Netanyahu accepte des primaires au Likud d’ici 6 semaines
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Netanyahu accepte des primaires au Likud d’ici 6 semaines

Alors que Nir Barkat a re-prêté allégeance au Premier ministre et s'est querellé publiquement avec Gideon Saar, le Premier ministre a refusé de dire s'il recherchera l'immunité

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un rassemblement du Likud à Tel Aviv, le 17 novembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un rassemblement du Likud à Tel Aviv, le 17 novembre 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, actuellement en grandes difficultés, devrait être défié à la tête de son parti dans les semaines à venir dans un contexte d’opposition, au sein du Likud, contre son autorité et ce alors qu’il vient d’être mis en examen dans trois dossiers pour corruption.

Dimanche soir, Netanyahu a accepté la demande formulée par les membres de son parti – et sous la houlette de son principal rival dans les rangs de la formation, Gideon Saar – d’organiser de nouvelles primaires à la direction du Likud. Dans des discussions, dimanche, avec le député Haim Katz, qui préside le comité central du mouvement, Netanyahu a accepté le principe de primaires qui se tiendront dans les six semaines à venir.

Selon la Douzième chaîne, tandis que le Premier ministre « n’avait pas exclu » d’accepter l’appel de Saar à organiser l’élection à la tête du Likud dans les 17 jours à venir – ce qui permettrait d’éviter un scrutin général – ce scénario était toutefois considéré comme improbable, a noté le reportage.

Saar avait réclamé des élections anticipées pour permettre au vainqueur des primaires d’avoir une opportunité de tenter de former une coalition, écartant ainsi le spectre d’un troisième scrutin consécutif dans le pays.

L’annonce faite par le procureur-général Avichai Mandelblit dans la journée de jeudi – une annonce qui a fait l’effet d’une bombe – de la mise en examen du Premier ministre a entraîné une onde de choc dans les rangs du parti du Likud. C’est le premier défi sérieux posé à la présidence de Netanyahu depuis que feu le dirigeant de la formation, Ariel Sharon, l’avait quittée pour former Kadima, laissant Netanyahu à la barre.

C’est aussi la première fois de toute l’histoire d’Israël qu’un Premier ministre en exercice doit répondre d’accusations criminelles, faisant planer une ombre sur Netanyahu – Premier ministre resté le plus longtemps à ses fonctions depuis la fondation de l’Etat – et sur ses tentatives destinées à conserver le pouvoir.

Netanyahu a cherché à se montrer optimiste lors d’une visite effectuée sur la frontière nord, dimanche, insistant sur le fait que ses déboires judiciaires n’entravaient pas sa capacité à diriger l’Etat juif.

« Je fais tout ce qui est nécessaire pour garantir que le travail du gouvernement et du cabinet est fait de toutes les manières possibles pour assurer la sécurité des citoyens d’Israël », a-t-il dit à un journaliste.

Il a martelé faire son devoir « de la meilleure façon possible, motivé par mon extrême attachement à la sécurité d’Israël » et que « mes jugements sont des jugements de fond et les décisions que j’ai été amené à prendre ont été très bonnes ».

Alors qu’un journaliste lui demandait s’il réclamerait l’immunité parlementaire pour éviter les poursuites – ce qu’il aurait recherché pendant longtemps, même s’il a régulièrement démenti s’y intéresser – il a refusé de répondre.

« Eh bien, là, vous me posez des questions qui sont bien plus compliquées », a-t-il répondu au journaliste, lui tapotant le bras avant de s’éloigner.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre de la Défense Naftali Bennett lors d’une visite sur la frontière nord du pays, le 24 novembre 2019 (Crédit : Haim Tzach/GPO)

La situation politique de Netanyahu est devenue particulièrement fragile depuis l’annonce de Mandelblit. Il a juré de rester à ses fonctions et de se battre contre ce qu’il a qualifié être des enquêtes « sales » et « partiales » et il a accusé les enquêteurs de police et les procureurs de « tentative de coup d’Etat ».

Pour sa part, alors que Netanyahu et le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, ont échoué à rassembler une coalition suite aux élections du mois de septembre, la Knesset se trouve actuellement au coeur d’une période de 21 jours – elle s’achèvera le 11 décembre à minuit – au cours de laquelle tout candidat recevant le soutien d’au moins 61 députés pourra se voir chargé de tenter de former un nouveau gouvernement.

Le cas échéant, de nouvelles élections seront organisées et Netanyahu a clairement établi qu’il avait bien l’intention de s’y présenter. Ce scrutin pourrait néanmoins générer des résultats très similaires aux deux votes nationaux qui ont déjà eu lieu, cette année.

L’idée de nouvelles élections avec à leur tête un chef de parti sur le point de faire l’objet d’une mise en examen officielle a mené certains leaders du Likud à exprimer – anonymement – leur frustration face au refus de Netanyahu de s’écarter.

Le député du Likud Gideon Saar pendant la conférence de la Television News Company israélienne à Tel Aviv, le 5 septembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Si Netanyahu empêche des Primaires en temps et en heure pour des raisons techniques, il ne devra pas être surpris si quelqu’un d’autre, au sein du Likud, obtient soudainement 61 signatures », a déclaré un ministre du Likud qui a conservé l’anonymat à la Douzième chaîne.

Suite à une information disant que Mandelblit devrait émettre rapidement un avis juridique formel sur la capacité de Netanyahu, sous le coup d’une inculpation, à être chargé de la formation d’une coalition, la Douzième chaîne a précisé, dimanche, que le procureur-général ne prévoyait pas de s’exprimer sur cette question dans l’immédiat.

Répondant aux interrogations des médias, des sources proches de Mandelblit ont fait savoir qu’il ne donnerait son avis sur la question que dans l’hypothèse où Netanyahu devait rafler le soutien d’une majorité de députés pour former un gouvernement avant la date-butoir du 11 décembre et qu’il n’avait, le cas échant, « pas l’intention de se pencher sur des questions qui ne se poseront peut-être pas ».

Pour sa part, la Treizième chaîne a noté qu’en cas de nouveau scrutin avec Netanyahu à la barre du Likud, Mandelblit et le président Reuven Rivlin devraient tous deux donner leur positionnement sur le sujet, le public devant être informé si un éminent candidat ne sera pas en mesure de former, en définitive, un gouvernement.

Il y a eu, dimanche, une querelle publique intense entre Gideon Saar et l’ancien maire de Jérusalem Nir Barkat – qui est aujourd’hui législateur du Likud et considéré comme un remplaçant possible de Netanyahu lui-même. Ce dernier s’est placé fermement dans le camp de la défense du Premier ministre, dans l’après-midi, lorsqu’il a déclaré que l’appel lancé par Saar à des Primaires « n’est pas innocent » mais plutôt « une initiative visant à écarter le président de parti et Premier ministre élu, à contourner les procédures constitutionnelles de la formation en méprisant complètement la volonté des membres du Likud ».

Barkat lui-même avait demandé, dans la journée, un plan pour organiser des primaires qui auraient servi à désigner un adjoint au chef du Likud qui serait susceptible de remplacer Netanyahu si ce dernier était dans l’obligation de se mettre en congé pour une période indéterminée pour gérer ses déboires judiciaires.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2G) vu avec le maire de Jérusalem Nir Barkat (C) et le ministre de Jérusalem Zeev Elkin (D) lors d’une réunion spéciale du cabinet à Jérusalem le 2 juin 2016. (Marc Israel Sellem/POOL)

Barkat a indiqué soutenir Netanyahu en disant que « nous devons le défendre » et il a accusé les députés anti-Netanyahu du Likud de « coordonner très ouvertement des messages avec des membres de la Knesset issus de l’aile gauche, de tenter de persuader des législateurs du Likud de faire désertion et d’établir un gouvernement de gauche ».

En réponse, Saar a fait une déclaration notant que Barkat, dans le passé, avait été membre du parti centriste Kadima.

« Alors que je me battais pour un Likud qui n’avait que 12 sièges [après les élections à la Knesset de 2006], Barkat buvait le champagne au quartier-général du parti Kadima auquel il appartenait », a écrit Saar sur Twitter. Il a ensuite accusé Barkat de mener une « campagne d’incitations » à son encontre.

« Barkat, écoutez : On ne peut pas acheter les membres du Likud avec de l’argent, ou un poste de leadership avec des va-et-vient et des clins d’oeil », a ajouté Saar, s’adressant au millionnaire du secteur high-tech.

Un grand nombre de hauts-responsables du Likud, et notamment le président de la Knesset Yuli Edelstein et le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, ont étrangement gardé le silence depuis jeudi, refusant de répondre aux questions directes des journalistes.

Le procureur-général Avichai Mandelblit lors d’une conférence de presse au ministère de la Justice de Jérusalem, annonçant sa décision de mettre en examen le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans les Affaires 1000, 2000 et 4000 (Crédit : Hadas Parush/FLASH90)

S’exprimant sous couvert d’anonymat, certains ministres du Likud ont fait connaître leur malaise dans la journée de dimanche, déplorant auprès du site Ynet que les conseillers de Netanyahu leur aient demandé de prendre ouvertement position contre les procureurs de l’Etat.

Selon le site, le bureau de Netanyahu a demandé aux députés et aux ministres du cabinet du Likud de se rendre à un rassemblement organisé mardi au musée de Tel Aviv qui comprendra des appels à enquêter sur les procureurs ayant pris en charge les dossiers de corruption à l’encontre de Netanyahu pour d’éventuels actes répréhensibles et qui inclura également des critiques du procureur-général.

Un grand nombre d’entre eux ont fait savoir qu’ils seraient absents et certains ont indiqué qu’ils y assisteraient en gardant un sentiment de malaise.

« Mais quel est l’intitulé de ce rassemblement ? », s’est ainsi interrogé un haut-responsable du parti, selon Ynet. « On nous demande d’assister à une manifestation qui comprendra des critiques avec lesquelles nous sommes en désaccord à l’encontre des procureurs et du procureur-général. On nous parle d’un ‘coup d’Etat’. Mais ça ne plaît pas à tout le monde », a-t-il expliqué.

« Le fait qu’il nous soit demandé d’y aller et que notre refus soit considéré comme un geste de déloyauté est tordu », a-t-il regretté.

Les partisans du Premier ministre Benjamin Netanyahu manifestent aux abords du musée de Tel Aviv, le 9 novembre 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Un autre responsable du Likud s’est montré encore plus direct.

« Je peux critiquer les procureurs mais il y a un gouffre entre ça et accuser Mandelblit d’avoir piégé Netanyahu ou dénoncer un coup d’Etat en cours », a-t-il dit.

La ministre de la Culture Miri Regev, pour sa part, a été l’une des quelques personnalités à faire part de son plein soutien à Netanyahu, dimanche, disant à la Douzième chaîne qu’elle était certaine que la formation appuyait encore le Premier ministre et que « s’il y a des primaires, c’est Netanyahu qui l’emportera ».

Mais ce n’est pas le « bon moment » pour organiser des primaires, a-t-elle averti.

Un éminent ministre du Likud, le ministre des Affaires étrangères, Israel Katz, a rejeté les rumeurs affirmant qu’il figurait parmi les ministres ayant évité d’afficher un soutien total à Netanyahu.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aux côtés du ministre des Affaires étrangères Israel Katz et du secrétaire de cabinet Tzachi Braverman lors d’une réunion du cabinet à Jérusalem, le 13 novembre 2019 (Crédit : RONEN ZVULUN / POOL / AFP)

« Il y a eu une tentative des médias de détourner la réalité en me mettant dans la liste de ‘ceux qui ont gardé le silence’, » a déploré Katz dans un post publié sur Twitter. « Depuis le début, j’ai exprimé mon soutien sans réserves au Premier ministre Benjamin Netanyahu comme candidat du Likud au poste de Premier ministre s’il y a de nouvelles élections à la Knesset, ainsi que mon opposition aux tentatives de la mettre à l’écart par le biais de primaires anticipées ».

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