Netanyahu avertit encore contre une coalition soutenue par les Arabes
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Netanyahu avertit encore contre une coalition soutenue par les Arabes

Imperméable aux reproches d'incitation à la violence portées par Kakhol lavan, le Premier ministre accuse Benny Gantz de se diriger vers un "gouvernement soutenu par le terrorisme"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une réunion de l'union des 55 membres du Likud et d'autres partis de droite et religieux, à la Knesset, 18 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une réunion de l'union des 55 membres du Likud et d'autres partis de droite et religieux, à la Knesset, 18 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenu lundi une « réunion d’urgence » pour empêcher le numéro un de Kakhol lavan, Benny Gantz, de former un gouvernement minoritaire, avec les 55 membres de son bloc, le Likud, et les partis religieux et de droite qui se sont engagés à le soutenir en tant que Premier ministre.

Si Netanyahu a organisé de nombreuses réunions avec des représentants de l’alliance, celle de lundi était la première qui rassemblait tous les députés du bloc, qui comprend le Likud, HaBayit HaYehudi-Union nationale, HaYamin HaHadash, Shas et Yahadout HaTorah. Selon Netanyahu, ces partis représentent l’ensemble de la société israélienne.

Réaffirmant les nombreuses déclarations des dernières semaines, critiquant l’idée d’un gouvernement minoritaire soutenu par la Liste arabe unie, Netanyahu a déclaré à ses alliés qu’un tel gouvernement est « un véritable danger pour Israël et pour le peuple d’Israël ».

« Nous nous retrouvons ici pour une réunion urgente, car c’est une urgence », a annoncé un Netanyahu empathique aux députés rassemblés dans une salle bondée de la Knesset. « Sont représentés ici toutes les catégories de la société israélienne parce qu’il s’agit d’un moment décisif dans l’histoire de l’État d’Israël. Il est possible que dans 48 heures, un gouvernement soit constitué de soutiens du terrorisme ».

Dimanche soir, le Likud organisait un « rassemblement urgent » qui avait également pour but « [d’]empêcher qu’un dangereux gouvernement minoritaire repose sur des défenseurs du terrorisme ».

Le Premier ministre y a accusé les membres de la Liste arabe unie de chercher à « détruire le pays » et qu’ils soutenaient les organisations terroristes de Gaza qu’Israël a combattues la semaine dernière.

Netanyahu s’est retrouvé sous le feu des critiques pour ces déclarations, des membres de Kakhol lavan, de la Liste arabe unie et d’autres l’accusant d’inciter à la violence contre les députés arabes et de reprendre les propos des extrémistes de droite.

Lundi, Netanyahu a mis en garde contre un gouvernement minoritaire, lequel serait « un véritable danger pour le peuple d’Israël. Nous parlons ici de députés qui soutiennent le terrorisme, qui veulent faire comparaître les soldats devant la justice et qui ont appelé à la destruction d’Israël ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une réunion avec le bloc de droite/ultra-orthodoxe à la Kneeset, le 18 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Intervenant après Benjamin Netanyahu, le nouveau ministre de la Défense, Naftali Bennett, a avancé qu’un gouvernement minoritaire soutenu par la Liste arabe unie aurait bloqué la campagne militaire de l’armée israélienne contre le groupe terroriste du Jihad islamique  à Gaza.

« S’il y avait eu la semaine dernière un gouvernement minoritaire appuyé par les contre-agents d’Israël, les 22 membres du Jihad islamique tués seraient encore en vie », a clamé Naftali Bennett.

Citant les affirmations passées des dirigeants de Kakhol lavan qui ont assuré qu’ils n’avaient pas l’intention de former un tel gouvernement, Netanyahu les a accusés de « jouer un tour à leurs électeurs et à la population ».

La direction du parti centriste insiste qu’elle tente toujours de former un gouvernement d’unité, mais n’ont pas démenti vouloir un « gouvernement de transition » si les négociations d’union échouaient.

Si Gantz ne parvient pas à rassembler de coalition d’ici mercredi minuit, les députés de la Knesset auront 21 jours supplémentaires pour choisir un candidat qui tentera de prendre le relais ou décidera de l’organisation de nouvelles élections — les troisièmes en moins d’un an.

D’après Netanyahu, l’ancien chef d’état-major « se dirige d’un pas décidé vers un gouvernement soutenu par le terrorisme ».

« Je leur ai dit d’arrêter. J’espérais qu’ils le fassent. Mais ce n’est pas le cas. Ils disent que ça ne sera qu’un gouvernement de transition. Je dis que cela est impossible même pour une journée. Les gens ne comprennent pas à quel point c’est dangereux », a fustigé Netanyahu, ajoutant que « un gouvernement minoritaire sera soutenu par le Hamas et l’Iran. Ils feront la fête à Gaza et Ramallah et Téhéran ».

Alors que la réunion du bloc se poursuivait, les leaders de Kakhol lavan ont houspillé Netanyahu lors de leur réunion pour « appeler à la haine » contre les députés de la Liste arabe unie.

Le président de Kakhol lavan Benny Gantz (à droite) et Yair Lapid lors d’une réunion du parti à la Knesset, le 18 novembre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Les mots sortant de la bouche de Netanyahu ces derniers jours constituent une incitation à la violence. Ce sont des paroles prononcées par des partisans de Baruch Goldstein, et non par un Premier ministre. Ça va mal finir. Il sait que ça va mal finir. Il est passé par là », a ainsi dénoncé Yair Lapid dans un communiqué. Netanyahu a été largement accusé par la gauche d’incitation dans la période qui a conduit à l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995.

« Nous — tous les citoyens de l’État d’Israël — avons eu droit à un festival d’hypocrisie, de mensonges et d’incitation », a déploré le numéro un du parti.

Malgré ces accusations, pour Netanyahu, « Tout n’est pas perdu. Je pense qu’il y a encore de l’espoir. J’ai eu une réunion hier avec [le président d’Yisrael Beytenu] Avigdor Liberman, une bonne réunion – et nous nous reparlerons ».

« Je n’arrive pas à croire que Liberman appuierait un tel gouvernement, soutenu par des défenseurs du terrorisme qui veulent détruire le pays », a fustigé Netanyahu. « Un gouvernement d’unité nationale, c’est ce qu’il faut au pays aujourd’hui. En ce moment historique, nous devons choisir entre la malédiction et la bénédiction. »

Lors de la réunion de son parti, Liberman a réitéré que la solution politique qu’il visera ces deux prochains jours est celle d’un gouvernement d’unité.

« Si, mercredi à midi, nous ne sommes pas parvenus à un accord, en ce qui me concerne, nous aurons échoué [à former un gouvernement d’unité] et ce sera chacun pour soi », a déclaré le député lundi à la presse, laissant apparemment la porte ouverte aux négociations autour d’un gouvernement minoritaire pendant les 12 dernières heures restantes à Kakhol lavan pour former une coalition avant minuit ce jour-là.

Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, prend la parole lors d’une réunion de faction à la Knesset, le 18 novembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Interrogé sur sa rencontre avec Netanyahu dimanche soir, Avidgor Liberman a fait savoir qu’elle avait été « pragmatique » et que les deux hommes n’avaient pas perdu de temps à discuter de leurs querelles personnelles passées.

Notons que le numéro un de Yisrael Beytenu a décrit son objectif de rassembler un « gouvernement d’unité nationale » abandonnant ainsi le terme « libéral », qu’il a régulièrement employé par le passé, suggérant peut-être une certaine flexibilité à l’égard des partis ultra-orthodoxes.

Liberman a refusé de dire quel scénario était le pire à ses yeux : la formation d’un gouvernement minoritaire ou un troisième scrutin.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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