Netanyahu ambigu sur la solution à deux Etats ? Peut-être pas
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Netanyahu ambigu sur la solution à deux Etats ? Peut-être pas

Ne vous y trompez pas : Netanyahu juge souhaitable la solution à deux Etats, mais impossible à réaliser dans les faits

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et la responsable de l'Union européenne pour la politique étrangère Federica Mogherini s'adressent aux médias après leur rencontre à Jérusalem, le 20 mai 2015. (Crédit : AFP PHOTO / POOL / DAN BALILTY)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et la responsable de l'Union européenne pour la politique étrangère Federica Mogherini s'adressent aux médias après leur rencontre à Jérusalem, le 20 mai 2015. (Crédit : AFP PHOTO / POOL / DAN BALILTY)

Aux États-Unis, ils appellent cela un « flipflop ». En Israël, un zigzag et en France, une volte-face, mais peu importe le nom que vous lui donnez, le Premier ministre Benjamin Netanyahu devient apparemment maître dans le changement d’avis, au moins sur la question de l’Etat palestinien.

Ou alors ce n’est qu’une apparence. Observez tout cela d’un peu plus près, et vous verrez que la position du Premier ministre est demeurée constante – la solution à deux Etats est vue comme un idéal qui ne peut être réalisé aujourd’hui.

On pourrait être pardonnés de n’avoir pas bien compris l’opinion du Premier ministre sur la question.

Ces seuls derniers mois, il s’est apparemment rétracté de sa position préélectorale immédiatement après le vote, a fait plusieurs déclarations sur la construction à Jérusalem-Est, cherché des alliances avec les Etats arabes modérés, et assigné des faucons tels que Tzipi Hotovely et Silvan Shalom à des postes cruciaux. Tout cela pose plus de questions que de réponses.

Ajoutant à la confusion générale, un rapport a montré mardi sa volonté, pour la première fois, de discuter des contours des frontières entre Israël et un futur Etat palestinien en déterminant quels blocs d’implantations resteraient sous souveraineté israélienne dans un futur accord de paix.

« Il est clair que des zones resteront sous contrôle israélien en vertu de tout accord, tout comme il est clair que des zones resteront sous contrôle palestinien en vertu de tout accord », aurait déclaré le Premier ministre lors d’une réunion avec la numéro un de la politique étrangère de l’Union européenne.

D’une part, Netanyahu a déclaré [lors de sa conférence de presse conjointe avec Mogherini, la semaine dernière] qu’il soutient le principe de deux Etats pour deux peuples et désire la reprise rapide des pourparlers de paix.

D’autre part, il a affirmé [lors de la réunion fermée avec Mogherini qui a suivi] que les Palestiniens fuient la paix, prennent des mesures unilatérales hostiles contre Israël et posent des conditions préalables qui rendent tout accord impossible.

Il n’est pas étonnant que les Européens aient quitté la réunion sceptiques, encouragés par l’engagement de Netanyahu à un Etat palestinien, mais doutant de la sincérité de ses paroles.

En vérité, la position de Netanyahu n’est pas si difficile à comprendre. En principe, il sait que la solution à un seul Etat mènerait vers un Etat binational, ce qui signifierait la fin du rêve sioniste. Cet état de fait, couplé à l’augmentation des pressions internationales, l’a amené à approuver la solution à deux Etats.

Il a d’abord exprimé la volonté d’accepter un Etat palestinien démilitarisé reconnaissant Israël comme la patrie juive dans un discours historique à l’université Bar-Ilan, en 2009. Et malgré des déclarations orientées vers un électorat de droite avant les dernières élections, Netanyahu n’a jamais vraiment renié son engagement envers le principe de deux Etats pour deux peuples.

Dans le même temps, cependant, il est convaincu que la conjoncture géopolitique actuelle transformerait une future Palestine en un repaire de terroristes qui mettrait en péril la survie d’Israël. En outre, il interprète le refus des Palestiniens de reconnaître Israël comme un Etat juif comme une indication que le leadership palestinien n’est pas prêt à abandonner toutes ses démarches contre Israël une fois pour toutes et à la coexistence pacifique.

Enfin, sa base politique peut absorber un engagement rhétorique à la solution à deux Etats, mais craint une révolte en cas de gestes concrets pour diviser la terre d’Israël.

C’est l’affrontement entre ce que Netanyahou considère comme un idéal rêveur et la dure réalité qui condamne sa position sur un Etat palestinien à une impasse débilitante.

Par conséquent, sa volonté déclarée de délimiter les zones qu’Israël garderait lors d’un futur accord mardi ne devrait pas être considérée comme l’indication d’une nouvelle flexibilité.

Mais probablement plus comme une manœuvre pour apaiser le monde et garantir la légitimité internationale des blocs d’implantations, afin de pouvoir continuer à y construire sans être martelé par la scène internationale à chaque fois qu’un nouvel appel d’offres est émis.

Ceux qui veulent voir la véritable « possibilité d’une percée », comme les responsables israéliens et européens l’ont dit à Haaretz à propos de la réunion à huis clos de Netanyahu avec Mogherini, pourraient être cruellement déçus.

Ce que Netanyahu a déclaré au chef de l’UE, c’est qu’il reste généralement attaché au processus de paix et à une solution à deux Etats, et qu’il souhaite la reprise des pourparlers de paix. Il ne présente pas de cartes ni n’indique la portion de la Cisjordanie qu’il est prêt à donner aux Palestiniens, pas plus qu’il ne mentionne de propositions concrètes ou d’initiatives stratégiques.

Pour les Européens, comme pour l’administration américaine, la question n’est plus de savoir si le gouvernement israélien adopte ou rejette la solution à deux Etats.

Un Etat palestinien basé à peu près sur les lignes de 1967 est la seule possibilité pour eux, et ils se demandent maintenant ce que Netanyahu veut dire exactement quand il parle de deux Etats pour deux peuples. S’il envisage un Etat de Palestine dans une zone comprenant seulement 60 % de la Cisjordanie, sans Jérusalem-Est et la vallée du Jourdain, son vague engagement pour la solution à deux Etats ne les satisfera pas très longtemps.

Netanyahu pense qu’il peut s’en sortir parce qu’il mise sur une position palestinienne récalcitrante.

Si je tends la main avec une proposition de discuter des frontières des blocs d’implantations et que les Palestiniens la refusent, pourrait-il penser, la communauté internationale n’aura pas d’autre choix que de recentrer sa pression sur Ramallah.

La première partie de ce scénario s’est déjà réalisée. Quelques heures seulement après la publication du rapport, l’Autorité palestinienne a étouffé la proposition ostensible de Netanyahu dans l’œuf.

« Rien se rapportant aux questions de statut final ne peut être segmenté ou reporté », a déclaré le porte-parole Nabil Abu Roudeina.

« La base de toute négociation doit être la reconnaissance des frontières de 1967, Jérusalem comme la capitale d’un Etat palestinien indépendant… avec un arrêt complet de la colonisation et la libération du quatrième groupe de prisonniers [sécuritaires] incarcérés avant Oslo. »

Cela décrit plus ou moins la vision de la communauté internationale d’une solution au conflit israélo-palestinien, et l’on peut donc se demander si la stratégie de Netanyahou réussira.

Si l’Union européenne, et plus significativement le président américain Barack Obama, arrivent à la conclusion que le cœur de Netanyahu n’est pas là où ils aimeraient qu’il soit au sujet de la question palestinienne, le Premier ministre découvrira bientôt qu’il ne pourra pas s’en sortir avec un engagement verbal pour la solution à deux Etats.

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