abords du mur Occidental et les tentatives visant à faire disparaître cette prière égalitaire, à la circonscrire, à s’en moquer ou à la réprimer sont incompatibles avec le droit à la liberté de religion », a commenté Hess auprès du Times of Israel.

Une prière orthodoxe où hommes et femmes sont séparés sur la plateforme pluraliste de prière du mur Occidental, le 13 juillet 2018 (Autorisation)

Le lieu, le lieu, le lieu

Le mur Occidental est vénéré par les Juifs comme vestige d’un mur qui soutenait le complexe du Second temple, détruit par les Romains en l’an 70 de l’ère commune. Parce que la prière sur le mont du Temple lui-même est interdite aux Juifs au sein de l’Etat d’Israël, à l’exception des tunnels du temple, le mur Occidental (ou Kotel en hébreu) est l’endroit le plus proche de l’ancien temple où les Juifs peuvent se livrer au culte.

L’arche de Robinson a été délimitée pour la prière égalitaire dans un dossier présenté à la Haute-cour de justice, en l’an 2000, à l’issue de plusieurs décennies de négociations et de batailles judiciaires. Une petite plate-forme a été édifiée dans le coin du parc adjacent au mur en 2003.

Une plate-forme « temporaire » plus large, de 450 mètres-carrés, appelée Ezrat Yisrael, a été ajoutée au mois d’août 2013 après des années de conflit au mur Occidental entre les fidèles orthodoxes et ultra-orthodoxes et l’organisation des Femmes du mur, qui se réunit tous les mois pour lire la Torah et pour prier.

Evoquant sa construction, le ministre de Jérusalem de l’époque, Naftali Bennett _ qui dirige le parti HaBayit HaYehudi, largement national-religieux – avait décrit cette nouvelle plate-forme comme un « lieu de culte provisoire mais essentiel pour les services de prière juifs égalitaires et pluralistes ».

Son usage en tant qu’espace mélangeant hommes et femmes est condamné par certains leaders orthodoxes et ultra-orthodoxes qui refusent « d’octroyer un statut au mouvement réformé le long des vestiges de notre temple », selon Liba.

« Ce sont les milliers de fidèles, hommes et femmes, qui sont venus prier au cours des deux dernières années et qui l’ont fait dans la section sud du mur Occidental [arche de Robinson] avec une paroi [séparant les deux sexes], qui montre la préférence naturelle du type de prière souhaitable au mur Occidental aux yeux de la majorité silencieuse de la nation, en opposition avec les mouvements réformés qui utilisent le mur comme un outil politique et le laissent désert », a expliqué le porte-parole Henig.

« Selon les jugements du grand-rabbinat pour les générations à venir, le caractère sacré du mur Occidental doit être préservé sur toute sa longueur pour maintenir l’unité du mur Occidental et l’unité de la population », a-t-il ajouté.

Shlomo Amar, grand rabbin de Jérusalem, au mur Occidental, le 14 juin 2016. (Crédit : capture d’écran Ynet)

Une solution à ce problème qui divise le peuple juif met du temps à trouver un exutoire : Des négociations avaient bien commencé en 2012 pour tenter de trouver un compromis sur le conflit en cours au mur Occidental pour l’organisation des cultes des Femmes du mur et des mouvements libéraux.

Le gouvernement avait annoncé une décision à trois volets au mois de janvier 2016 qui prévoyait une entrée conjointe pour toutes les sections du mur Occidental, une plateforme de prière pluraliste plus large (qui aurait permis l’installation d’une « mehitza » temporaire une fois par mois) et l’établissement d’un conseil de supervision formé de représentants de la communauté juive libérale et du bureau du Premier ministre.

Le 25 juin 2017, cette décision avait été gelée mais Netanyahu avait promis à la communauté juive de la diaspora qu’il mettrait encore en oeuvre la construction d’une plate-forme permanente à la place de celle, temporaire, qui avait été édifiée par Bennett. La finalisation de ce plan avait rencontré des obstacles mais l’Autorité des antiquités israéliennes a toutefois lancé des travaux là où devrait se tenir la nouvelle entrée de la plateforme de prière.

Un petit projet archéologique supervisé par l’Autorité israélienne des antiquités qui est actuellement mené sur la section de prière égalitaire de l’arche de Robinson, à proximité du mur Occidental, au mois d’avril 2018 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ToI)

Hess, du mouvement massorti, qui soutient la construction d’une plate-forme permanente de prière, a dit qu’il y avait eu de nombreuses tentatives de la part « d’éléments extrémistes » qui tentent de créer des provocations en intervenant dans les prières sur le site. Ils marquent leur présence par le biais de prières où hommes et femmes sont séparés sur la place et perturbent les services et les cérémonies égalitaires, explique-t-il.

« Contrastant avec leurs initiatives qui visent à nous harceler, nous sommes témoins d’une hausse constante du nombre de visiteurs et de familles désireuses de faire un service égalitaire ici », ajoute Hess.

Les escaliers menant à la plateforme de prière pluraliste de l’arche de Robinson dans les ruines du parc archéologique Davidson au mur Occidental (Crédit : Amanda Borschel-Dan/ToI)

Plaidoyer pour la tolérance – pour les deux parties

Selon le rabbin massorti Sandra Kochmann, qui supervise la gestion des événements sur le site, les services de prière organisés par la Yeshivat Ateret Yerushalayim sont une action politique pour protester contre la plate-forme mixte au mur Occidental.

Et pourtant, « il y a de nombreuses familles orthodoxes qui organisent des événements avec nous, et les hommes et les femmes se tiennent de chaque côté, sans mehitza physique », a dit Kochmann, qui accueille des familles issues de tous les courants juifs sur le site.

« Les livres de prière et les rouleaux de Torah appartiennent ici au mouvement massorti, et nous sommes heureux de rendre service à tous ceux qui sont désireux de prier en ces lieux », a ajouté Kochmann.

Il y a de nombreuses familles orthodoxes qui organisent des événements avec nous et les hommes et les femmes se tiennent de chaque côté, sans mehitza physique

La Yeshivat Ateret Yerushalayim, dont les étudiants se rassemblent quotidiennement sur le site pour prier, se trouve dans le quartier musulman de la Vieille Ville et elle est affiliée à l’organisation religieuse d’extrême-droite Ateret Cohanim organization. Elle est dirigée par Beit El Rabbi Shlomo Aviner, l’une des voix prédominantes du mouvement religieux national.

Dans une récente chronique écrite pour le site médiatique religieux en hébreu Srugim, en amont des flambées entre les Femmes du mur et les ultra-orthodoxes lors de services de prière organisés au mur Occidental, Aviner avait mis en garde contre les violences et le manque de respect, appelant des milliers de fidèles à venir au mur Occidental à toutes les heures pour y prier avec dévotion.

Rabbi Shlomo Aviner, head of the Ateret Cohanim yeshiva in Jerusalem (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)
Le rabbin Shlomo Aviner, qui dirige la yeshiva Ateret Cohanim à Jérusalem (Crédit photo: Yossi Zamir / Flash90)

Il avait écrit : « Sachez que ce n’est pas par la force que nous gagnerons des combats spirituels, mais plutôt avec nos âmes. Tout cela ne sera pas déterminé pas par les membres laïcs de la Knesset, ni par l’argent du nouveau fonds israélien, si destructeur, ni avec le soutien du mouvement réformé en Amérique. Tout cela sera emporté par le vent ».

« Les projets que forme le coeur dépendent de l’homme, Mais la réponse que donne la bouche vient de Dieu », avait écrit Aviner, citant le verset 19:21 des Proverbes.

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