Netanyahu promet de faire « plus » pour aider les victimes de violences conjugales
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Netanyahu promet de faire « plus » pour aider les victimes de violences conjugales

Après une visite "troublante" dans un refuge pour femmes, le Premier ministre a annoncé qu'il présidera une nouvelle commission qui se consacrera à la cause

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara dans un refuge pour femmes victimes de violences à Jérusalem, le 25 novembre 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara dans un refuge pour femmes victimes de violences à Jérusalem, le 25 novembre 2018 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé dimanche qu’il présiderait une nouvelle commission ministérielle qui se consacrera au combat contre les violences conjugales, affirmant qu’il faut faire « bien davantage » pour contrer ce phénomène en Israël.

Prenant la parole devant le cabinet à l’occasion de la Journée internationale dédiée à éliminer les violences faites aux femmes après s’être rendu dans un refuge pour les victimes, Netanyahu a déclaré que la hausse des violences envers les femmes qui a été notée ces dernières années au sein de l’Etat juif était un « phénomène criminel ». Il a appelé de ses voeux à une application plus stricte de la loi.

« Nous sommes contre les violences en général mais dans cette catégorie, il y a également des considérations particulières à prendre en compte », a-t-il expliqué. « Notamment, bien entendu, que nous devons absolument nous occuper des femmes, des enfants, des familles entières. Et que nous devons faire bien davantage. »

Netanyahu a noté que lui et son épouse, Sara, avaient été « troublés » par leur visite, dans la matinée, d’un refuge d’aide aux femmes victimes de violences conjugales à Jérusalem. Il a indiqué avoir été surpris d’apprendre que « presque rien » n’était entrepris contre les auteurs de ces mêmes violences.

« J’ai découvert que nous faisons presque rien à l’encontre de ceux qui se rendent coupables de tels crimes », s’est-il étonné devant les ministres. « C’est pourtant comme si nous nous attaquions à un terrorisme – et c’est un terrorisme dans tous les sens du mot – mais nous ne nous préoccupons pas des terroristes eux-mêmes ».

Trois groupes de travail ministériels ont été créés depuis 2014 avec peu de résultats – et aucun financement gouvernemental alloué aux programmes proposés.

La nouvelle commission sera dirigée par Netanyahu et elle comprendra la ministre de la Justice Ayelet Shaked, le ministre des Affaires sociales Haim Katz, le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et la ministre de l’Egalité sociale Gila Gamliel.

L’épouse du Premier ministre Sara Netanyahu a déclaré dimanche qu’elle était « surprise » d’apprendre que son mari avait votre contre une proposition de loi à la Knesset visant à établir une commission parlementaire d’enquête contre les violences faites aux femmes, et a suggéré qu’il ne mesurait peut-être pas la portée d’une telle démarche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué qu’il avait voté contre une proposition visant à établir une commission parlementaire d’enquête sur les violences faites aux femmes parce qu’elle avait été soumise par des députés d’opposition. Dimanche, les ministres, soutenus par le Premier ministre, ont annoncé qu’ils créeraient une commission ministérielle qui se consacrerait au combat contre les violences conjugale

Sara Netanyahu s’est adressée à la chaîne Hadashot dimanche après leur visite d’un refuge pour femmes victimes de violences conjugales.

Interrogée sur le vote du Premier ministre contre la proposition de créer une commission parlementaire, qui est tombée à l’eau après 59 votes contre et 56 pour.

« J’ai entendu parler de ça pour la première fois aujourd’hui et je suis surprise », a dit Sara Netanyahu. « Je pense qu’il n’était pas complètement conscient. » « Je ne suis pas vraiment ce genre choses », a-t-elle dit.

Sarah Netanyahu a déclaré à la chaîne Hadashot qu’elle avait soutenu la déclaration de son mari sur la création de la commission ministérielle, et avait appelé les élus de l’ensemble de l’échiquier politique à s’unir pour cette cause.

« J’ai vaguement entendu quelqu’un du bureau du Premier ministre dire que mon mari avait pris sur lui la responsabilité de cette commission », a-t-elle dit. « Il a mon soutien et j’ai l’intention de voir les choses être menées à leur terme. Je ne veux plus que des femmes aient peur. »

« C’est un fléau de la société. En tant que société, nous ne devons pas en arriver à une situation où une femme ou un enfant quitte sa maison dans un sac mortuaire », a déclaré Sara Netanyahu. « Nous ne faisons pas assez. En tant que société, nous devons dénoncer cela. La coalition et l’opposition doivent s’unir parce que c’est quelque chose que nous partageons tous, et c’est une tâche sur notre société. »

Une femme juive orthodoxe regarde par la fenêtre de sa chambre dans un refuge pour femmes victimes de violence à Beit Shemesh, le 15 juillet 2014 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Peu de temps après l’annonce, les critiques ont souligné que des commissions se penchant sur les violences conjugales ont déjà été établies dans le passé et leurs recommandations adoptées par les ministres mais que les programmes suggérés n’ont jamais reçu de financement gouvernemental.

Selon le quotidien Haaretz, 250 millions de shekels avaient été promis pour mettre en oeuvre la proposition émise par la plus récente commission, sur une période de cinq ans, lorsqu’elle avait été approuvée au mois de juillet dernier. Ce plan nécessitait 47 millions de shekels en 2018 pour renforcer le nombre de travailleurs sociaux et d’agents de police travaillant sur les dossiers de violences conjugales.

La semaine dernière, des chercheurs du Centre de recherche et d’information de la Knesset ont fait savoir au quotidien qu’aucun budget n’avait encore été alloué au programme et qu’aucune donnée de financement n’était disponible pour 2018 ou 2017.

Cette annonce de Netanyahu a également été critiquée par Aida Touma-Sliman, députée de la Liste arabe unie, et présidente de la commission sur le Statut des femmes et l’égalité des sexes à la Knesset, qui l’a accusé d’avoir ignoré ce phénomène croissant pendant des années. Elle a souligné que le gouvernement a récemment voté contre une proposition visant à établir une commission parlementaire d’enquête sur les violences faites aux femmes.

« Si ce n’était pas si triste, ce serait drôle : Netanyahu, qui a voté la semaine dernière contre l’établissement d’une commission visant à enquêter sur ce sujet, s’est nommé lui-même président d’une commission ministérielle qui se concentrera sur ce problème », a écrit Touma-Sliman.

La députée de la Liste arabe unie Aida Touma-Sliman, au centre, et le président de la Knesset Yuli Edelstein, à gauche, lors d’une séance de la Commission de la condition de la femme à la Knesset, le 3 juin 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Il a déclaré que la visite dans ce refuge pour femmes ‘l’a troublé’ mais il a oublié que les femmes ont une très bonne mémoire », a-t-elle écrit sur Twitter. « Ce qu’il manque, c’est 50 millions de shekels pour financer le programme ! »

Selon l’organisation WIZO (Women’s International Zionist Organization), 21 femmes ont été assassinées l’année dernière en Israël par leur conjoint ou par des proches en 2018, ce qui représente une hausse de 30 % par rapport à l’année dernière. Environ la moitié des victimes avaient porté plainte pour ces violences au cours des deux dernières années.

Les données du WIZO montrent que plus de 13 000 femmes ont été soignées pour des violences physiques exercées par leur partenaire cette année, avec une moyenne de 50 dossiers pour violences conjugales qui sont ouverts chaque jour.

Dans la communauté arabe israélienne, ce chiffre est néanmoins plus élevé. Selon les militants, plus de la moitié des 192 femmes décédées lors de violences conjugales au cours de la décennie étaient Arabes, en dépit du fait que les Arabes ne représentent que moins de 20 % de la population globale. L’année dernière seulement, 16 femmes arabes israéliennes ont été tuées.

Les militants estiment que 200 000 femmes et 500 000 enfants en Israël sont régulièrement exposés à des violences domestiques.

En Israël, 84 % des affaires de délits et harcèlement sexuels sont fermées. Des inculpations ne suivent que dans 16 % des cas, selon l’association chargée du suivi des viols en Israël.

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