Netanyahu accuse l’Égypte « d’emprisonner » les Gazaouis dans la bande
Le Caire a annoncé qu'il bloquera le "déplacement" des Gazaouis, évoquant un génocide, après que le Premier ministre a dit qu'il laisserait ceux qui souhaitent quitter la bande, le faire via Rafah

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé vendredi l’Égypte « d’emprisonner contre leur gré les habitants de Gaza qui souhaitent quitter une zone de guerre ». Cette déclaration faite par le cabinet du Premier ministre a suivi les critiques proférées par Le Caire à l’encontre de Netanyahu, qui avait fait savoir jeudi qu’il laisserait les Gazaouis quitter la bande de Gaza par le poste-frontière de Rafah s’ils le souhaitaient – mais qu’ils seraient bloqués par l’Égypte de l’autre côté.
Le ministère égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a exprimé sa « condamnation la plus vive » des propos tenus par le chef du gouvernement israélien lors d’un entretien qui a été accordé jeudi à « Abu Ali Express », une chaîne populaire consacrée aux affaires arabes sur l’application de messagerie Telegram.
« Les propos attribués à Netanyahu concernant le déracinement des Palestiniens de leurs terres, notamment via le poste-frontière de Rafah, constituent une tentative dont l’objectif est de prolonger l’escalade et l’instabilité, avec le désir d’éviter de devoir affronter les conséquences des violations israéliennes qui ont été faites à Gaza », selon un communiqué égyptien.
En réponse, le bureau de Netanyahu a déclaré que le Premier ministre « parlait du libre arbitre de chaque individu dans le choix de son lieu de vie. C’est un droit humain fondamental à tout moment et en particulier en temps de guerre ».
Vendredi également, Abdelatty a déclaré aux journalistes rassemblés à Chypre que l’Égypte ne tolérerait pas le déplacement massif des Gazaouis et il a de nouveau accusé Israël de « génocide ».
« Le déplacement ne sera jamais une option, c’est une ligne rouge pour l’Égypte et nous ne le permettrons pas », a commenté le ministre égyptien des Affaires étrangères.
« Tout déplacement signifiera la liquidation et la fin de la cause palestinienne, et il n’y a aucun fondement juridique, moral ou éthique justifiant l’expulsion de personnes de leur patrie », a-t-il ajouté.
« Ce qui se passe sur le terrain dépasse largement l’imagination. Un génocide est en cours, avec des massacres de civils et une famine artificielle qui a été créée par les Israéliens », s’est insurgé le chef de la diplomatie égyptienne.
Le Qatar, qui, comme l’Égypte, fait office de médiateur dans les négociations entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas sur la finalisation d’un cessez-le-feu au sein de l’enclave – accord qui ouvrirait la porte à la remise en liberté des otages – a également condamné vendredi les propos de Netanyahu « s’agissant de son désir de déplacer les Gazaouis, un désir qu’il considère comme un prolongement de l’approche qui a été adoptée par l’occupation et qui vise à violer les droits du peuple palestinien frère ». Il a dénoncé « le mépris », par Israël, « du droit international et des accords internationaux, et ses efforts néfastes dans le but de bloquer les chances de paix, en particulier dans le cadre de la solution à deux États ».
Israël rejette catégoriquement les accusations qui laissent entendre que l’État juif provoquerait la famine à Gaza et qu’il y commettrait un « génocide », affirmant que le pays s’efforce de faciliter l’acheminement des aides humanitaires et qu’il tente d’éviter les victimes civiles. Il reproche au Hamas de se battre en infiltrant les populations civiles et il accuse le groupe terroriste de voler l’aide humanitaire.
S’adressant à « Abu Ali Express », Netanyahu avait annoncé que la moitié des habitants de la bande de Gaza souhaitaient quitter ce territoire dévasté – une affirmation qui avait trouvé un écho dans une enquête réalisée au mois de mai.
« Je peux leur ouvrir le point de passage [de Rafah], mais ils seront immédiatement bloqués par l’Égypte », avait indiqué Netanyahu.
« Nous ne cherchons pas à expulser [les Palestiniens], mais à les enfermer ? Par la force ? Où sont tous les défenseurs des droits humains ? »
« Quand il s’agit de servir les intérêts d’Israël, les droits humains n’existent pas. Même lorsqu’il s’agit d’accorder à chaque Palestinien le droit fondamental de partir », avait-il affirmé.
Israël et l’Égypte ont imposé des degrés variables des restrictions sécuritaires sur Gaza depuis que le Hamas a pris le pouvoir à l’Autorité palestinienne, sa rivale, lors d’un coup d’état sanglant, en 2007. Israël dit avec force qu’il est nécessaire de limiter les capacités du groupe terroriste palestinien à faire passer des armes clandestinement au sein de l’enclave, des armes qui sont ensuite utilisées pour attaquer l’État juif. Les détracteurs de ces restrictions sécuritaires affirment qu’il s’agit d’une sanction collective infligée aux quelques deux millions de Gazaouis.
Pour éviter un afflux de réfugiés, l’Égypte a fermé sa frontière avec Gaza après qu’Israël a pris le contrôle du côté gazaoui du poste-frontière de Rafah l’année dernière – sept mois après le début de la guerre qui avait été déclenchée le 7 octobre 2023, date à laquelle le Hamas avait envahi le sud d’Israël, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages. Israël a fait savoir qu’il était nécessaire de contrôler la frontière entre l’Égypte et Gaza, le Hamas faisant du trafic d’armes.
Après le déclenchement de la guerre, l’Égypte a construit un mur frontalier en béton qui s’enfonce à six mètres dans le sol et qui est surmonté de barbelés. L’Égypte a également construit des bermes et renforcé la surveillance aux postes situés à la frontière, selon des sources sécuritaires.
Alors qu’Israël lance une nouvelle offensive pour prendre le contrôle de Gaza-City, l’Égypte a apparemment renforcé ses forces le long de sa frontière avec Gaza, craignant que les Gazaouis ne tentent de fuir vers le Sinaï.







