Netanyahu ordonne de suspendre l’interdiction de certains bus pour les Palestiniens
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Netanyahu ordonne de suspendre l’interdiction de certains bus pour les Palestiniens

Les députés de gauche dénoncent ce plan d’ « apartheid » qui obligerait les travailleurs palestiniens à utiliser les points de contrôle pour rentrer chez eux

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Un bus de la compagnie Egged (Crédit : Abir Sultan/FLASH90)
Un bus de la compagnie Egged (Crédit : Abir Sultan/FLASH90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu suspend mercredi matin un plan pilote du ministère de la Défense qui refuserait aux Palestiniens munis de permis de travail d’utiliser les autobus israéliens pour entrer en Cisjordanie.

La mesure, signalée durant la nuit de mardi, a recueilli la critique de politiciens et d’autres membres de l’opposition, dénonçant une politique « d’apartheid ».

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon a décidé d’appliquer le projet pilote de trois mois à partir de mercredi, au cours desquels les travailleurs palestiniens entrant en Israël pour travailler via l’un des cinq postes de contrôle israéliens seraient obligés de rentrer chez eux par le même passage.

Cette mesure leur interdirait de monter à bord des autobus israéliens circulant du centre du pays vers les implantations de Samarie ou le nord de la Cisjordanie, car ceux-ci ne s’arrêtent pas à ces points de contrôle.

Lors d’un débat à la Knesset sur la question, en octobre dernier, Yaalon a cité un rapport du contrôleur de l’Etat de 2009, critiquant le manque de supervision israélienne sur les Palestiniens illégaux entrant dans le pays quotidiennement. Il a précisé que le projet pilote était une mesure de sécurité, non de ségrégation raciale.

« Je n’interdis pas aux Arabes de Judée-Samarie de fréquenter les transports publics et je n’ai pas l’intention de le faire », avait affirmé Yaalon au Parlement à l’époque, ajoutant : « Nul besoin d’être un expert en sécurité pour comprendre que quand vous avez 20 Arabes dans un bus conduit par un Juif, et peut-être deux ou trois autres passagers [juifs] et un soldat armé, vous avez le scénario d’une attaque terroriste. »

Des systèmes de transport séparés pour les Israéliens et les Palestiniens existaient dans le nord de la Cisjordanie jusqu’à 2011, lorsque le major général Nitzan Alon, alors commandant de la Division de la Judée-Samarie, et désormais à la tête du Commandement central de l’armée israélienne, a jugé que cela ne représentait pas un danger.

Depuis, des organisations de résidents des implantations en Cisjordanie ont combattu cette décision à travers des manifestations et du lobbying auprès du gouvernement.

« Au cours des trois dernières années, ils ont occupé les bus, pas par malveillance. Ils ont fait fuir les Juifs, pour lesquels ce service de bus a été créé », a déclaré au Times of Israel Ofer Inbar, porte-parole du Comité des résidents des implantations de Samarie, lors d’une manifestation en septembre dernier, se référant aux travailleurs palestiniens.

Les politiciens israéliens de gauche ont taxé mercredi la décision de raciste, la comparant aux lois de ségrégation séparant les Blancs et les Noirs dans l’apartheid d’Afrique du Sud.

« La seule raison de séparer les autobus juifs et palestiniens est du pur racisme, une victoire de la campagne violente des colons de Samarie au cours des dernières années, qui ne veulent pas être ‘contaminés’ en voyageant avec des Arabes », a écrit la présidente de Meretz, Zahava Gal-on, sur sa page Facebook, affichant la photo d’un panneau d’apartheid sud-africain indiquant, en anglais et en afrikaans, des toilettes séparées pour « Blancs et non-Blancs ».

« Tous les prétextes sécuritaires utilisés par Yaalon sont d’une absurdité totale. Des représentants de l’armée israélienne et de l’establishment sécuritaire ont déjà admis explicitement qu’il n’y a aucun risque à voyager ensemble », poursuit-elle.

Le député Zoheir Bahloul, membre arabe de l’Union sioniste, a déclaré que les nouvelles règles étaient humiliantes pour les Palestiniens comme lui.

« Puisque nous assistons à un processus de séparation et de ségrégation raciale, je crains ne pas être loin du jour où il s’infiltrera en [Israël]. L’un des représentants ici à la Knesset peut me séparer et me transporter dans des bus marqués ‘Réservé aux Arabes’. Qu’est-ce, sinon l’Afrique du Sud du ‘bon vieux temps’ ? », a-t-il déclaré dans un communiqué de presse.

Le porte-parole adjoint de la Knesset, Nahman Shai, également de l’Union sioniste, a mis en garde contre les répercussions diplomatiques de la décision avant une visite en Israël de la chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Federica Mogherini.

« La séparation entre Juifs et Arabes dans les autobus en Cisjordanie est un acte clair de préjudice pour l’égalité et les droits de l’Homme. Elle sera à juste titre perçue dans le monde comme un apartheid entre Juifs et Arabes et jettera une lourde ombre sur Israël comme Etat démocratique. »

Saeb Erekat, négociateur en chef palestinien, a déclaré au Times of Israel que le gouvernement Netanyahu créait « un régime d’apartheid » avec cette décision.

« La société israélienne nie la réalité. Ils n’entendent pas les Palestiniens et ne veulent pas reconnaître leur existence. Ils espèrent que les Palestiniens disparaîtront. Mais je leur dis : nous sommes ici et nous ne disparaîtrons pas. »

A droite, les membres de la Knesset ont exprimé leur satisfaction devant la décision. Moti Yogev, chef de la sous-commission pour la Cisjordanie, dans la commission des Affaires étrangères et de la Défense, a félicité Yaalon d’ « améliorer la sécurité et les services pour toutes les populations en Judée-Samarie ».

« Tous ceux qui plaident contre [la décision] ne connaissent pas la réalité et sont hypocrites, trompeurs et irresponsables, » a déclaré Yogev, de HaBayit HaYehudi,  dans un communiqué. « En réalité, les Arabes de Judée- Samarie vivent mieux que dans n’importe quel Etat arabe voisin. »

Avi Issacharoff et Mitch Ginsburg ont contribué à cet article

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