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Netanyahu félicite Trump pour la reprise des sanctions contre l’Iran

Les tankers iraniens de plus en plus discrets pour pouvoir continuer à vendre leur pétrole sur le marché opaque de l'or noir ; 8 pays pourront continuer d'acheter du brut iranien

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié samedi d’initiative « historique » la décision du président américain Donald Trump de réimposer des sanctions économiques contre l’Iran, considéré comme l’ennemi numéro un de l’Etat hébreu.

« Merci président Trump pour cette initiative historique. Les sanctions arrivent vraiment », s’est félicité M. Netanyahu dans un communiqué de son bureau.

« Depuis des années, je lance des appels pour que les sanctions soient de nouveau intégralement imposées contre le régime meurtrier et assassin iranien qui menace le monde entier », a-t-il ajouté.

« Les effets des sanctions initiales (imposées par Washington) se font déjà sentir, le rial chute, l’économie iranienne décline et les résultats sont évidents », a-t-il encore dit.

Six mois après avoir claqué la porte de l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, les Etats-Unis ont confirmé vendredi qu’ils rétabliraient lundi leurs sanctions les plus draconiennes contre Téhéran.

Adoptant une politique hostile à l’Iran depuis son accession au pouvoir, M. Trump avait fait imposer en août dernier une première série de sanctions économiques contre Téhéran.

L’Union européenne (UE), la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, signataires de l’accord de 2015 censé empêcher les autorités iraniennes de se doter de la bombe atomique, ont dit regretter la dernière décision américaine. L’UE avait annoncé la mise en place d’un « véhicule spécial » (Special purpose vehicle – SPV), un système de troc devant permettre à l’Iran de continuer à vendre du pétrole.

Mais « le SPV est aujourd’hui mort-né. Il ne peut être utilisé pour des quantités sérieuses de pétrole », relève Henry Rome, un spécialiste des sanctions contre l’Iran à l’Eurasia Group basé à Washington.

Federica Mogherini, en charge de la diplomatie de l’UE, et le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, pendant une conférence de presse à Vienne,en Autriche, le 14 juillet 2015. (Crédit : Joe Klamar/AFP)

« Le président Donald Trump réimpose les sanctions les plus dures jamais adoptées » pour faire plier l’Iran, a annoncé vendredi la Maison Blanche. M. Trump a expliqué que « l’objectif est de forcer le régime (iranien) à faire un choix clair: soit abandonner son comportement destructeur soit continuer sur le chemin du désastre économique ».

« L’objectif est de priver le régime des revenus qu’il utilise pour semer la mort et la destruction à travers le monde », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, alors que les Etats-Unis cherchent à stopper le programme balistique de l’Iran ainsi que son influence au Moyen-Orient.

En outre, le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin a affirmé que 700 noms seraient ajoutés à la liste noire américaine, soit 300 de plus que ceux qui en avaient été retirés après 2015.

Il a aussi dit que les Etats-Unis souhaitaient couper les établissements financiers iraniens frappés par des sanctions du circuit bancaire international Swift, un maillon essentiel du système financier.

Malgré l’animosité, M. Trump répète qu’il est prêt à rencontrer les dirigeants iraniens pour négocier un accord global sur la base de 12 conditions américaines : des restrictions beaucoup plus fermes et durables sur le nucléaire, mais également la fin de la prolifération de missiles et des activités jugées « déstabilisatrices » de Téhéran au Moyen-Orient (Syrie, Yémen, Liban…).

« Nous restons prêts à parvenir à un nouvel accord, plus complet avec l’Iran », a assuré de nouveau M. Trump vendredi.

Mais les Iraniens avaient déjà dit rejeter un dialogue avec Washington. « Il n’y aura pas de négociations avec les Etats-Unis », avait lancé clairement en août le guide suprême d’Iran Ali Khamenei.

L’ayatollah Ali Khamenei (à droite) dirigeant les prières de l’Aïd el-Fitr à la grande mosquée de l’Imam Khomeini dans la capitale Téhéran le 15 juin 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Site Web du Guide suprême iranien / Autorisation)

L’ayatollah Ali Khamenei a accusé samedi le président Donald Trump d’avoir « discrédité » les Etats-Unis qui, selon lui, seront les ultimes perdants de cette politique.

« Ce nouveau président américain (…) a discrédité ce qui restait du prestige des Etats-Unis et de la démocratie », a dit l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter. « Le pouvoir de contraindre des Etats-Unis, en utilisant leur puissance économique et militaire est également en déclin », a-t-il ajouté.

Premier personnage de l’Etat iranien et ultime décideur dans les dossiers sensibles, l’ayatollah Khamenei a rejeté les sanctions américaines.

« La dispute entre les Etats-Unis et l’Iran dure depuis 40 ans, et les Etats-Unis ont agi beaucoup contre nous », a-t-il souligné en dénonçant « une guerre militaire, économique et médiatique ».

Selon le guide iranien, « dans cette dispute, les perdants sont les Etats-Unis et le vainqueur est la République islamique ».

Sanctions contre l’Iran : le marché pétrolier sur le qui-vive, Ryad attentive

« Dans les prochaines semaines, le marché va être complètement focalisé sur les exportations de l’Iran, sur le fait de savoir si le pays triche ou si la production chute », a commenté Riccardo Fabiani, analyste pour Energy Aspects, interrogé par l’AFP.

A partir de lundi, les Etats-Unis vont viser les acheteurs de pétrole iranien afin de priver Téhéran de sa principale source de revenus.

Mais si l’or noir est crucial pour la trésorerie iranienne, le pays, troisième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), est également un des piliers du marché mondial.

En avril, l’Iran a exporté l’équivalent de 2,5 millions de barils par jour, avant que les acheteurs ne se détournent du pays en raison de l’annonce des sanctions.

« Même si les Etats-Unis accordent des exemptions, Washington demandera que le volume importé d’Iran baisse nettement », a noté Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, qui mise donc sur une hausse des cours.

Pourtant, les prix du pétrole ont perdu près de 15 dollars en moins d’un mois, après avoir culminé début octobre à leur plus haut niveau depuis deux ans et demi, avec un baril de Brent à plus de 85 dollars.

Barils de pétrole. Illustration (Crédit : wikipédia)

Une partie de l’explication se situe dans la position ambigüe des Etats-Unis qui, après avoir martelé que l’objectif des sanctions était de réduire les exportations iraniennes à zéro baril, ont adouci leur position.

Parmi les acheteurs du brut iranien, deux gros clients : la Chine et l’Inde.

La Chine, plus grand importateur de pétrole iranien, semble pour l’instant prête à coopérer avec les Etats-Unis sur les sanctions. Pour des observateurs, cela s’explique par les inquiétudes suscitées à Pékin face à la guerre commerciale Chine-Etats-Unis.

A l’époque des sanctions d’avant 2015, Pékin avait effectué toutes ses transactions avec Téhéran via la banque Kunlun, contrôlée par le géant énergétique chinois China National Petroleum Corporation (étatique) – épargnant ainsi le reste du secteur bancaire.

« Mais les banques chinoises semblent aujourd’hui avoir compris l’immense risque qu’elles encourent et sont beaucoup plus prudentes », souligne Henry Rome.

Des informations non confirmées ont fait état d’une interruption discrète des transactions avec l’Iran par la Bank of Kunlun, qui avait été sanctionnée en 2012 par les Etats-Unis.

La Chine pourrait cependant chercher de nouvelles voies pour maintenir le flux de pétrole, estime M. Rome. « Ils vont vraisemblablement ouvrir un autre canal, peut-être une autre banque, et continuer à importer des quantités considérables, mais il reste beaucoup de travail avant d’en arriver là ».

L’Inde va elle aussi chercher des mécanismes mais cela ne sera pas aussi simple, prévient-il. Avant 2015, « les sanctions avaient été imposées progressivement sur une longue période. Cette fois-ci, il y a une certaine panique, car des réductions substantielles sont exigées dans l’immédiat. En outre, les systèmes bancaires sont aujourd’hui beaucoup plus interconnectés ».

« L’Inde a expliqué aux Etats-Unis qu’elle ne pouvait pas arrêter ses importations avant mars, alors qu’elle fait face à une crise monétaire grave » qui pèse sur le pouvoir d’achat, a commenté Joel Hancock, analyste chez Natixis. Le pétrole iranien est en effet bon marché et adapté aux raffineries indiennes.

Même s’il peut continuer à vendre son pétrole dans la plus grande discrétion, l’Iran aura du mal à déposer l’argent dans ses banques.

Pour M. Rome, « l’Iran est un adversaire redoutable, bien entraîné dans les différentes techniques pour pouvoir continuer à vendre du pétrole et brouiller les pistes, mais cela ne constitue pas une panacée à tous les maux ».

L’administration américaine a octroyé des exemptions pour huit pays, a annoncé vendredi le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, sans nommer ces Etats.

La Turquie a indiqué être l’un d’eux et les analystes jugeaient que l’Inde, un des premiers importateurs mondiaux, serait également sur la liste, qui sera connue lundi.

Par ailleurs, la hausse du prix du baril, et donc de l’essence, pèse aussi sur le moral des Américains.

« Si les prix recommencent à grimper ou qu’un autre grand producteur a des difficultés, cela pourrait mettre les Etats-Unis sous pression et faire émettre de nouvelles exemptions », a jugé Riccardo Fabiani, d’Energy Aspects.

Les grands pays du pétrole, hormis l’Iran, devraient faire un effort pour produire davantage afin de compenser la baisse attendue d’or noir de Téhéran. Mais ce faisant, ils pourraient bien diminuer leur capacité de réaction à l’avenir, au cas où éclaterait une nouvelle crise.

L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial, a ainsi affirmé pouvoir répondre à la baisse iranienne, mais certains acteurs du marché se demandent si le Royaume n’épuise pas ses capacités de réserve.

« L’Arabie saoudite peut produire 12 millions de barils par jour, mais à condition d’investir », estime M. Hancock, alors que le pays produit actuellement un peu moins de 11 millions de barils par jour. Selon lui, Ryad ne peut toutefois compter pour l’instant que sur 300 000 barils par jour de capacité de réserve, c’est-à-dire dont l’extraction peut être lancée en moins de 30 jours.

« Tout le monde parle de l’Arabie saoudite, mais les exportations du pays sont stables, autour de 10 millions de barils par jour », a pour sa part estimé Samir Madani, analyste chez Tanker Trackers, spécialisé dans le suivi de tankers par satellite.

« La vraie hausse, c’est l’Irak, qui exporte 4,2 millions de barils par jour, un volume que je n’avais jamais vu », a-t-il ajouté.

Selon lui, les Etats-Unis, qui sont en phase de devenir le premier producteur mondial avec leurs exploitations de pétrole de schiste, pourraient répondre à une partie de la demande, mais manquent de capacités d’exportation.

L’Iran continue d’écouler son pétrole avec des tankers se faisant très discrets

A l’approche du rétablissement par Washington d’une nouvelle série de sanctions contre l’Iran, les tankers iraniens se font de plus en plus discrets pour pouvoir continuer à vendre leur pétrole, soulignent des analystes.

Depuis fin octobre, ces navires éteignent leurs transpondeurs pour éviter les systèmes de localisation. La seule manière de suivre leur progression est désormais via l’imagerie satellite, expliquent des experts du site TankerTrackers.com spécialisé dans la surveillance des mouvements des pétroliers.

« C’est la première fois que je vois un black-out total. C’est unique », souligne à l’AFP le cofondateur de TankerTrackers, Samir Madani, avant l’entrée en vigueur lundi des sanctions contre le secteur pétrolier iranien.

« L’Iran dispose d’une trentaine de navires dans le Golfe », selon la cofondatrice de TankerTrackers, Lisa Ward. « Nous continuons à les surveiller visuellement ».

D’énormes progrès ces dernières années dans l’imagerie satellite, disponible commercialement, ont permis à des sociétés comme TankerTrackers de surveiller quotidiennement la progression des navires. Jusque-là on ne pouvait obtenir de telles images qu’une fois par semaine.

L’Iran espère que ces méthodes pour rendre ses tankers difficiles à suivre, lui permettront de continuer à écouler son pétrole après le 5 novembre, date à laquelle les Etats-Unis rétabliront la dernière série de sanctions qui avaient été levées avec la signature de l’accord nucléaire international en 2015, abandonné en mai par Washington.

Pour contourner les sanctions, l’Iran a aussi recours au stockage du pétrole dans des tankers en mer. Il l’avait déjà fait sous les sanctions d’avant-2015.

Selon TankerTrackers, six navires d’une capacité de 11 millions de barils se trouvant en mer sont utilisés comme réservoirs flottants, afin de permettre des livraisons rapides.

Même si l’on ne dispose que rarement de chiffres précis dans l’opaque marché pétrolier, la plupart des experts affirment que les exportations iraniennes ont chuté de 2,5 millions de barils par jour en avril à quelque 1,6 million bj en septembre.

Des pays étroitement liés aux Etats-Unis ont vite dû presque entièrement interrompre leurs importations de l’Iran en raison des sanctions, comme la Corée du Sud et le Japon.

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