Netanyahu : l’Europe doit cesser de tenter de « gagner du temps » avec l’Iran
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Netanyahu : l’Europe doit cesser de tenter de « gagner du temps » avec l’Iran

Le Premier ministre a accusé la République islamique d'avoir menti concernant la structure atomique présumée à Téhéran ; Gantz appelle le monde à "se réveiller"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu montre un document portant sur un site atomique iranien présumé lors d'un discours de l'Assemblée générale des Nations unies, le 27 septembre 2018 à  New York. (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu montre un document portant sur un site atomique iranien présumé lors d'un discours de l'Assemblée générale des Nations unies, le 27 septembre 2018 à New York. (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé l’Iran jeudi de « continuer à mentir » sur son programme nucléaire et il a appelé l’Europe à « cesser de gagner du temps » et à affronter la République islamique alors que des pays membres de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont examiné un rapport sur une enquête en cours à propos d’un site de Téhéran qui, selon l’Etat juif, abriterait un entrepôt atomique secret.

Les propos de Netanyahu ont également été tenus alors que l’Iran a relancé, jeudi, des activités d’enrichissement d’uranium dans son usine souterraine de Fordo, conformément à sa décision de réduire encore davantage ses engagements concernant son programme nucléaire.

« Il y a environ un an, prenant la parole à l’ONU, j’ai dévoilé le plan secret (iranien) de développement d’armes nucléaires à Turkuz Abad (…). L’AIEA a envoyé des inspecteurs sur les lieux. Ce matin (jeudi), il a été établi que l’Iran a menti sur son programme nucléaire », a affirmé M. Netanyahu dans son communiqué. « Je vous le dis: l’Iran continue de mentir ».

Le Premier ministre faisait référence ici à un site de la République islamique dont il avait révélé l’existence au cours d’une allocution devant l’Assemblée générale des Etats-Unis, l’année dernière.

Selon Bloomberg, le principal inspecteur de l’AIEA a accusé d’Iran de tenter de se soustraire aux tentatives de collecte d’informations sur la production d’uranium au sein du même entrepôt – où des particules avaient été trouvées au début de l’année.

« L’AIEA a confirmé que l’Iran a violé le traité de non-prolifération », a expliqué Netanyahu. « L’Iran continue à dissimuler son programme d’armement nucléaire secret ».

L’entrepôt « atomique » présumé de Turquzabad, à Téhéran, en Iran (Capture d’écran :YouTube)

Il a appelé le monde à adopter une posture plus ferme et forte à l’égard de l’Iran.

« Il est temps que les nations du monde résistent à l’agression et au terrorisme de l’Iran. Il est temps de remettre en place les sanctions. Il est temps d’exercer des pressions sur l’Iran jusqu’à ce que le pays change ses manières de faire », a-t-il clamé.

« L’Iran doit cesser d’attaquer les nations du Moyen-Orient. L’Iran doit cesser de menacer de détruire Israël. L’Europe doit arrêter d’essayer de gagner du temps. Elle doit agir maintenant contre les agressions iraniennes », a-t-il ajouté.

Netanyahu a émis un communiqué similaire en hébreu dans lequel il a également répété que l’Etat juif « ne permettra pas à l’Iran de développer des armes nucléaires quelles que soient les circonstances ».

Un responsable anonyme des renseignements aurait déclaré que la République islamique pourrait se doter de l’arme nucléaire d’ici un an, des propos rapportés par Kan.

L’Iran n’a pas fourni d’explication sur la raison de la présence d’uranium sur le site à l’AIEA, qui enquête sur la structure installée dans la capitale de la République islamique, a fait savoir Reuters au mois de septembre.

Dans un discours prononcé l’année dernière devant l’Assemblée générale des Nations unies, Netanyahu avait révélé l’existence de l’entrepôt à Téhéran qui, avait-il indiqué, comportait des « quantités massives » d’équipements et de matériels dans le cadre du programme nucléaire clandestin mis au point par le pays.

Netanyahu avait appelé l’AIEA à inspecter la structure et, au mois de juillet, la télévision israélienne avait fait savoir que les échantillons prélevés sur le sol de l’entrepôt contenaient des « traces de matériau radioactif » sans en spécifier le type.

Citant deux diplomates anonymes, Reuters a ajouté que le matériau retrouvé sur le site s’était avéré être de l’uranium. L’un des diplomates avaient néanmoins précisé que cet uranium n’était pas suffisamment enrichi pour servir à la fabrication d’une arme nucléaire.

Un responsable américain requérant l’anonymat a assuré jeudi à des journalistes que ce que l’AIEA a trouvé « correspond » à « des activités de conversion d’uranium », s’interrogeant sur la provenance des particules et sur l’endroit où elles se trouvaient désormais.

Une source diplomatique européenne a quant à elle indiqué que le matériel radioactif détecté sur ce site y avait peut-être été entreposé, en transit, vers un autre site, au sud d’Ispahan. « Des efforts sont en cours pour obtenir l’accès à ce second site », a ajouté cette source.

Selon des sources sécuritaires israéliennes requérant l’anonymat, le site avait servi à entreposer du matériel nucléaire de 2009 à 2018, date à laquelle il aurait été décontaminé.

Le matériel a ensuite, selon ces sources, été déplacé vers d’autres sites et l’uranium traité, sans être enrichi, ailleurs. « Il s’agit seulement de la partie immergée de l’iceberg », a déclaré un responsable du renseignement israélien.

Le chef de l’organisation de l’énergie atomique de l’Iran, Ali Akbar Salehi, à gauche, serre la main au directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’AIEA, Cornel Feruta, durant une rencontre à Téhéran, en Iran, le 8 septembre 2019 (Crédit : Organisation de l’Energie atomique de l’Iran via AP)

Le rapport a noté qu’il était difficile de déterminer l’origine de l’uranium dans la mesure où l’Iran n’avait pas fourni des réponses. Il avait précisé qu’il était impossible de dire si ces traces dataient d’avant ou après la signature du traité de 2015 qui prévoyait la limitation du programme nucléaire de Téhéran.

Le président américain Donald Trump s’est retiré, l’année dernière, du pacte international qui avait été conclu et il a réimposé de dures sanctions sur l’Iran.

La République islamique a effectué depuis un certain nombre de reculs face à ses engagements dans l’accord en raison de ce qu’elle a qualifié d’échec des signataires restants à lui fournir un allègement économique face aux sanctions.

L’Iran a également annoncé qu’elle reprendrait ses activités d’enrichissement à l’usine de Fordo, entraînant l’inquiétude des parties encore en lice dans ce pacte mis en difficulté. Les Etats-Unis, pour leur part, ont réclamé la mise en place « d’initiatives sérieuses », avertissant que Téhéran « se positionne de manière à avoir le choix d’une issue nucléaire rapide ».

Pour sa part, Benny Gantz, chef de la formation Kakhol lavan, qui est chargé de former le prochain gouvernement israélien, a appelé la communauté internationale à renforcer les sanctions sur l’Iran en raison de la reprise des activités de Fordo.

Ce développement « est un autre appel au monde à se réveiller enfin – nous devons augmenter les pressions et renforcer les sanctions », a écrit Gantz sur Twitter. « L’Iran représente une menace pour la paix mondiale. L’Iran représente une menace pour la stabilité au Proche-Orient. L’Iran représente une menace pour Israël ».

« Il ne peut pas y avoir de jeu politique s’agissant de la menace iranienne – ici, nous ne sommes qu’un, engagés à empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires », a-t-il ajouté.

Au mois de septembre, le Wall Street Journal avait expliqué que l’Iran obstruait l’enquête menée sur le site dénoncé par Netanyahu, à Téhéran. Des diplomates qui avaient témoigné sous couvert d’anonymat avaient précisé que la République islamique refusait de répondre aux questions posées par l’AIEA, dans ce qui avait apparemment été le premier exemple de manque de coopération de Téhéran avec les inspecteurs.

Les diplomates interrogés avaient déclaré que les traces d’uranium qui avaient été découvertes étaient probablement des restes des expérimentations passées de l’Iran dans le domaine du développement d’armement nucléaire.

Téhéran a toujours nié avoir recherché à se doter de ce type d’arme, même si les renseignements israéliens et occidentaux affirment le contraire.

Les diplomates avaient noté que la présence du matériau sur le site n’indiquait probablement pas de nouveaux travaux sur le développement d’armes nucléaires tout en estimant qu’elle pouvait représenter une violation de l’engagement iranien dans le secteur de la prolifération.

L’Iran avait nié que le site ait été une structure nucléaire ou au service d’un dessein secret. Dans une réponse initiale faite au discours de Netanyahu, à l’ONU, les médias d’Etat de Téhéran avaient affirmé que l’entrepôt était une structure de recyclage de déchets en métal.

L’AFP a contribué à cet article.

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