Netanyahu aurait demandé que les résidents d’implantation restent “en place” après un accord
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Netanyahu aurait demandé que les résidents d’implantation restent “en place” après un accord

Israël aurait insisté lors des négociations parrainées par les Etats-Unis sur l'inclusion d'une disposition affirmant que les Israéliens seraient autorisés à rester dans une Cisjordanie sous contrôle palestinien

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

John Kerry, alors secrétaire d'Etat américain, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Rome, le 15 décembre 2014. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPOFlash90)
John Kerry, alors secrétaire d'Etat américain, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Rome, le 15 décembre 2014. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPOFlash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait demandé en 2014 que les responsables américains et palestiniens acceptent que les habitants des implantations puissent rester en Cisjordanie à l’issue d’un éventuel accord, selon des informations parues samedi.

Un document de travail qui avait pour objectif de déterminer les paramètres de négociations durant les pourparlers orchestrés par les Etats-Unis au mois de février 2014 contient une disposition israélienne demandant que les résidents d’implantations « qui ont choisi de rester » au sein d’un futur état palestinien soient autorisés à le faire « sous la compétence palestinienne et jouissant de pleins droits et de protection », selon le quotidien israélien Haaretz, qui indique avoir obtenu une copie du document.

La disposition était marquée de la lettre « I », indiquant qu’il s’agissait d’une demande israélienne, écrit Haaretz. Le document de travail notait également que Netanyahu préférait que le langage utilisé n’indique pas que les habitants d’implantations maintiendraient leurs habitations au cœur de l’état de Palestine, mais plutôt qu’ils resteraient « en place ».

Selon l’article, un haut responsable israélien non identifié et des responsables américains auraient affirmé que Netanyahu avait poussé les Etats-Unis à inclure ce paragraphe dans le document de travail mais qu’il avait par la suite demandé son retrait en raison des pressions exercées par ses partenaires de coalition de la droite dure.

Netanyahu avait une première fois fait allusion à une demande concernant le maintien des habitants d’implantation en Cisjordanie – tel qu’il serait défini sous les termes d’un accord – dans un discours prononcé en mai 2011 devant le Congrès à Washington. « Le statut des implantations ne se décidera que par le biais de négociations, avait alors dit Netanyahu. Dans tout accord de paix qui mettra un terme au conflit, certaines implantations seront situées au-delà des frontières d’Israël. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès américain, à Washington, le 24 mai 2011 (photo credit: Avi Ohayon/GPO/Flash90).
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès américain, à Washington, le 24 mai 2011 (photo credit: Avi Ohayon/GPO/Flash90).

Le Premier ministre avait répété cette intention lors d’une conférence de presse à Davos, en janvier 2014. « Je l’ai dit dans le passé et je le répète aujourd’hui : je n’ai pas l’intention de supprimer une seule implantation et je n’ai pas l’intention de déplacer un seul Israélien », avait dit Netanyahu.

Précisant ces déclarations au Times of Israël, un responsable du bureau du Premier ministre avait expliqué à l’époque que Netanyahu n’avait pas l’intention de déraciner quelque implantation que ce soit en Cisjordanie, ni de contraindre leurs habitants à partir, même sous les termes d’un accord de paix avec les Palestiniens. Le Premier ministre insisterait plutôt sur le fait que les habitants d’implantations devaient avoir le choix de rester en place et de vivre sous gouvernance palestinienne ou de déménager vers des zones sous souveraineté israélienne, a indiqué le responsable.

Selon Haaretz samedi, les commentaires publics de Netanyahu avaient suscité une réaction viscérale du chef du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett, ainsi que d’un certain nombre de députés du Likud, ce qui avait finalement abouti à ce que le Premier ministre demande que la disposition soit ôtée du projet.

Les Palestiniens rejettent catégoriquement l’idée de conserver des habitants d’implantations sur le territoire de leur futur état. « Dans une résolution finale, nous n’accepterions pas la présence d’un seul Israélien – civil ou soldat – sur nos terres », avait déclaré Abbas en juillet 2013, quelques mois avant le lancement des négociations de paix de 2014.

Construction de nouvelles maisons préfabriquées en Cisjordanie, entre l'avant-poste d'Amona (au fond) et l'implantation d'Ofra, au nord de Ramallah, le 31 janvier 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)
Construction de nouvelles maisons préfabriquées en Cisjordanie, entre l’avant-poste d’Amona (au fond) et l’implantation d’Ofra, au nord de Ramallah, le 31 janvier 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

L’idée de laisser les résidents des implantations décider s’ils veulent retourner en Israël ou rester vivre en Palestine avait été pour la première fois suggérée par le Premier ministre Ehud Olmert en 2006. « Tout un chacun, parmi les habitants des implantations vivant dans des territoires risquant d’être évacués, devra décider s’il veut vivre dans un Etat juif, dans l’Etat d’Israël, ou dans un état palestinien », avait déclaré Olmert en réponse à une question sur son intention de déraciner des dizaines de milliers de personnes de leurs foyers dans le cadre d’un futur accord de paix.

Netanyahu était et reste un critique féroce du désengagement de Gaza de 2005, durant lequel le Premier ministre Ariel Sharon avait forcé l’évacuation de tous les habitants des implantations de Gaza et les démolitions de leurs constructions.

Mardi, lors d’un événement marquant le cinquantième anniversaire de la guerre des Six Jours et le début du mouvement des implantations, Netanyhahu a imploré les dirigeants de la droite de s’unir derrière lui lors de futurs efforts de paix, promettant qu’il ne permettrait pas une nouvelle « tragédie » pour les implantations et que pas un seul résident de ces dernières ne serait contraint au départ dans le cadre d’un accord avec les Palestiniens.

Dans son discours à la Knesset, Netanyahu a également laissé entendre que le président américain Donald Trump était attaché à des formules de paix traditionnelles, influencé par « 50 ans de propagande ».

« Nous devons encore affronter ce problème, a-t-il dit, […] même avec l’arrivée d’une nouvelle administration. »

Netanyahu était apparemment prêt en 2014 à accepter un accord de paix établi par les responsables américains, qui prenaient les lignes pré-1967 comme base des négociations avec les Palestiniens.

Selon un article publié la semaine dernière par Haaretz, deux projets d’accord-cadre laissaient de côté la demande palestinienne de « droit au retour » et établissaient que Jérusalem était la capitale à la fois d’Israël et de la Palestine. Il ne mentionnait pas si la disposition permettant aux habitants des implantations de rester dans un état palestinien était incluse ou si elle faisait partie de projets de document différents.

John Kerry, à gauche, et Mahmoud Abbas, à Paris, le 19 février 2014 (Crédit : département d'Etat des Etats-Unis)
John Kerry, à gauche, et Mahmoud Abbas, à Paris, le 19 février 2014 (Crédit : département d’Etat des Etats-Unis)

Mais les pourparlers entre Israël et les Palestiniens avaient échoué en avril 2014 après seulement un an dans un contexte de récriminations mutuelles, et malgré les efforts intensifs livrés par le secrétaire d’Etat John Kerry pour amener les parties à conclure un accord. Les efforts de paix sont depuis restés stagnants, même si Trump s’efforce de faire revenir les Israéliens et les Palestiniens à la table des négociations.

Netanyahu et Abbas ont tous deux déclaré être prêts à relancer des négociations directes, mais Ramallah a demandé à Israël de prendre l’initiative de geler les implantations et Netanyahu a indiqué qu’Abbas devait reconnaître Israël en tant qu’état juif, mettant les parties dans l’impasse.

On ignore si ce projet de travail datant de l’époque de Kerry sera utilisé par l’administration Trump dans le processus de relance des négociations de paix.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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