Netanyahu refuse de rencontrer le dirigeant d’une firme de cyber-sécurité russe
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Netanyahu refuse de rencontrer le dirigeant d’une firme de cyber-sécurité russe

Invoquant un agenda chargé, le bureau du Premier ministre a déclaré que Benjamin Netannyahu ne pourra pas rencontrer Eugene Kaspersky à Davos

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Eugene Kaspersky, directeur-général de Kaspersky Lab. (Courtesy)
Eugene Kaspersky, directeur-général de Kaspersky Lab. (Courtesy)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rejeté une demande personnelle de réunion de la part du PDG de la société russe Kaspersky Lab, trois mois après qu’Israël a été désigné comme source d’informations explosives selon lesquelles le logiciel de la société de cyber-sécurité a été utilisé pour voler des informations classifiées des Etats-Unis.

Dans un message adressé au cabinet du Premier ministre, dont a eu connaissance le Times of Israël, Eugene Kaspersky a proposé de rencontrer Netanyahu en marge du Forum économique mondial de Davos en Suisse cette semaine.

« Personnellement et au nom de Kaspersky Lab, je serais honoré de vous rencontrer à Davos », a-t-il écrit. « Compte tenu de mon rôle de président et chef de la direction de Kaspersky Lab, le principal fournisseur de cyber-sécurité, je crois qu’il y a de nombreux sujets de discussion pertinents pour nous ».

Dans sa demande du 10 janvier, Kaspersky a déclaré qu’ « Israël est l’un des leaders du développement technologique international et je serais heureux de discuter du paysage de la cyber-sécurité et des moyens d’atténuer les risques actuels dans votre pays ».

Mais répondant au nom de Netanyahu la semaine dernière, le bureau du Premier ministre a déclaré que « malheureusement, en raison des lourdes exigences liées à son emploi du temps, il doit refuser votre aimable invitation. » Le Premier ministre est attendu à Davos pour le forum annuel de mardi à vendredi.

Le programme anti-virus de Kaspersky Lab compte plus de 400 millions d’utilisateurs dans le monde, dont 270 000 sont des entreprises clientes qui utilisent ses services et technologies pour protéger leurs entreprises et leurs infrastructures. En juin dernier, l’entreprise a ouvert un centre de recherche et développement à Jérusalem qui, selon elle, serait axée sur la protection de l’Internet des Objets et des systèmes de contrôle industriel.

Eugene Kaspersky, au centre, et d’autres responsables lors de l’inauguration du bureau de Jérusalem et du centre de Recherche & Développement (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Le cabinet de logiciels de sécurité est devenu le point de mire d’un conflit croissant dans le cyber-espace entre les Etats-Unis et la Russie après avoir été accusé de pirater les secrets de sécurité de l’Agence Nationale de Sécurité Américaine, et a été banni par toutes les agences gouvernementales américaines l’année dernière.

En octobre 2017, les médias américains ont indiqué que les services secrets israéliens étaient à l’origine de la décision américaine de retirer tous les logiciels de Kaspersky Lab des serveurs gouvernementaux après avoir alerté leurs homologues américains sur les pirates informatiques russes qui utilisaient le logiciel anti-virus pour voler des informations confidentielles.

Une carte interactive des menaces cybernétiques de Kaspersky (Courtesy)

Au cours d’une opération de deux ans, les agences de renseignement israéliennes ont piraté le réseau de Kaspersky et découvert que le logiciel utilisé par environ 400 millions de personnes avait été piraté par des informaticiens russes qui utilisaient le programme pour trouver les codes des programmes de renseignement américains. Le New York Times avait été le premier à divulguer l’histoire.

Des sources qui ont été informées des développements ont déclaré que les Israéliens avaient fourni à l’Agence de sécurité nationale américaine des « preuves solides » du travail du Kremlin sur la base d’une opération de piratage de deux ans entamée en 2014, selon le journal. Parmi les informations que les Israéliens auraient tirées du piratage de Kasperksy figuraient des mots de passe, des captures d’écran, des courriels et des documents.

Après avoir reçu le rapport israélien, le département américain de la Sécurité intérieure a interdit aux agences fédérales d’utiliser quelconque logiciel informatique fourni par Kaspersky Lab et a ordonné que les produits soient retirés dans les 90 jours.

Kaspersky Lab a confirmé qu’il avait pris le code source d’un outil de piratage américain secret via son logiciel antivirus, mais a nié les découvertes des pirates informatiques russes à l’aide de son logiciel.

Kaspersky a découvert le piratage israélien de son système en 2015, qu’il a ensuite annoncé publiquement en juin de la même année, sans pointer Israël du doigt.

Le siège de Kaspersky Lab, leader russe du développement de logiciels antivirus, à Moscou, le 25 octobre 2017. (Crédit : Kirill Kudryavtsev/AFP)

Parmi les indices désignant Israël, les chercheurs de Kaspersky notent que le piratage était très similaire à une attaque antérieure connue sous le nom de Duqu, qu’ils imputaient aux mêmes nations responsables de la cyberattaque de Stuxnet, un virus américano-israélien utilisé en 2010 pour attaquer le site nucléaire iranien de Natanz, détruisant environ 20 % des centrifugeuses d’enrichissement d’uranium de l’installation.

Kaspersky Lab a également souligné que le piratage de ses systèmes, appelé Duqu 2.0, était utilisé contre d’autres cibles d’intérêt pour Israël, notamment les hôtels et les centres de conférence où les membres du Conseil de sécurité des Nations unies tenaient des réunions à huis clos, discussions dont était exclu Israël. Étant donné que certaines des cibles étaient aux États-Unis, les chercheurs ont suggéré qu’il s’agissait uniquement d’une opération israélienne sans coopération américaine.

Eugene Kaspersky est un ingénieur en mathématiques qui a fréquenté une école parrainée par le KGB et a travaillé pour le ministère russe de la Défense. Ses détracteurs disent qu’il est peu probable que son entreprise puisse fonctionner de manière indépendante en Russie, où l’économie est dominée par des entreprises publiques et le pouvoir des agences d’espionnage s’est considérablement développé sous la présidence de Vladimir Poutine.

Selon le New York Times, on ne sait pas si Eugene Kaspersky était impliqué dans le hack du Kremlin, ou si l’un de ses employés coopérait avec le Kremlin.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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