Netanyahu accuse silencieusement le monde
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Opinion

Netanyahu accuse silencieusement le monde

L’élément central de l’intervention du Premier ministre était une pause de 44 secondes, pour protester contre l’acceptation mondiale d’un régime iranien promettant de détruire Israël. C’est comme s’il faisait le deuil de la disparition de la moralité internationale

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Benjamin Netanyahu montre le livre du guide suprême iranien à la tribune de l'ONU, le 1er octobre 2015 (Crédit : capture d'écran YouTube)
Benjamin Netanyahu montre le livre du guide suprême iranien à la tribune de l'ONU, le 1er octobre 2015 (Crédit : capture d'écran YouTube)

Pendant 40 minutes à l’Assemblée Générale des Nations unies jeudi, le Premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu a présenté avec éloquence les défis posés à Israël et à la communauté internationale par l’Iran et le fanatisme islamiste.

Il a averti du danger croissant que l’Iran, « sans laisse, ni muselière », constituera dans le sillage de l’accord nucléaire.

Il a fustigé le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour avoir « diffamé » Israël, depuis le même pupitre 24 heures plus tôt, en affirmant faussement qu’Israël essayait de nuire à la liberté religieuse sur le mont du Temple, alors que ce sont des extrémistes islamiques qui désacralisent le site en « introduisant des explosifs » dans la mosquée Al-Aqsa.

Mais plus radicalement, il a réprimandé l’appartenance à l’institution même où il s’exprimait, les Nations Unies, pour avoir toléré des menaces continues de l’Iran de détruire l’Etat juif et de se « précipiter pour soutenir » le régime.

« Soixante-dix ans après le meurtre de six millions de Juifs, les dirigeants de l’Iran promettent de détruire mon pays, d’assassiner mon peuple. Et la réponse de cette institution, la réponse de presque chacun des gouvernements représentés ici, a-t-il attaqué furieusement, a été absolument inexistante. Le simple silence. Le silence assourdissant ».

Ensuite, Netanyahu a fait une pause, fixant l’assemblée d’un regard de défi et de reproche, hochant légèrement la tête. Pendant 44 longues secondes. Un silence de reproche. Un deuil apparent pour la moralité internationale.
La pause, le silence prolongé, était l’élément théâtral central de l’intervention de cette année. Après sa présentation des plans d’Auschwitz en 2009, et son dessin de la bombe nucléaire en 2012, c’est un stratagème sans accessoire, une dénonciation sans mots.

Tel un prophète biblique, Netanymahu est venu pour avertir, punir et accuser.

Comme si souvent au cours des dernières années, il a aussi profité de l’occasion pour prendre en dérision l’idée que l’Iran, sous ce régime, abandonnera le terrorisme, limitera sa volonté avide d’intervention régionale ou arrêtera ses programmes de missiles ballistiques continentaux.

Même s’il a été pensé avec beaucoup de bonnes intentions, l’accord laissera les Iraniens à des « semaines » d’un arsenal nucléaire lorsque les clauses expireront, a-t-il déclaré amèrement.

Dans le même temps, a-t-il demandé, quelqu’un pourrait-il sérieusement croire que la levée des sanctions « tranformerait un tigre rapace en un chaton » ?

Comme par le passé, il a affirmé avec détermination son désir d’une paix permanente avec un État palestinien démilitarisé qui reconnaisse l’Etat juif.

En annonçant que les Palestiniens ne se considèrent plus liés par les accords d’Oslo et d’autres accords avec Israël, Abbas, cette année, a rendu les choses plus simples pour que Netanyahu puisse affirmer que l’on était contre Israël plutôt qu’Israël était contre l’autre lorsqu’il s’agissait de l’impasse de la paix.

Toujours comme les interventions précédentes, il a pris la peine de souligner la centralité vitale des liens d’Israël avec les Etats-Unis.

Alors que le président Barack Obama, lundi, s’était abstenu de mentionner Israël dans son discours, Netanyahu a insisté sur la relation bilatérale comme « la plus importante qu’à Israël », et, même si c’est peu probable, il a assuré que lui et Barack Obama envisagent leurs désaccords comme faisant partie « de la famille ».

Ce qui était très différent cette année était la proéminence et le poids qu’il a donnés à son attaque contre la mauvaise perspective de la communauté internationale, ses priorités biaisées et trompeuses, et le mauvais traitement d’Israël.

Il a incité le monde à faire respecter à l’Iran les termes de l’accord nucléaire, avec tous les défauts qu’il peut avoir. Il a encouragé les Nations unies à aider à faire avancer le processus de paix avec les Palestiniens, pas avec des résolutions biaisées mais en soutenant des négociations directes et bilatérales. Il a plaidé pour que les Nations unies en finissent avec ses décennies d’hostilité « obsessionnelle » contre Israël.

Encouragé par des soutiens dans les couloirs, Netanyahu a été applaudi pour ses déclarations avec une fréquence inhabituelle pour l’événement. Mais malgré la forte angoisse de sa présentation, il saura qu’il n’émouvra pas la grande majorité des États du monde avec qui lui, et aussi une bonne partie d’Israël, sont en désaccords. L’administration Obama ne va pas changer l’accord nucléaire. Les Français et les Allemands n’annuleront pas leurs voyages d’affaires à Téhéran.

La communauté internationale ne commencera pas à poser des exigences aux Palestiniens. Les nombreux forums des Nations unies consacrés à la critique d’Israël ne vont donc pas cesser pour consacrer plus d’attention à la Syrie ou aux autres crises dans la région.

Après une année dans laquelle l’accord de l’Iran a été signé malgré ses objections fortes, la sanglante guerre civile syrienne qui fait rage, l’Etat islamique qui continue ses campagnes de meurtre, et le Moyen Orient qui reste prévisible seulement dans son instabilité chronique, Netanyahu n’est que trop conscient de son isolement. Il est peu probable que n’importe qui ne prendra jamais au sérieux sa promesse qu’ « Israël ne permettra pas à l’Iran de forcer le passage, de se faufiler ou d’entrer dans le club des détenteurs d’armes nucléaires », et que « personne ne devrait mettre en doute la détermination d’Israël à nous défendre contre ceux qui chercheraient notre destruction ».

Le Premier ministre israélien a aboyé. Le Premier ministre israélien a observé un silence fort. Mais la caravane des Nations Unies continue inexorablement son chemin.

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