Netanyahu à la police : « vous attraperez, peut-être tuerez » des criminels arabes
Rechercher

Netanyahu à la police : « vous attraperez, peut-être tuerez » des criminels arabes

"Netanyahu et la droite ne peuvent pas être nos partenaires !", gronde le député de la Liste arabe unie Youssef Jabareen, dans son fief d'Umm al Fahm

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre des officiers supérieurs de la police, le 17 mars 2020. (Capture d'écran).
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre des officiers supérieurs de la police, le 17 mars 2020. (Capture d'écran).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré mercredi à des policiers de haut rang qu’ils pourraient avoir besoin « de tuer certaines » figures du crimes organisé dans la communauté arabe, lors d’une réunion à ce sujet.

Le Premier ministre s’est exprimé lors d’une réunion avec de hauts responsables des forces de l’ordre chargés de lutter contre les crimes violents dans la communauté arabe, selon le quotidien Haaretz.

« Il y a un moment dans une bataille où vous brisez la volonté de l’ennemi de se battre, où vous brisez son esprit », a-t-il déclaré dans une vidéo de l’événement à Tuba-Zangariyye.

« Vous allez attraper, incarcérer, peut-être tuer certains d’entre eux, et le reste se dispersera lorsqu’ils réaliseront que la bataille est perdue », a déclaré Netanyahu.

« Je veux que vous continuiez à dire aux organisations criminelles : pour qui vous prenez-vous ? Nous allons apporter toute la puissance de l’État d’Israël, et toute la technologie. Nous vous combattrons par une guerre d’usure », a déclaré Netanyahu.

Les Arabes israéliens se disent victimes de discrimination par rapport à la majorité juive et fustigent le laxisme de la police et des autorités pour les protéger et enquêter sur ces violences.

Selon l’Initiative Abraham, un groupe de la société civile qui promeut la cohésion sociale entre Arabes et Juifs en Israël, 24 Arabes ont été tués dans le pays cette année.

La criminalité et la violence intracommunautaire qui minent la minorité arabe, 20 % de la population israélienne, est au coeur de la campagne des législatives du 23 mars, les quatrièmes en moins de deux ans.

Tous les vendredis depuis des semaines, ils sont des centaines à manifester devant le commissariat d’Umm al Fahm.

Les manifestants dans les rues d’Umm al-Fahm protestent contre l’incapacité présumée de la police à lutter contre le crime organisé et les violences dans les communautés arabes, le 5 mars 2021. (Crédit : Liste arabe unie)

Contactée par l’AFP, la police israélienne dit « travailler jour et nuit » pour arrêter les auteurs de ces crimes et avoir saisi des « milliers » d’armes en 2020.

« Personne ne sait qui a tiré, ni pourquoi », explique Abdelrazak Adas, le père de Mohammed Adas à l’AFP. « Ce que je sais, c’est que la police est à 20 mètres d’ici et que si mon fils était juif, il y aurait des hélicoptères partout ». Mohammed Adas était sorti chercher des pizzas avec son ami Moustapha quand ses parents ont entendu des coups de feu. Dans la rue, son père découvre d’abord Moustapha, 12 ans, étendu au sol et grièvement blessé. Il trouvera son fils 20 minutes plus tard, baignant dans une flaque de sang à quelques mètres de chez lui.

À l’approche des législatives, Kifah Aghbaria, 39 ans, qui a perdu quatre membres de sa famille l’année dernière, ne croit pas un mot des promesses du Premier ministre, qui mène une opération séduction inédite auprès des Arabes israéliens, en ayant promis de « gagner » la « guerre » contre « la criminalité » dans les villes arabes du pays.

Aux dernières élections, en mars 2020, la Liste arabe unie avait récolté un nombre record de sièges à la Knesset. Mais depuis, cette coalition de quatre partis n’en compte plus que trois, le mouvement islamiste du député Mansour Abbas ayant décidé de quitter le navire.

Abbas s’est attiré les foudres d’une partie de la minorité arabe après s’être dit « prêt » à travailler avec Netanyahu pour lutter contre les violences.

Le député de la Liste arabe unifiée Youssef Jabareen s’entretient avec l’AFP lors d’une interview dans sa ville natale Umm al-Fahm, le 30 janvier 2020 (AHMAD GHARABLI / AFP)

« Netanyahu et la droite ne peuvent pas être nos partenaires ! », gronde le député de la Liste arabe unie Youssef Jabareen, dans son fief d’Umm al Fahm.

« Il essaye d’une manière ridicule d’obtenir de l’aide de la communauté arabe, comme si nous ne nous rappelions pas qu’il est responsable de lois et de politiques racistes », dit-il, faisant référence à la loi de l’Etat nation (2018) qui retire entre autres à l’arabe son statut de langue officielle aux côtés de l’hébreu.

Pour combattre la criminalité, le gouvernement a débloqué début mars 150 millions de shekels pour une campagne d’information sur la violence, créer une unité spéciale, saisir les armes illégales, construire et agrandir des commissariats dans les secteurs arabes.

« La question n’est pas de créer davantage de postes de police mais de changer les politiques vis-à-vis des Arabes », déplore M. Jabareen, évoquant un chômage supérieur à la moyenne nationale au sein de la communauté arabe qui expliquerait en grande partie la flambée de violences.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...